Robert Louis-Dreyfus à la mort subite…
Robert Louis-Dreyfus à la mort subite…
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Sale journée que ce samedi 4 juillet 2009. Dans la matinée on apprenait que Mika Landreau s’était gravement blessé la veille aux ligaments du genou. Le nouveau gardien du Losc pétillait d’enthousiasme à l’idée d’entamer un nouveau cycle dans sa carrière : il en a pour 6 mois d’indisponibilité. Dans l’après-midi, Steve Savidan stoppait net sa carrière à la suite de problèmes cardiaques décelés au cours de la visite médicale passée à l’AS Monaco où il venait d’être transféré. Enfin, tard le soir, la mort de Robert Louis-Dreyfus a clôturé une triste journée pour le football français.
On savait que RLD était très malade et que la leucémie qui le rongeait depuis des années s’était aggravée depuis l’hiver dernier. Au point qu’il devait rester à l’hôpital en luttant courageusement contre l’inéluctable. La maladie a gagné, RLD a perdu. Le décès du boss de l’OM apparaît comme l’épilogue d’une saison marseillaise qui se finit tragiquement aux tirs au but, après la prolongation de l’affaire Gerets-Diouf-Labrune et l’arrivée de Deschamps-Dassier qui avait poursuivi la saison sportive normale, achevée par un échec : le titre de champion perdu sur le fil au profit de Bordeaux.
Réduire la personnalité et la vie de Robert Louis-Dreyfus à la fonction unique de « président de l’Olympique de Marseille » est une énorme erreur de jugement. Ce serait même insulter sa mémoire. RLD était d’abord un entrepreneur à succès (entre autre le PDG d’Adidas), et accessoirement seulement président de l’OM. C’est ce qui explique les sommes en apparence « folles » qu’il a englouties depuis son arrivée au club en 1997. En 12 années, il a « investi » autour de 210-220 millions d’Euros à l’Olympique, soit en moyenne 18 millions par saison. Enorme… Mais il faut préciser que sa fortune personnelle est estimée à 10 milliards d’Euros. Consacrer 18 millions par an à sa passion du football restait assez « raisonnable », comparé à ses immenses revenus.
L’OM, c’était sa danseuse, une façon symbolique bien à lui de jouer au poker (son autre passion dévorante) en remettant continuellement au pot et en attendant fiévreusement que la fortune lui sourie enfin. On le sait aujourd’hui : sa quête est restée vaine. Le palmarès de l’OM, loin d’être déshonorant, se réduit à deux finales de Coupe de l’UEFA perdues en 1999 et 2004, ainsi que des places d’honneur en championnat, plus deux échecs en finale de Coupe de France. Reste la victoire « sympathique » en coupe Intertoto contre La Corogne 5-1 (23 août 2005). C’est sans doute l’image la plus forte qu’on retiendra de lui à l’OM : RLD fou de joie en bermuda, polo négligé et en claquettes célébrait la qualification en C3 en dansant comme un môme au milieu de ses joueurs et sur la pelouse du Vélodrome. RLD touchait là un peu son rêve d’enfant : appartenir de très près à une équipe de foot, être copain avec les joueurs, « faire partie de la bande »…
Parler de Robert Louis-Dreyfus, c’est aussi faire le parallèle avec Bernard Tapie, dernier grand président de l’OM d’envergure avant lui. En gros, on peut dire que Tapie a été heureux en football (cf. la flopée de titres, dont la C1 93) mais malheureux en affaires. Tandis que pour RLD ce fût le contraire : brillantissime dans le business mais loser sur toute la ligne en football. Quoi que… En tant qu’administrateur et actionnaire du Standard de Liège, RLD a remporté deux fois le titre de champion de Belgique en 2008 et 2009. Outre l’OM, le lien de transmission entre les deux hommes, c’est bien sûr Adidas. Le repreneur Tapie avait échoué à faire prospérer la marque aux trois bandes, quand son successeur Louis-Dreyfus la faisait redevenir très nettement N°1 mondiale dans le secteur d’équipements et articles de sports. A la fin de la saison 2000-2001, quand RLD avait appelé Tapie comme directeur sportif pour relever le club en proie à des difficultés sportives, le « peuple marseillais » y avait cru. L’alliance du financier et du leader emblématique de l’Âge d’Or (1986-93) aurait pu faire des étincelles. Mais Nanard n’est resté qu’un an, échouant à faire renaître l’OM et en guerre permanente avec le directeur financier Pierre Dubiton. Avec du recul, l’échec du tandem Tapie-Dreyfus apparaît aujourd’hui comme un rendez-vous manqué plus important qu’on ne le pense. Même si le passage de Pape Diouf au club a failli lui faire enfin remporter des titres.
Président jugé « distant », trop distant, par le public marseillais, RLD ne faisait pas l’unanimité malgré les efforts financiers considérables qu’il avait consentis. Blessé par ce désamour, RLD encaissera en plus très mal sa condamnation à 10 mois de prison avec sursis dans l’affaire des comptes du club, pour « abus de biens sociaux » prononcée par la Cour de Cassation en octobre 2008. Une humiliation terrible sans doute pas étrangère à ses problèmes de santé qui s’étaient aggravés depuis cet hiver. Problèmes judiciaires, absence de titre et désamour du public avaient concouru à sa volonté de revendre l’OM. Un fiasco supplémentaire achèvera la tentative de revente du club à la suite du triste épisode Kashkar en début d’année 2007…
Ces derniers temps, RLD était toujours à la recherche d’un repreneur. Sa mort brutale laisse l’OM dans l’expectative : quid des intentions de la famille Louis-Dreyfus ? Est-ce que ses proches, ou bien ses héritiers (RLD a eu trois enfants) vont poursuivre ou non la gestion de l’OM en tant que « continuateurs légaux » de la passion très personnelle du défunt ? Dans le pire des cas, on peut imaginer un retrait total et définitif de la famille ou des proches, avec revente à l’encan d’une affaire devenue trop « destructrice » pour l’image du clan Louis-Dreyfus (condamnation pénale et gabegie ruineuse). Si pareilles circonstances venaient à se réaliser, le « peuple marseillais » qui s’est souvent défié de lui pourrait enfin juger à sa juste mesure l’importance de la contribution de RLD dans l’existence quotidienne de l’OM depuis 12 ans. En 2007, déjà, RLD se repentait du choix de l’OM : « En fait, si j’avais dû prendre un club, ma préférence allait à St-Étienne. les Verts, c’était toute ma jeunesse. J’étais même allé à la finale de la Coupe d’Europe à Glasgow en 1976 ». Si c’était à refaire…






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