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«Le football n’a aucun secret, il faut juste savoir réfléchir» Valeri Lobanovski (footballeur soviétique)

Roja : le temps de la confirmation

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11 octobre 2008
Avant l’Euro, l’Espagne était la risée de l’Europe et sa référence était Raul. Avec la victoire de la Roja d’Aragones, Villa s’est définitivement emparé du numéro 7, Torres est devenu l’un des meilleurs attaquants du monde, tandis que Xavi et Iniesta n’ont jamais autant fait kiffer sur un terrain. Première au Ranking FIFA, et plus fière que jamais, l’Espagne aborde aujourd’hui un nouveau virage avec Del Bosque aux manettes : celui de la confirmation.

Cet été, l’Espagne a brillamment remporté l’Euro en surclassant tous ses adversaires les uns après les autres. Il y a encore quelques mois, une hypothétique victoire finale de la Roja en Suisse-Autriche en aurait fait marrer plus d’un.

Une mauvaise blague qui a pourtant pris des allures de leçon de football lors de l’Euro 2008. Une fois n’est pas coutume, dans leur tragicomique histoire, les Espagnols avaient misé sur leurs qualités intrinsèques : maîtrise du ballon, technique et intelligence de jeu. Quitte à mourir, autant le faire dignement. “El Sabio”, tout comme Aimé en son temps, a toujours cru en son équipe malgré les attaques au lance-roquette de la presse et de la grande majorité du public ibérique. Les fous et les cons partagent ainsi une déficience neurologique qui les empêche de craindre l’incertitude. Ils ne doutent de rien, pas même du ridicule. Luis est toujours aussi fou, et peut-être un peu moins con, mais il restera à jamais l’homme qui a sauvé l’honneur footballistique d’une nation qui n’y croyait plus.

Avec lui, l’Espagne a régalé le public et prouvé que le football était avant tout un spectacle qui se joue aussi bien avec les pieds que la tête. Le grand mérite d’Aragones aura d’ailleurs été de créer un véritable esprit de groupe, un commando sûr de ses forces, capable d’envoyer n’importe qui au tapis sur le ring et d’enchanter les foules dans les tribunes ou devant le petit écran.

L’Espagne 08, comme France 98, aura entraîné tout un pays dans son ascension au zénith. Une effusion de joie sans limite qui aura fait penser à certains que la France “Black-blanc-beur” était possible (n’importe quoi malheureusement…), ou que la victoire de la Seleccion allait redonner confiance aux ménages espagnols malgré la première véritable crise économique importante d’un pays habitué à voir sa courbe de croissance grimper en flèche depuis la mort de Franco. Dans les deux cas, l’euphorie des jours de fête aura confirmé uniquement une chose. La certitude d’avoir à faire à des générations dorées.

Pour entrer dans l’Histoire, les Espagnols ont broyé, puis mastiqué leurs adversaires en milieu de terrain avec une ligne de quatre ou cinq “jugones” (manieurs de chique), afin que les adversaires digèrent mal la défaite en courant derrière la balle.

Avec des faux ailiers comme Silva et Iniesta, et la trouvaille Senna au poste de milieu défensif (libéro devant la défense), l’Espagne a su conserver (voire adopter) un style, le Tiki-taka, tout en changeant quelquefois son dispositif tactique au cours de la compétition et parfois même pendant les matchs.

L’exemple le plus frappant a eu lieu en demi-finale. Forfait contre la Russie, Villa, le neuf et demi de l’équipe en charge de décrocher pendant les phases défensives, a laissé place à Cesc Fabregas, venu compléter un milieu à cinq, pour ce qui fut le match le plus abouti des Espagnols à l’Euro. Avec une pointe ou deux, l’Espagne a ainsi su s’en sortir contre tous, sauf contre l’Italie. La Seleccion, aux offensives entonnoirs, s’est effectivement fait très peur face à sa bête noire en insistant dans l’axe, qui est pourtant son gros point fort. Les démons des quarts et des Italiens vaincus, l’Espagne aura finalement remporté assez facilement l’Euro.

A son arrivée à la tête de la sélection, Del Bosque avait fait référence au match contre l’Italie, pour insister sur le fait que l’Espagne devait chercher des alternatives tactiques en cas de problème : « Je vais conserver l’équipe d’Aragones et essayer d’y ajouter quelques corrections personnelles, notamment sur les côtés ».

L’effet Del Bosque c’est donc avant tout le retour des ailiers. L’électrique Capel et Riera ont été appelés pour déborder en cas d’embouteillage dans certains matchs. Le but étant de varier les combinaisons tactiques en cours de rencontre, tout en respectant l’axiome stratégique mis en place avec succès par Aragones.

Faire progresser l’équipe, tout en continuant sur la lancée de l’Euro 2008, telle est la mission de l’ancien entraîneur des Galacticos. Pour l’heure, l’Espagne a fait honneur avec brio à son nouveau statut de champion, que ce soit face au Danemark (véritable démonstration), à la Bosnie (leçon de réalisme) ou encore face à l’Arménie (révision des gammes).

Les nouveaux venus (Iraola, Amorebieta, Bojan, Capel et bientôt Mata, Busquets et Negredo) sont là pour apprendre en douceur, afin d’assurer la continuité d’une mécanique déjà bien huilée, et mettre la pression sur les théoriques titulaires des convocations.

Le changement de sélectionneur a ainsi fait le malheur de quelques champions d’Europe puisque De La Red, Arbeloa et Sergio Garcia ont parfois déjà été oubliés par le natif de Salamanque. Preuve que les temps changent, plus personne ne parle de l’absence de Raul en Seleccion. Apparemment, les Espagnols n’aiment plus trop les mauvaises blagues…

Par Javier Prieto Santos

Prochain match :

Estonie - Espagne, samedi, 20h45




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