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Requiem pour l'Afrique ?

Requiem, c'est excessif, bien sûr. Parce qu'à l'heure actuelle aucune équipe africaine n'est définitivement éliminée. Reste que pour le premier Mondial en Afrique de l'Histoire, le “Continent Noir” fait peine à voir et qu'il inspire une réelle déception. Pourtant, ce mauvais départ qui augure peut-être d'un fiasco sévère était assez prévisible. Avant l'entrée en lice très attendue du dernier représentant africain, la Côte d'Ivoire (qui joue à 16h contre le Portugal), retour sur une désillusion annoncée...

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Mettons les pieds dans le plat : ici en Europe, il faut en finir avec les clichés boboïsants sur le foot africain, victime éternelle des intérêts des super puissances européennes et sud-américaines. Et là-bas, en Afrique, il faut en finir avec la “mystique africaine” censée porter du jour au lendemain ses représentants au sommet de l'élite. Car les faits sont là : Algérie-Slovénie 0-1, Cameroun-Japon 0-1, Nigeria-Argentine 0-1, Afrique du Sud-Mexique 1-1. Seul le très bon Ghana sauve l'honneur en ayant battu l'horrible Serbie 1-0. Surprises ? Non. Il suffisait de voir au moins les trois dernières CAN pour constater une baise qualitative sensible du foot africain dans son ensemble, ponctuée par l'absence hyper symbolique au Mondial 2010 du géant africain N °1, l'Égypte.

« Pauvre » Afrique ?


Bien sûr, il y a les négriers qui exploitent les mômes footballeurs africains et les jettent quand le transfert juteux en Europe ne s'est pas réalisé. Bien sûr quelques guerres civiles ourdies par des intérêts néo-coloniaux détruisent les nations, le développement du sport, le football en premier. Bien sûr, en compétitions internationales, certaines décisions arbitrales sont défavorables aux équipes africaines. Bien sûr que, bien sûr que... Mais l'Afrique doit aussi balayer devant sa porte. On rappellera que le Plan Goal initié depuis 1998 par la FIFA accorde 1 million de dollars tous les quatre ans à chaque fédération nationale. But de l'opération ? Créer des structures de développement pour chaque football national, dont en priorité ceux d'Afrique. On rappellera que les équipes africaines, beaucoup plus cotées que par le passé, bénéficient depuis quelques années de droits TV assez conséquents sur leurs matchs lorsqu'elles affrontent les cadors européens ou sud-américains, qui daignent enfin les affronter. On rappellera que depuis quelques années les sponsors divers, tels les équipementiers ou “boissons gazeuses”, investissent des budgets importants sur les équipes africaines. On rappellera aujourd'hui, et on s'en félicite, que les joueurs stars africains sont aussi bien payés que leurs homologues européens et sud-américains. Et que les cracks africains émergent de plus en plus souvent dans les plus grands clubs du monde. On rappellera que la CAN bénéficie aujourd'hui d'une visibilité médiatique sans précédent, avec des partenaires économiques de premier plan, le tout étant censé booster le foot africain dans son ensemble. On arrête là... L'Afrique n'est pas le continent de football le plus riche au monde, d'accord. Mais la vision misérabiliste qui la dépeint comme continent footballistiquement “moyen” (voir “faible”) parce que privée de toutes ressources financières ne tient plus la route.

La « mystique africaine »


Le monde entier aime le football africain. Grâce aux souvenirs impérissables de l'Algérie 82, du Cameroun 90, du Nigeria 94 ou du Sénégal 2002. Et puis il y aura toujours cette empathie naturelle pour le “continent martyr” censé mériter de briller en Coupe du Monde pour prix de ses souffrances... Sauf que le sport ignore les sentiments : il faut être prêt le jour J, point barre. Ça veut dire que les grandes compétitions se préparent longtemps en amont, dans la continuité. Est-ce le cas des pays africains ? Prenons juste le cas des sélectionneurs. L'Algérie... Tout un peuple galvanisé par la qualif contre le géant égyptien s'était mis à rêver d'un parcours exceptionnel en Afsud. Sauf que... L'Algérie a un trou de 26 ans dans son CV, sa dernière participation au Mondial remontant au Mexique 86 et son unique succès à la CAN remontant à 1990 (et à domicile). Le bon Rabah Saadane est le 15ème sélectionneur des Fennecs depuis 2000. Quinze sélectionneurs en dix ans ! Sur un effectif de 23 joueurs algériens, une vingtaine a été formée en France, pas en Algérie, à cause de structures de formation inexistantes. A quoi a servi le plan Goal de la FIFA ? C'est dit pour l'Algérie mais ça vaut aussi pour tous les autres mondialistes africains. Revenons sur la gestion des sélectionneurs. Pourquoi la fédé nigériane a-t-elle viré le bon coach pourtant nigérian Amodu cinq mois avant le Mondial pour mettre à la place le Suédois Lagerbäk, totalement inculte en matière de foot africain ? Idem pour la fédé ivoirienne qui a viré Coach Vahid à trois mois du Mondial pour mettre à la place le Suédois Eriksson (payé à prix d'or), totalement inculte lui aussi en matière de foot africain.

Pourquoi s'illusionner sans cesse avec le foot africain quand en amont les défaillances se sont accumulées ? La mystique africaine sincère, faite de serment au drapeau, faite de relation presque charnelle entre joueurs et leur peuple et leurs supporters, faite de spiritualité religieuse collective et animée de revanche sur le destin d'un continent voulant briller à la face du monde ne suffit pas. La vérité est que l'Afrique des années 2000 a dilapidé son héritage fabuleux des années 90. L'Afrique n'a pas assez progressé alors que sa revendication d'avoir ses six participants à la Coupe du Monde avait été satisfaite et que ses moyens financiers s'étaient accrus. La vérité, c'est qu'on attendait l'Afrique et c'est l'Asie qui s'est réveillée. Depuis au moins 2002, avec un bon parcours du Japon et une quatrième place pour la Corée du Sud. Ces deux pays brillent aujourd'hui. En attendant la Chine après-demain ? Et pourtant l'Asie partait de beaucoup plus bas que l'Afrique... On souhaite à la jeune et talentueuse Black Star du Ghana de se hisser au firmament. Pour les autres, de redresser la situation (en foot, tout est possible) et en cas d'échec d'effectuer une remise en cause salutaire pour son avenir. “Time waits for no one” chantait les Stones...

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