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Russie 2018 : tic-tac, tic-tac…

À quasiment trois ans du début du prochain Mondial, quelle est la situation en Russie ? Ce n'est pas la grosse joie, entre une sélection sous pression, une Fédération en crise, un pouvoir qui souffle sur les braises d'un retour de la guerre froide et d'immenses chantiers à financer en essayant de ne pas se ruiner.

Qatar 2022 par-ci, Qatar 2022 par-là… Pour un peu, on en oublierait presque qu'avant d'aller – ou pas – disputer un Mondial au Moyen-Orient, la plus démesurée des compétitions de football doit faire halte quatre ans avant en Russie. Un choix de pays qui a certes fait un peu moins causer, mais qui n'est tout de même pas à l'abri des polémiques. Qu'une nation aussi grande et prestigieuse que la Russie obtienne l'organisation de la Coupe du monde, c'est a priori logique. Sauf qu'en ce moment, ce n'est pas le plus exemplaire des démocrates qui la dirige : Vladimir Poutine qui, à mesure des années, semble vouloir prendre de plus en plus ses aises et se foutre royalement de la bienséance qui régit habituellement le concert international. L'Ukraine ? Je fais ce que je veux. La manière dont je dirige mon pays ? Pas vos oignons. Voilà en gros comment Vlad' réagit quand on le chauffe un peu. Et ne venez surtout pas lui chercher des noises concernant la manière dont la Russie a obtenu l'organisation de la Coupe du monde 2018… La semaine dernière, il annonçait clairement que ça n'avait rien d'un hasard si ce sont les États-Unis qui ont lancé le top départ au vaste scandale de la FIFA qui a fini par faire tomber Blatter. Tout ça, c'est politique selon Poutine. C'est une nouvelle preuve que Washington se comporte comme le gendarme du monde. Les Américains sont des déstabilisateurs professionnels, accuse Poutine en substance. Non, vraiment, il ne va pas falloir trop le chauffer, même si le déterrage quotidien d'affaires qui touche actuellement la FIFA pourrait très vraisemblablement révéler aussi quelques trucs louches concernant ce Mondial 2018 et la manière dont il a été confié à la Russie…

Des prisonniers pour construire les stades


En attendant d'en savoir plus sur le sujet, il y a donc un très gros événement sportif à organiser, et le temps passe vite, très vite. Avec les Jeux d'hiver à Sotchi, la Russie a prouvé dans un passé très proche qu'elle était en mesure de se magner le train pour bien faire les choses – du moins le temps de la compétition. Mais il avait fallu claquer une fortune record pour cela, des milliards et des milliards dépensés, ce qui n'est plus forcément possible aujourd'hui. Car entre-temps, il y a eu le conflit en Ukraine qui s'est intensifié, et avec lui les relations commerciales et financières avec l'extérieur qui ont fortement diminué. Pas dit que la thune prévue à la base, au moment de la désignation, pour organiser ce Mondial, soit toujours disponible aujourd'hui… Pourtant, le chantier est vaste et particulièrement ambitieux. En clair, il est prévu de construire neuf à dix nouveaux stades au total, sur les douze prévus pour accueillir l'ensemble des matchs. Des stades qui, un peu comme dans le cas de la Coupe du monde au Brésil, n'auront pas forcément tous tellement d'utilité au-delà du tournoi. En effet, certaines villes d'accueil comme Volgograd ou Kaliningrad n'ont actuellement pas de clubs de football de haut niveau… Bref, ces enceintes, il faut les construire, et le moins cher possible tant qu'à faire, tout en respectant les normes drastiques imposées par la FIFA. Alors il faut ruser. Récemment, un député de la majorité a soumis un projet de loi pour faire travailler les détenus sur les chantiers, contre un peu moins de 300 euros de salaire. Sur l'échelle de la cruauté et du cynisme, le Qatar et ses ouvriers qui tombent comme des mouches restent encore la référence, mais la Russie semble vouloir fournir un bel effort pour rattraper son retard…

Objectif demi-finale en 2018


Et l'équipe nationale alors ? Ce n'est pas brillant non plus. Au niveau du sportif, elle a beaucoup déçu lors de la dernière Coupe du monde au Brésil, terminant troisième du groupe H derrière la Belgique et l'Algérie. Elle a eu beau se plaindre du but égalisateur de Slimani lors du dernier match face à l'Algérie, le gardien Akinfeev ayant été gêné par un laser pointé depuis les tribunes, l'impression d'ensemble a été largement défavorable, avec une équipe sans génie ni vrai esprit collectif. Le fait qu'aucun joueur russe ne s'exporte à l'étranger actuellement semble être un handicap plus qu'un atout. Une sorte d'isolationnisme non compensé par l'apport d'un technicien étranger, le controversé Fabio Capello. En place depuis 2012, l'Italien est actuellement le sélectionneur le mieux payé du monde et a vu son contrat prolongé après l'échec du Mondial 2014, ce qui a récemment contraint le président de la Fédération russe à la démission, poussé dehors par un vote de défiance. Le salaire de Capello est une ruine, pour des résultats vraiment décevants pour l'instant. Actuel troisième de son groupe de qualification, la Russie va tenter de se qualifier pour l'Euro 2016, histoire d'emmagasiner de l'expérience. Ce n'est pas gagné. Il restera aussi une Coupe des confédérations en 2017 à domicile pour se préparer au grand événement, avec une énorme pression : les instances du football russe ont fixé un objectif demi-finale en 2018 à Capello ! Ses seuls motifs d'espoir actuellement : quelques jeunes semblent émerger (cinq joueurs de 20 ans et moins dans sa dernière sélection), tandis que l'équipe U19 va participer à l'Euro de sa classe d'âge cet été et que l'équipe U17 vient de faire une demi-finale. Bon courage quand même…

Par Régis Delanoë
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