1. // Les Miscellanées de la Coupe du Monde

« Rensenbrink, à 5cm de la gloire éternelle »

Ancienne plume de So Foot, Belge, ce qui prouve le degré de tolérance de notre rédaction en matière d'intégration à risques, Olivier Lefèvre s'est lancé à la recherche d'informations en tout genre pour les compiler dans son ouvrage “Les Miscellanées de la Coupe du Monde”. Du tragicomique. C'est léger, ça se mange sans faim...

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Comment est né ce projet ?


Presque par hasard, en fait... Lors d'une conversation avec Gilles Verlant, qui a lancé la collection “les Miscellanées”, j'ai mentionné que j'avais écrit quelques articles sur le foot. Gilles DÉTESTE le foot et ne comprenait pas comment moi, un de ses amis, je pouvais m'y intéresser. Je lui ai fait suivre les papiers, et sa réaction a été intéressante. Il m'a dit (et je le cite “texto”) : « Espèce d'enculé, c'est vraiment bien écrit, même si je ne comprends pas tout » . Et de fil en aiguille, on très rapidement arrivés au projet “Les Miscellanées de la Coupe du Monde”. Le calendrier était serré, mais l'échéance courte était aussi un bon moteur. Et c'était très intéressant d'avoir comme interlocuteur quelqu'un qui ne comprend rien au foot, mais qui sait reconnaître une bonne histoire. Parce que qu'au fond, c'était cela qui m'intéressait dans le projet : les personnages, les destins singuliers, le contexte, bien plus que la chronologie des événements au sens où l'envisagerait L'Equipe ou la FIFA.


Concrètement, comment as-tu mis en place le sommaire du bouquin ?


Au départ, j'avais quelques points de repères évidents. Allemagne-Hollande 1974. La victoire de l'Angleterre en 66. La défaite de la Hongrie face à l'Allemagne en 1954 (“le désastre de Berne”), ce genre de choses... Ensuite, j'ai sorti la pioche et j'ai exploré la périphérie, j'ai suivi des indices sur le mode “marabout de ficelle de cheval de course à pied”. C'est comme cela que j'ai découvert par exemple, que le Capitaine de l'équipe allemande de 54 Fritz Walter a une histoire compliquée avec les Hongrois. En fait il leur doit la vie. Il a été sauvé en 1945 par les gardiens hongrois de son camp de prisonniers, en Roumanie. Quand l'Armée Rouge est arrivée pour rafler tous les Allemands et les emmener en Russie, les gardiens hongrois, qui l'avaient reconnu, ont réussi à enfumer les soldats russes et leur faire croire que Walter était en fait autrichien. A Berne en 1954, pourtant, c'est sans remords qu'il impose la défaite à la sélection hongroise. Mais deux ans plus tard, en 56, quand les chars russes rentrent à Budapest et que l'équipe du Hondvedt, qui rassemblait les stars de la sélection hongroise, fait défection, c'est Fritz Walter qui va les héberger, leur trouver des matchs, contacter les équipes pros... Et ce genre de choses, ça me semblait plus intéressant à raconter que de faire une fois encore le récit de la finale.


Sur quel critères as-tu opéré le tri final ?


Globalement, j'ai assez peu trié dans la phase finale. C'est vraiment dans la phase de recherche que j'ai éliminé des sujets. Toujours pour les même raisons. Est-ce que c'est une bonne histoire ? Est-ce que j'ai un angle original ? Si la réponse était “non” à l'une de ces deux questions, j'allais voir plus loin... La phase finale fut plutôt une affaire de montage, d'enchainement. Gilles “M'sieur Chef” Verlant n'a pas été très directif, mais une chose pour lui était évidente : pas de chronologie ! Et j'étais bien d'accord avec cela. Donc, c'est devenu un jeu de construction. Comment on passe d'histoires franchement tristes à d'autres absolument hilarantes. Comment on fait les transitions entre des statistiques, des listes et des anecdotes. J'y ai pris beaucoup de plaisir... Ainsi, juste après la liste des meilleurs joueurs selon l'UEFA, on trouve... les briseurs de tibias les plus méritants.


De toutes les histoires que tu racontes dans ce livre, quelle est ta préférée ?


C'est vraiment impossible de répondre à cette question... Disons que j'adore celle qui fait l'ouverture du livre. Un truc qui est arrivé à Rajko Mitic, un joueur yougoslave devenu ensuite un ponte de sa fédération. Lors de la Coupe du Monde organisée au Brésil en 1950, juste avant le match contre le Brésil, justement, il a réussi, en sortant des vestiaires, à s'exploser le crâne sur le chambranle de la porte. Points de suture, bandages, bref vingt minutes perdues pendant lesquelles ses coéquipiers ont joué à 10... et pris un but qu'ils ne purent jamais remonter. Étrangement, personne n'en a reparlé dans les éloges funèbres prononcés en 2008. C'est pourtant une très bonne histoire.

Dans ton livre, on croise des têtes connues, mais aussi quelques presqu'inconnus. Pourquoi un portrait détaillé de... Rob Rensenbrink ?


D'abord parce qu'il est pour moi une icône de cours de récré : bien que Hollandais, il jouait à Anderlecht. Et aussi parce qu'il est passé, littéralement, à cinq centimètres de la gloire éternelle. Un vrai destin de héros de tragédie grecque. En 1978, en Argentine, en l'absence de Cruijff qui lui faisait de l'ombre jusque-là, il a vraiment brillé. Et lors de la finale, à quelques minutes de la fin du temps réglementaire, il a eu au bout du pied LE ballon décisif. Il est seul face au gardien. Mais il la met sur le poteau, et le match part en prolongation. Si cette balle rentre, la Hollande est championne du monde, il finit meilleur buteur, et comme le dit son coéquipier d'Anderlecht Gilbert Van Binst « on lui dresse une statue sur chaque place de village hollandais » . Au lieu de cela, c'est une deuxième défaite consécutive en finale pour les Hollandais, et pour lui, pas même un strapontin au panthéon des héros de la Coupe du Monde. A cinq centimètres près...

Est-ce qu'il y a une histoire que tu es particulièrement fier d'avoir dénichée ?


Oui, il y en a une. D'autant plus que je suis tombé dessus au moment de la polémique sur la main de Thierry Henry, et ce que j'entendais sur le mode “mais quel exemple pour la jeunesse !” me gonflait tout particulièrement. Il y a dans les placards de le fédération un squelette bien plus encombrant, si vraiment on veut vraiment que les sportifs soient “exemplaires ” : Alexandre Villaplane. Il était le capitaine des Bleus en 1930, pour la première Coupe du Monde, organisée en Uruguay. Il est mort en 1945. Fusillé pour avoir liquidé des résistants, alors que lui-même était lieutenant de la gestapo française. Alors, si on compare cela avec un contrôle de la main...


Qu'est-ce que tu as appris en écrivant ce bouquin d'incontournable que tu ne savais pas, genre l'info invraisemblable ?


J'ai découvert qu'en fait, en dehors des grands faits marquants, ce que j'appelle “l'histoire officielle”, je ne savais pas grand chose. J'ignorais par exemple que sept mois avant la Coupe du Monde au Chili, en 62, tous les stades avaient été rasés par un tremblement de terre. Ou que l'équipe d'Allemagne venue jouer à Paris en 1938 portait sur son maillot la croix gammée, et comprenait une dizaine de joueurs autrichiens. L'Autriche avait pourtant gagné sa qualification. Mais arrivé en juillet, le pays avait cessé d'exister.


D'une manière générale, ce que j'ai découvert –et que j'ai essayé de donner à lire- ce sont les circonstances parfois rocambolesques qui transforment un sorte de kermesse provinciale en plus gros événement planétaire, en trois-quarts de siècle seulement. Et que tous les événements historiques de cette période apparaissent, d'une façon ou d'une autre, dans l'histoire de la Coupe elle-même.


Comment doit-on consommer cet ouvrage ?


Comme tous les livres sur le modèle des Miscellanées, il est constitué de textes courts. On peut donc picorer comme on veut, à son rythme, et dans n'importe quel sens. Mais j'ai quand même essayé de travailler la structure pour permettre une lecture classique, de la première à la dernière page. Le plus important à mes yeux est que je pense vraiment qu'il peut être lu par des vrais fondus de football comme par des gens qui n'ont pour le sujet qu'une vague curiosité. J'ai même la faiblesse de croire que c'est le bouquin que les vrais fans devraient offrir à leurs copines. Elles pourraient comprendre un peu mieux pourquoi ils vont bientôt, un mois durant, se comporter comme de parfaits abrutis !



“Les Miscellanées de la Coupe du Monde” par Olivier LEFEVRE (Editions Fetjaine – La Martinière) – 12,90 €

A découvrir aussi : Un blog avec des extraits du livre et beaucoup de vidéos soigneusement choisies accompagne le livre.


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Propos recueillis par Florian Sanchez

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Villaplane est de type CAUCASIEN,Henry de type NEGROïDE.
Villaplane correspondait plus aux critères de l'identité nationale(selon l'UMP). C'est Henry qui influence la jeunesse, bien plus que l' éducation parentale.
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