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Richard Vanigli : « Je n’étais pourtant pas un joueur méchant »

Une fraction de seconde aura suffi pour que ce défenseur italien passe du statut d’anonyme à visage le plus connu d’Italie, voire ennemi public numéro un. Voilà ce qui se passe lorsque vous provoquez une fracture tibia-péroné à Francesco Totti, qui plus est à quelques mois d’une Coupe du monde. C’était il y a dix ans lors d’un Roma-Empoli.

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En regardant la vidéo de l'accident, on se rend compte que tu es surtout très malchanceux, car Totti se blesse quasiment tout seul...
C’est vrai, mon intervention est véhémente, mais j’essaye de l’anticiper pour prendre le ballon et non pour viser la cheville. Je touche son autre pied, lui essaye de se retourner et son pied d’appui reste planté. Le soir même, je l’ai eu au téléphone avant qu'il ne passe sur le billard, il m’a dit : « J’ai revu les images, tu as été malchanceux. J’ai subi des tacles beaucoup plus durs. Tu es arrivé très vite et tu m’as fait perdre l’équilibre. » Bref, il a admis qu’au vu de la dynamique, la blessure était fortuite.

Tu as compris sur le coup qu’il s’était fait très mal ?
À la fin du match, j’ai demandé des nouvelles à Spalletti qui m’a répondu que Francesco n’allait pas très bien. C’est seulement en zone mixte que j’ai percuté, on m’a repassé les images et je me suis senti très mal. Ensuite, en conférence d’après-match, les journalistes romains étaient sortis de leurs gonds, je les avais privés de leur capitaine, de leur leader. Ils étaient très énervés, pas grand monde s’était aperçu de la dynamique de la blessure.

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Il paraît même que tu fonds en larmes.
Je croulais sous les questions, il y en a eu une très limite, et là j’ai cédé à cause de la tension, de la nervosité. D’ailleurs, on est restés en contact les mois suivants avec ce journaliste, car il s’était rendu compte qu’il avait exagéré. On m’avait mis dos au mur, alors que je n’étais pas un joueur méchant, j’étais très propre, je me suis vraiment senti attaqué.

Tu as déclaré : « J’aurais pu lui ruiner sa carrière, mais lui aussi aurait pu ruiner la mienne. » C'est-à-dire ?
C’était une période où les médias parlaient beaucoup de la protection des joueurs d’une certaine classe, Del Piero, Totti et d’autres. Les interventions gratuites, par derrière, rudes étaient dans le viseur. Donc, il n’avait juste qu’à attraper la perche et dire que je l’avais fait exprès, mais il ne l’a pas fait. Il a été honnête. Les matchs précédents, Balleri de Livourne, Portanova de Sienne ne l’avaient pas épargné. Il pouvait me mettre dans le même sac que ces joueurs-là. Le lendemain, la Rai m’a appelé pour en reparler, sur le plateau, il y avait les pro Roma qui me massacraient, et en face, d’autres, comme Alberto Zaccheroni qui m’a entraîné à Cosenza. Il me défendait et disait que je n’avais jamais été un joueur méchant.

« Face à la Roma, j’étais sifflé dès que je touchais le ballon. Face à la Lazio… j’étais applaudi, il y a même eu une banderole "Sanctifions Vanigli tout de suite" »Richard Vanigli

La Coupe du monde quatre mois plus tard a exagéré les choses ?
Oui, sans cet important rendez-vous, ça aurait probablement moins fait de bruit. Tous les raisonnements étaient faits en fonction du début du Mondial. D’ailleurs, quand la compétition a débuté et que Totti a joué, on m’a appelé pour me demander si j’étais plus tranquille, si j’allais mieux.

Et c’était le cas ?
Plus je le voyais sur le terrain, mieux c’était, comme ça, ça mettait fin à tout ce bazar, même si sans lui, l’Italie aurait aussi fait de bonnes choses, car 2006 était notre année !


Les supporters de la Roma ont cherché à te le faire payer ?
Je suis revenu à Rome plusieurs fois les années suivantes. Face à la Roma, j’étais sifflé dès que je touchais le ballon. Face à la Lazio… j’étais applaudi, il y a même eu une banderole « Vanigli Santo subito » ( « Sanctifions Vanigli tout de suite » en VF, ndlr) ! Ça a tourné en chambrage entre les tifosi des deux bords. Mais bon, il y a quand même eu des lettres de menaces assez poussées envoyées au siège de l’Empoli.

Cet acharnement médiatique a conditionné ta façon de jouer ?
Le match suivant était à domicile contre l’Udinese. Coach Cagni me demande : « Es-tu certain de pouvoir jouer ? » J’ai répondu oui sans hésiter, que je n’avais aucun problème. D’ailleurs, j’ai pris un jaune sur le premier duel, je me suis demandé si ce n’était pas justement une conséquence de la blessure de Totti. Mais non, ça ne m’a pas conditionné, je n’ai jamais été méchant, je n’étais pas un de ceux qui disent « ou le ballon ou la jambe » . Si je n’étais pas sûr de prendre le ballon, je n’intervenais pas. Deux semaines plus tard, on se déplace chez le Milan, et Gattuso vient me voir avant le match : « Ne te prends pas la tête, on a tous vu que tu ne l’as pas fait exprès. » D’ailleurs, certains ont cru qu’il était venu me dire que j’avais bien fait de le blesser.

« Toutes les semaines, les images de Totti repassaient en boucle. Durant cette période, ma petite fille de 10 ans m’a même demandé si je n’allais pas finir en prison. »Richard Vanigli

Tu as recroisé Totti sur un terrain ?
Les deux saisons suivantes, mais pour une raison ou une autre, j’étais titulaire, lui non, et inversement. Il y a peut-être juste un petit quart d’heure où nous étions l'un contre l'autre. Sinon, on se croisait dans le tunnel, on se saluait, il me donnait même son maillot.

Cet événement malheureux n'a-t-il pas gâché ta première vraie saison en Serie A ?
Ma foi, j’avais bien d’autres choses à penser dans une équipe comme l’Empoli qui devait se sauver. Toutes les semaines, on parlait de la rééducation de Francesco, les images repassaient en boucle. Durant cette période, ma petite fille de 10 ans m’a même demandé si je n’allais pas finir en prison. C’est dire les proportions que ça a pris. J’ai essayé de m’isoler tant bien que mal. Quand on parle de Vanigli, on pense de suite à Totti. Pourtant, j’ai connu de belles satisfactions dans ma carrière.


C’est justement l’occasion d’en parler.
J’ai été formé à Forli en Serie C2, puis je suis allé au Milan à 18 ans, j’ai fait une année et demie en U20 avec Albertini et Antonioli, et j'avais effectué la préparation estivale avec l’équipe une. C’était la seconde année Sacchi. J’ai beaucoup appris. Le top de ma carrière a été ces trois années en Serie A avec l’Empoli, de mes 35 à 38 ans, j’ai même disputé un match de Coupe de l’UEFA. Précédemment, j’ai gagné trois championnats de Serie B avec Lecce, Livourne et Empoli. Je suis fier de la carrière que j’ai faite, d’autant plus que je n’étais pas un phénomène. Je ne suis pas une force de la nature, techniquement normal, mais j’étais têtu.

« Lors de ce Roma-Empoli, j'étais à côté d'Andrea Raggi. Il avait 21 ans et n’avait pas encore passé son permis. »Richard Vanigli

Au point de jouer jusqu’à 41 ans !
J’ai gagné un championnat de Serie D avec Forli à cet âge-là. J’aurais continué si on ne m’avait pas proposé le poste d’adjoint. Niveau foot, pour cette ville qui vit surtout de basket et de volley, le summum a été un match de Coupe d’Italie face au Milan de Capello en 1996 (défaite 2-0, ndlr). Aujourd’hui, le club est en Serie D, dans le même groupe que Parme et fait un très bon championnat.


Tu es aujourd'hui adjoint à Tuttocuoio en Lega Pro, avec Cristiano Lucarelli entraîneur et Igor Protti directeur sportif, sont-ils aussi complémentaires qu’au temps de Livourne ?
Oui, tous les trois mêmes ! On l’est sur et en dehors du terrain, mais le dimanche, ce n’est pas à nous de jouer. D’ailleurs, Lucarelli a justement fait un discours aux joueurs cette semaine en disant qu'on peut faire du mieux qu'on peut, mais sur le terrain, c’est eux qui y vont. Moi, j’avais commencé ma carrière d’entraîneur principal, et je voulais la continuer, par exemple en Serie D, mais quand on m’a appelé pour ce projet, j’ai accepté très volontiers. Je les connais, je sais comment ils bossent. D’ailleurs, c’était beau de se retrouver. Avant, on s’appelait souvent, mais on se voyait peu. On se rappelle la belle époque, tout en pensant à Tuttocuoio.

Une anecdote pour finir, lors de ce fameux Empoli-Roma, tu étais aligné aux côtés de Raggi, désormais incontournable en Ligue 1.
Jamais je n’aurais pensé qu’il fasse une telle carrière. Il avait des qualités, une force physique incroyable, mais je ne l'imaginais pas aller si haut. Je suis très content pour lui. J'étais le vieux, et lui le jeunot, un brave garçon, mais un peu particulier. À 21 ans, il n’avait pas encore passé son permis.

Propos recueillis par Valentin Pauluzzi
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