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Rennes-Nantes : des retrouvailles au goût amer

Cela faisait cinq ans que Rennais et Nantais attendaient le retour du derby breton. Mais, au lieu d'être une fête régionale du ballon rond, ce derby a tourné au vinaigre entre les supporters des deux camps, obligeant même les ultras rennais du RCK à se mettre en sommeil...

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Avec le retour du FC Nantes dans l'élite, c'est un nouveau derby historique qu'a retrouvé la Ligue 1 cette saison. Rennes-Nantes, le derby pour la suprématie régionale, entre deux villes distantes d'une centaine de kilomètres. Car même si Nantes n'est administrativement pas dans la région Bretagne, elle est bretonne par l'histoire. Pour les supporters des deux camps, c'est Naoned contre Roazhon. Du coup, à l'occasion de ces retrouvailles made in BZH, tout le monde était chaud comme la breizh. Le service de com du Stade rennais a sorti l'artillerie lourde pour appâter les badauds au Stade de la route de Lorient. Une campagne de pub efficace, en mode sexy : deux petits canards (l'un rouge, l'autre jaune), façon plaisir solitaire dans la baignoire, accompagnant un slogan alléchant « 5 ans d'abstinence, c'est long » , subtile référence à une précédente campagne de pub du Stade rennais qui avait déjà fait polémique.
Mais, dans le monde des supporters, un derby est avant tout l'occasion de venir titiller la fierté de l'adversaire. Ce qu'ont immédiatement fait les Nantais en détournant le slogan rennais pour mieux rappeler au voisin son absence prolongée de titre : « 42 ans sans titre, c'est long » . Ce coup-ci, c'était vraiment parti. Et pas forcément pour le meilleur, puisque divers débordements ont émaillé cette rencontre.

Envahissement de terrain

Scène surréaliste en ce dimanche 29 septembre sous les yeux des quelques spectateurs venus en avance au stade de la route de Lorient. Une trentaine de supporters rennais quittent leur tribune et investissent la pelouse pour rejoindre le parcage visiteur situé à l'autre bout du stade, où sont installés les ultras du FC Nantes. Qu'est-ce qui a bien pu piquer une poignée d'ultras rennais pour aller défier les quelque 1 400 Canaris ayant fait le déplacement ? La raison est simple, bien que difficile à comprendre pour qui n'est pas au fait des us et coutumes qui régissent le monde des supporters : le vol de matériel, et notamment d'une partie du tifo que les membres du RCK avaient prévu de déployer lors de l'entrée des joueurs. En effet, dans la nuit de samedi à dimanche, des supporters du FCN se sont introduits dans l'enceinte du stade de leur voisin pour y dérober leur « précieux » . Tout cela au nez et à la barbe du service de sécurité privé engagé par le club rouge et noir. Avant cela, une rixe avait déjà éclatée dans le centre-ville de Rennes, sonnant comme une mise en bouche des troubles qui suivront le dimanche.

Les membres du RCK, principal groupe de supporters de Rennes, se rendent compte de l'insupportable larcin une heure avant le coup d'envoi. La colère gagne le groupe au point que certains ultras pénètrent sur le terrain pour se ruer vers l'ennemi qui parade depuis la tribune visiteurs. Ces quelques téméraires sont repoussés par les agents de sécurité et ramenés dans leurs gradins, non sans mal, comme l'explique un journaliste de Ouest-France sur le site internet du journal : « Une quinzaine d'entre eux, extrêmement énervés malgré l'intervention du président de Saint-Sernin, s'en prendront même aux barrières qu'ils casseront à coups de pied. »

Avant et pendant la rencontre, de nombreux fumigènes sont tirés depuis la tribune du RCK en direction de la pelouse, mais pas que. L'un d'eux est dirigé vers la tribune Super U où quelques supporters canaris ont pris place. Dans un tel contexte délétère, la victoire nantaise (3-1) passerait presque pour anecdotique. Sauf pour les supporters visiteurs qui repartiront de là avec le sentiment d'une victoire totale.

Réactions en chaîne

Depuis ce jour, plusieurs rebondissements ont accompagné cette affaire. La direction du Stade rennais a immédiatement réagi à ces évènements. Dans un communiqué publié le 3 octobre dernier, le club annonce avoir « déposé aujourd'hui 15 plaintes nominatives, notamment pour jets de fumigènes, destruction et envahissement de terrain. Une plainte contre X a aussi été déposée pour introduction dans une enceinte privée et vol d'un tifo appartenant au RCK. »

De son côté, le RCK a également pris ses responsabilités en publiant un communiqué dans lequel il annonce sa mise en sommeil pour «  procéder à sa propre remise en question et appréhender au mieux les nombreux coups judiciaires que s'apprêtent à subir ses membres  » . Chose suffisamment rare chez les ultras pour être soulignée, le RCK dit « assumer certains de ces débordements, tout en reconnaissant qu'ils n'étaient pas acceptables sur un terrain de football  » . Cependant, les supporters rennais ne veulent pas être les seuls à être pointés du doigt. Au lieu de centrer leurs accusations contre les Ultras nantais, ils mettent en cause l'organisation de ce match par le club et son prestataire sécurité. Comment est-il possible, demandent-ils en substance, que des individus puissent passer outre la sécurité du stade pour pénétrer illégalement dans son enceinte et se rendre coupable d'un vol ?

Pour autant, le RCK refuse de tout mettre sur le dos de son club. Joint par téléphone, le président du groupe ne souhaite pas en dire plus à l'heure actuelle, précisant simplement qu'il peut comprendre la réaction et les plaintes déposées par son club à l'encontre de ceux qui ont eu le tort de réagir aux « provocations » nantaises. Il ne veut pas non plus parler de rupture entre les supporters et la direction du Stade rennais, les relations pouvant jusque-là être qualifiées de cordiales. Dans son communiqué, le RCK va au-delà puisqu'il laisse entendre que les décisions du club ont été plus ou moins dictées par « la pression de la Ligue » qui risque d'ailleurs d'infliger quelques sanctions au club rouge et noir. En tout cas, avec la mise en sommeil du RCK, les joueurs bretons, déjà mal engagés en championnat, risquent de pâtir d'un déficit d'ambiance à domicile, dans un stade qui en manquait déjà cruellement.

Des comportements qui interpellent aussi du côté des journalistes

Au-delà du cas rennais, ces incidents ne vont guère contribuer à redorer le blason des ultras dans un contexte qui leur est actuellement peu favorable. Les appels à l'union sacrée des ultras restent pour l'instant des vœux pieux, d'autant que les incidents s'accumulent en marge des matchs, que les tensions avec les forces de police s'accroissent et que certaines factions (Stéphanois et Lyonnais notamment) sont engagées dans une guerre sans merci.

Mais ce derby a suscité aussi des interrogations quant à son traitement par Presse Océan, le principal média de presse écrite de Loire Atlantique avec Ouest-France. Sur son site Internet, le journal s'est fait l'écho de différents messages ironiques de fans nantais à l'égard des Rennais et a présenté une information partiale, et favorable aux Nantais, du déroulement des incidents. Même le compte Twitter officiel de Presse Océan s'est fait le porte-parole de ces railleries, allant jusqu'à utiliser un hashtag spécial (#LeRCKaPerduSonTifo). Après 5 ans d'abstinence, ce derby n'a laissé que peu de place à la raison, dans les tribunes des supporters, mais aussi en tribune de presse.

Par Aymeric Le Gall, avec Quentin Blandin
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