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Robinho do Brasil

Au sein d'une équipe du Brésil triste comme un jour de pluie, Robinho reste la dernière bonne raison de regarder la Seleçao. D'autant qu'après plusieurs saisons galère, O Principe semble de nouveau à son meilleur niveau. Portrait du dernier vrai Brésilien.

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Pelé a encore le coup d'œil mais pas forcément celui qu'il croit. En intronisant très tôt Robinho comme son héritier, O Rey a en effet vu juste. Oh, non pas que le prodige de Santos soit déjà en mesure de lui succéder au titre de meilleur joueur de la planète. Mais Robinho est bel et bien le dernier dépositaire du jeu brésilien, du futbol arte. Vous en doutez ? Mais jetez un œil au onze vert et or : travail, ordre, défense, sueur, rigueur, sacrifice, cisaille, endurance, vitesse, muscle et... Robinho. Une note de samba dans une marche militaire. Mais une note essentielle. Johan Cruyff a toujours théorisé sur le rapport entre la manière et le résultat et pour lui, pas de doute, les résultats passent mais le style reste. Et ce qui est vrai pour les Pays-Bas l'est doublement pour le Brésil, sujet de tous les fantasmes sur le beau jeu. A l'heure de la rigueur imposée par le sémillant Dunga, Robinho est peut-être, n'ayons pas peur des mots, le sauveur d'une certaine idée des quintuples champions du monde. Reste à savoir dans quel rôle exactement.

Sur les traces de Ronaldinho ou Denilson ?

Car au fond, Robinho et son talent fou sont à la croisée de deux chemins : celui qui mène vers quelque chose de Ronaldinho ou celui qui l'enverrait dans un cul de sac à la manière d'un Denilson. Soit pour résumer, le choix entre valider son talent ou ne le réserver qu'à l'entertainment et seulement l'entertainment. Longtemps, on a pensé que Robinho suivrait la trace de l'ancienne otarie du Betis Séville. Arrivé au Real Madrid en 2005 avant d'être transféré à Manchester City en 2008, O Principe ne s'est jamais vraiment acclimaté aux exigences européennes qui font tellement plus de place au travail qu'au jeu, ce jeu qui semble n'être que ce qui intéresse le natif de Sao Vicente (Sao Paulo). Évidemment, il y a les gestes de classe, éternels, mais tellement plus d'absences par ailleurs. D'ailleurs très vite, Robinho fait plus parler de lui hors des terrains que dessus : ici une baston saignante avec l'inénarrable Thomas Gravesen, là une amende salée pour avoir organisé une orgie avant un retour de sélection (ah, les mythiques 40 capotes distribuées par ses soins à ses invités !), ou encore une accusation d'agression sexuelle dans une discothèque bien glauque du nord de l'Angleterre. Avec sa femme enceinte jusqu'au cou, sinon c'est pas drôle hein. Oui, à la manière d'un Adriano vite déprimé par la tristesse européenne, Robinho ne s'est jamais tout à fait acclimaté au Vieux Continent. Et comme l'Imperatore, il va chercher le salut chez lui.

Et si c'était lui le patron ?

Dans l'impasse à City, Robinho a eu la bonne idée d'aller se refaire la cerise à la maison, à Santos. Un championnat où même le vieux Ronaldo et ses 150 kilos au repos y vont de leur vingtaine de pions sans forcer, est forcément une terre accueillante pour tout footballeur un tant soit peu talentueux. Pour l'évidente faiblesse du niveau, cela va de soi, mais aussi pour une certaine idée du ballon et de la vie. Car sur le terrain comme en dehors, Robinho n'est bien dans ses pompes qu'au Brésil. Là-bas, l'artiste peut jouer de la semelle et de la feinte en veux-tu en voilà, sans se faire casser les noix pour de vulgaires histoires de replacement. Et ambiancer les nocturnes sans se faire mettre à l'amende. Freestyle. Mais pas désincarné pour un sou. Car avec cette cure de confiance et de bien-être (on insiste dessus), le petit prince a repris du poil de la bête et même retrouvé une certaine ambition. Capable d'assumer ouvertement le leadership en sélection au détriment du frère paralytique de Kaka : « Je peux parfaitement jouer dans la position de Kaka. D'ailleurs, je le fais parfois à Santos. Ce n'est pas mon poste premier, mais si Dunga me le demande, pas de problème » . Capable même d'aller clasher Lionel Messi en personne avec cette absolue confiance typiquement auriverde : « C'est est un joueur spectaculaire. Nous verrons s'il sera le meilleur à la Coupe du Monde... Je pense que le meilleur joueur de ce Mondial sera brésilien. Je ne le pense même pas, j'en suis totalement convaincu » . Plus encore que le jeu, Robinho, un esprit brésilien.

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