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RIP le catenaccio italien

Associé depuis de longues années à l’équipe d’Italie et aux clubs italiens, le désormais célèbre « catenaccio italien » a été aboli une bonne fois pour toutes par Cesare Prandelli. Mais est-il vraiment aussi facile de rompre avec ses traditions ?

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C’est Gigi Buffon, lui-même, qui le dit. « Nous reculons lorsque nous menons au score ? Oui, mais il est difficile d’effacer en deux ans les habitudes du passé » , assurait le portier de la Nazionale après le match nul 1-1 contre la Croatie. L’Italie venait alors de concéder deux nuls 1-1, en ayant ouvert le score les deux fois. Depuis, l’Italie n’a plus encaissé le moindre but et s’est hissé jusqu’en demi-finale de l’Euro, qu’elle disputera ce soir contre l’Allemagne. Or, si l’équipe d’Italie conserve en elle ses racines, à savoir une défense robuste (la deuxième meilleure de l’Euro derrière l’Espagne), force est de constater que la mentalité a évolué. Désormais, la Squadra fait le jeu, attaque, crée des choses, et peu importe si l’adversaire en face s’appelle Espagne, Irlande ou Angleterre. D’ailleurs, il est intéressant de voir que l’Italie joue souvent au niveau de son adversaire. Face à l’Espagne et l’Angleterre, elle a offert deux magnifiques prestations. Face à la Croatie et l’Irlande, c’était beaucoup plus laborieux. Dans tous les cas, il semble loin le temps où la Nazionale se braquait devant sa surface, en attendant l’adversaire. Oui : Cesare Prandelli a renoncé au catenaccio, au profit d’un jeu inspiré, selon son propre aveu, de celui du FC Barcelone. Si l’Italie n’est pas encore une machine à marquer des buts (4 seulement depuis le début de la compétition), il faut admettre que lors de cet Euro, ses matches ont souvent été les plus agréables à regarder. Qui l’eut cru ?

Victoire à l’italienne

Le catenaccio, donc. Un beau bébé made in Italy, dont la Nazionale et les clubs italiens continuent de porter la réputation sur leurs épaules. Et cette réputation est coriace. Quand une équipe gagne 1-0, comme Chelsea en Ligue des champions contre le Barça, on parle sans vergogne d’une « victoire à l’italienne  » . Si un club italien a, pour sa part, le malheur de faire 0-0, alors là, on prend des couches et des couches de catenaccio, de bus devant les cages, de 10 joueurs derrière, etc. Mais depuis l’arrivée de Prandelli, la musique a changé. Après le 0-0 contre l’Angleterre, l’Italie a reçu les louanges de la presse du monde entier, tandis que les Three Lions, eux, ont été quelque peu raillés pour leur stratégie totalement défensive. Le monde à l’envers. Pourtant, et tout le monde ne le sait pas, malgré son nom italianisant, le catenaccio n’a pas été inventé en Italie. Non, non. Les origines de ce système de jeu se trouvent en Suisse, dans les années 30. À l’époque, un certain Karl Rappan, entraîneur autrichien du Servette de Genève, a l’idée de modifier son schéma tactique.

Dans ce que l’on appelait à l’époque le « système » , un schéma de jeu en 3-2-2-3 instauré par l’Anglais Herbert Chapman, les trois défenseurs (deux ailiers et un stoppeur) étaient impliqués sur du marquage individuel. Rappan a alors l’idée d’enlever un milieu de terrain, pour le faire reculer derrière la ligne des défenseurs, le rendant libre (d’où le mot « libéro » ) de tout marquage fixe. Le libéro pouvait alors servir à doubler le marquage ou à récupérer des ballons perdus par les coéquipiers de l’arrière-garde. Promu sélectionneur de l’équipe de Suisse, Rappan se présente avec ce système de jeu au Mondial 1938 en France. Ce schéma, alors rebaptisé « verrou » , lui permet d’éliminer l’Allemagne et d’arriver jusqu’en quarts de finale, où la Suisse est éliminée par la Hongrie de Sarosi et Zsengeller, future finaliste. Fin du catenaccio suisse. Mais l’Italie, vainqueur de la compétition, a pris des notes.

Nereo, Helenio, Cesare et Giovanni

1946. La Guerre vient de se terminer et le football recommence petit à petit. Un certain Nereo Rocco, nouvel entraîneur de la Triestina, va remettre au gout du jour le catenaccio, avec une formation en 1-3-3-3, voire en 1-4-4-1. Avec ce schéma, Rocco réussit à mener la très modeste Triestina à la deuxième place du championnat d’Italie, avec 42 buts encaissés en 40 journées, ce qui en fait la deuxième meilleure défense derrière l’invincible Torino de Valentino Mazzola. Après un passage à Padova, Rocco atterit finalement sur le banc du Milan AC en 1961. Il y restera jusqu’en 1974, avec, entre temps, une parenthèse de quatre ans au Torino. Mais c’est bien à Milan que Rocco impose le catenaccio, ce qui lui permet de remporter deux Scudetti, deux Ligues des Champions, une Coupe intercontinentale et une Coupe des Coupes. Face aux succès de Rocco et de son Milan AC, le nouvel entraîneur de l’Inter, Helenio Herrera, va réagir. La catenaccio, ça marche ? Bah alors, faisons du catenaccio.

L’Inter de Herrera va être le plus « bel » interprète du catenaccio. Des victoires dégueulasses 1-0, peu voire pas de spectacle, une défense à quatre avec un libero plus un milieu de terrain défensif (souvent Suarez) et un jeu souvent fait de longs ballons pour sauter le milieu de terrain adverse. Mais le pire, c’est que cela marche. De fait, entre 1962 et 1966, l’Inter remporte trois fois le titre national, deux fois la C1 et deux fois la Coupe intercontinentale. Drôle : le cycle de la grande Inter, maîtresse du catenaccio, s’est achevé lors de la finale de la C1 1967, face à un Celtic Glasgow qui proposait alors un football total, instauré à partir de 1965 par l’Ajax de Jack Reynolds. Depuis, certaines équipes italiennes, comme la Nazionale de Cesare Maldini ou même celle de Giovanni Trapattoni, n’ont pas hésité à reproposer le bon vieux catenaccio. Aujourd’hui, Prandelli veut rompre avec cette tradition. Et il le fait plutôt bien. Bon, après, si ce soir, face à Gómez, Podolski, Reus, Müller et Klose, le sélectionneur veut faire honneur aux traditions historiques, personne dans la Botte n’y verra d’inconvénient, hein…

Eric Maggiori
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Les médias et journalistes bidons, qui parlent encore de "victoire à l'Italienne", comme après Inter-Marseille par exemple, sont vraiment des footix.
Comme un match de Ligue 1 se termine par un 0-0, on parle de...ah bah non, on n'en parle pas, on a trop honte.
Chouette article, vraiment intéressant et instructif. Sinon ça fait plaisir de voir l'Italie développer un tel jeu tout en restant bien costauds en défense. Seront vraiment complet si leurs attaquants montent leur niveau et gagnent en réalisme. Un pipo de la grande époque aurait fait un carnage dans une telle équipe :)
Je suis les compétitions internationales depuis 1978 et je n'ai jamais vu l'Italie pratiquer le catenaccio.

Je l'ai vu atteindre trois finales mondiales, une finale européenne plus trois autres demi-finales sans la moindre trace de catenaccio sur le terrain.

Ni pendant la période Bearzot, ni pendant celle de Vicini, de Maldini, de Sacchi, de Zoff, de Trappattoni, de Lippi, de Donadoni ou de Prandelli.

Jamais. A moins que la demi-finale héroïque de 2000 face aux Pays-Bas soit considérée comme un exemple de catenaccio.

L'article le dit bien. La catenaccio italien dure une quinzaine d'années. En gros. De la fin des années 50 jusqu'au milieu des 70's.

Suffisant pour que les footix en estampillent à jamais le calcio.
On ne peut que s'en réjouir! Mais ce n'est pas seulement un changement en sélection, c'est ce qui est le plus important. La formation est en train de changer, les équipes de jeune jouent progressivement comme ça aussi, et les équipes de club aussi. La nomination de Prandelli, qui jouait déjà comme ça avec la Fiorentina, répond à une vraie politique mise en place par la Fédé italienne. Ce qui manque cruellement en France: une politique qui définisse une stratégie pour rattraper le "retard" pris sur des pays comme l'Espagne, l'Allemagne et désormais... l'Italie!
Je pense qu'il faut tourner la page 98. L'équipe de France avait gagné avec un système de jeu défensif, 3 récupérateurs, une grosse densité physique, et le génie de Zidane pour organiser le jeu. Cela a fonctionné, mais aujourd'hui le temps est à autre chose. Comme l'a dit Prandelli lui-même, les équipes qui gagnent (sauf exceptions) actuellement sont des équipes qui jouent, qui osent, qui recherchent le mouvement, et surtout qui possèdent des joueurs créatifs. Qui aurait pensé en France à mettre Schweinsteinger en 6? Dans ces équipes-là, tout le monde sait tripoter la balle, des défenseurs centraux jusqu'aux attaquants. Bravo à l'Italie pour sa révolution, et espérons que la France en fasse de même bientôt.
Je suis d'accord Mario mais l'esprit a quand même changé récemment. Jusque 2006 l'idée restait quand même d'être avant tout solide derrière, et de remonter le ballon en deux-trois passes pour marquer en étant très efficace. L'équipe ne se créait pas beaucoup d'occasions, mais l'essentiel était de gagner.
Aujourd'hui, c'est quand même un vrai changement, l'équipe joue avant tout pour marquer plus de buts que son adversaire, elle recherche la possession, le mouvement. Je suis vraiment heureux de voir jouer ensemble, et en même temps, Marchisio, Pirlo, Montolivo, Cassano et Balotelli. Le 4-3-1-2 est une belle trouvaille, d'autant que Balzaretti et Abate peuvent aussi apporter offensivement par leurs dédoublements. Cassano et Balo sont moins tueurs que Luca Toni ou qu'Inzaghi, mais combinent plus, participent plus au jeu. Cette équipe est belle à voir jouer! Et comme l'Italie a toujours eu cette culture de la gagne, le cocktail peut être très sympathique. Je m'attends à un vrai beau match ce soir!
OK, l'Italie a souffert de l'amalgame: défendre bien = défendre beaucoup, qui était totalement faux.

Mais il ne faut pas tomber dans l'excès inverse.
L'Italie actuelle joue particulièrement bien au ballon, mais elle est au moins aussi disciplinée défensivement que d'habitude.

Contre l'Angleterre, les replacements défensifs étaient admirables.
@ Monobarca,

l'Italie a toujours attaqué. Elle a toujours eu de grands attaquants. De grands meneurs de jeu. Ne parlons pas des défenseurs.

En bref, elle a toujours eu une grande équipe.

Je suis content que se crée un consensus en France à son sujet. Mais un peu étonné aussi. On dirait qu'on vient juste de découvrir que l'Italie sait jouer au foot!

Ce genre d'article sur la révolution tactique en Italie, j'en ai lu des dizaines depuis plus de 30 ans.
Le tort de l'Italie a été d'avoir eu les plus grands défenseurs du monde, ils ont pu éclipser le reste de l'équipe quelque fois.
Mario, le premier contre exemple qui me vient à l'esprit c'est l'Italie de la Coupe du Monde 1994. Une équipe dégueulasse avec Roberto Baggio qui faisait le taf devant. Je ne sais plus s'il y avait un libéro (j'étais jeune) mais je sais que c'était une équipe très défensive, qui détruisait le jeu. Non ?
le plus belle...

J’ai la sensation que t’hésites entre te laisser pousser les jambes et t’acheter une jupe.

(Sans rancunes Eric et Merci pour le cours d'histoire!)
apparemment, les apostrophes sont en option c'est ballot au moment de la jouer prof...
@ hmiller,

oui, tu as raison. L'Italie de 94 était assez dégueulas.se. Sacchi en était le coach.
Mais peut-on parler à son propos de catenaccio? Je ne crois pas. Toutes les équipes jouaient "dégueulasse" à l'époque, à commencer par le vainqueur, le Brésil.

Ce qui est vrai c'est qu'il y a toujours eu en Italie des polémiques à propos du meneur de jeu au sein de la Nazionale. Les coachs successifs refusant d'associer deux créatifs au milieu. De Mazzola/Rivera à Baggio/Zola ou Totti/Del Piero.

Il n'y a pas eu un Hidalgo italien. Quelqu'un qui a compris que ce genre de joueurs se complétait.
Travis Bickle Niveau : Ligue 1
Je n'ai pas la prétention de tout connaitre mais l'Italie n'aurait pas le palmarès qu'elle a si elle n'avait eu que des équipes de peintres déménageurs fermant constamment boutique.
les Tardelli, Cabrini, Baggio, Del Piero, Totti et j'en passe furent en leur temps de sacrés joueurs de ballon.

Ceci dit, Prandelli, à mon sens, a su insuffler après six années de disette, une fraicheur et un esprit un peu différent.
Lorsqu'on ne gagne plus rien pendant un moment, on est obligé de se remettre en question.

Et puis, pour répondre ironiquement à Mario ou Maxlojuventino qui s'en est ému dans un article précédent, j'ai jamais entendu Zoff, Lippi ni même Sacchi pour ne citer qu'eux, déclarer crânement en conf que la seule arme des transalpins se trouvait dans le jeu.
Déclaration semble-t-il suivie d'effets jusqu'ici.
Et le grand milan de Sacchi, çà ne jouait pas peut-être? Il faut arrêter les clichés.
Pour ce soir, je suis optimiste et méfiant à la fois.

Optimiste parce que l'Italie joue bien. Qu'elle a toujours bien joué face à l'Allemagne (j'ai pas souvenir d'une défaite face aux allemands, même en amical).

Méfiant car elle a quand même beaucoup de mal à marquer des buts. Et que l'Allemagne impressionne depuis le début de la compétition.

Et que cet Euro semble être celui des fins de série (cf la victoire de l'Espagne sur la France).
@mario
"je suis optimiste et méfiant à la fois", ça va tu te mouilles pas trop ^^

t'aurais pu carrement (soyons fous!) dire que t'étais pessimiste mais t'avais de l'espoir...
L'équipe d'Italie est juste magnifique.
On devrait avoir un match de malade avec les attaquants de ce soir, pas les branques d'hier soir!
L'espagne a fait un bon champion d'Europe 2008 mais concernant le mondial et cet Euro, c'est tellement chiant que c'en est une honte pour le foot.
Article sympa et très bien documenté signé EM (un de plus). Il permet de tordre le cou à l'idée longtemps véhiculée que le foot italien, c'est juste des tricheurs et des défenseurs forcément moches à voir jouer. De là où tu es, je ne te dis pas merci, Thierry Rolland.

@ momobarça et calmos: l'Italie a fait sa révolution technique sans oublier ses fondamentaux ou son identité de jeu (très grosses défense et intelligence tactique). Au contraire, elle s'appuie sur cet ADN et ses résultats lui donne raison. Petit HS: quelle est l'identité de jeu de l'EDF, celle qui devrait servir de base à notre révolution? Parce que soyons honnête: récupère le ballon et passe-le à Kopa, Platini ou ZZ, c'est pas super.

En tous cas, j'espère un match spectaculaire ce soir. L'Allemagne est favorite et a beaucoup de réussite devant les buts mais, j'sais pas pourquoi, je vois bien l'Italie aller au bout. Un peu comme en 2006 :)
Note : 1
En sélection l'équipe nationale Italienne n'a jamais bétonner , ce qui n'est pas le cas en club ou par exemple Mourinho avec l' Internazional qui a utuliser ce catenaccio tout moche anti futbol au Nou Camp pour se qualifié en final ! Ne pas etre alzheimer non plus .
Le catenaccio n'est pas mort du tout en club , le foot est cyclique !
( d'ailleurs Chelsea l'a bien maitrisé lors de son épopée en ligue des champions )
Bref j'etais hors sujet ..
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