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Rémy, unlucky Loïc

International en puissance à l'été 2014, Loïc Rémy envisageait de passer un cap en rejoignant Chelsea. Depuis, il a été cantonné au banc de touche et a disparu des listes de l'équipe de France. À cause des choix d'entraîneurs, des blessures, voire de la météo. La loi des séries à son paroxysme.

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La chance est une affaire de cycles. À l'image de ces « bonne année bonne santé » que l'on balance machinalement chaque 1er janvier sur les coups de minuit à ceux qui partagent la première cuite de l'année. Comme si, en remettant les compteurs à zéro sur le calendrier, le poissard chronique allait avoir subitement la main heureuse. En Asie, la superstition se base sur le calendrier lunaire, en léger décalage, puisque nous sommes entrés dans l'année du Singe de feu début février. Pour Loïc Rémy cependant, l'accumulation d'éléments contraires n'a pas attendu un changement d'année solaire ou lunaire, puisque son cycle de souffrance a pris forme fin juillet 2014. Après une Coupe du monde disputée avec les Bleus, l'attaquant des Queens Park Rangers sort d'un prêt plutôt concluant à Newcastle et s'apprête à changer de dimension en signant à Liverpool. À 27 ans, il entre dans ses meilleures années et va pouvoir le démontrer dans un grand club, où le départ de Luis Suárez pour le FC Barcelone laisse un vide à combler dans le onze de Brendan Rodgers et dans le cœur d'Anfield. Sauf qu'en ce milieu d'été, l'alignement des planètes est a priori merdique dans le thème astrologique du Français. À moins que ce ne soit sa « carte énergétique » - pour reprendre le concept chinois - qui parte en vrille. Le médecin en charge de la visite médicale détecte une anomalie cardiaque et recale le Martiniquais. Quatre ans plus tôt, celui de l'OM n'en avait pas fait tout un plat, mais là, Loïc Rémy se retrouve à quai. « You will walk alone, dude. » Jusqu'à fin août 2014 où, dans le money time du mercato, il signe à Chelsea. Retombé sur ses pattes ? Plutôt tombé dans un traquenard.

La dette impayée de Mourinho


Car à Stamford Bridge, José Mourinho ne lui a pas réservé l'un des premiers rôles, mais plutôt celui de figurant. Il fallait presque s'y attendre avec les présences de Diego Costa dans le rôle de l'attaquant de pointe et Eden Hazard dans celui d'animateur du flanc gauche des Blues. Loïc Rémy ne dispute que des bouts de matchs, sauf en League Cup ou pour les affiches secondaires de Ligue des champions. Et quand ce ne sont pas les choix de son coach qui le plombent, c'est son propre corps, comme le 21 octobre, où il se pète après un quart d'heure de jeu et un but contre Maribor. Un mois sur le flanc. À l'issue de sa première saison à Chelsea, le bilan n'est pas reluisant : seulement huit titularisations toutes compétitions confondues, une heure de temps de jeu cumulé en Ligue des champions et une disparition des listes de Didier Deschamps dès l'automne. Alors qu'il avait marqué lors du match de prestige contre l'Espagne en septembre, son avant-dernière sélection en date. La déchéance sans avoir démérité, puisque José Mourinho louait en mars 2015 son état d'esprit - « il ne se plaint jamais » - et admettait une dette à l'égard du Français : « Parfois, pas souvent, un entraîneur sent qu'il doit quelque chose à un joueur. Avec Rémy, c'est le cas. » Et pour cause, dans la course au titre des Blues, l'international français a planté 7 buts en Premier League, auxquels il faut ajouter une réalisation en Cup, une autre en Champions. Sans jamais étaler son spleen ni réclamer la moindre compensation. L'ex « Happy One » a-t-il payé son ardoise après le sacre londonien en championnat ? Depuis l'été 2015, Rémy n'a débuté aucun match de Premier League, même quand Diego Costa affichait une méforme constante. Ironie de l'histoire, pour le dernier match du coach portugais à Leicester avant de se faire éjecter du banc de Chelsea, c'est l'ancien attaquant de Lyon et de Marseille qui a inscrit le seul but des Blues pour réduire le score après son entrée en jeu...

Cloué au sol à la fin du mercato


L'arrivée de Guus Hiddink, fin décembre, aurait pu redistribuer les cartes pour un joueur qui n'a finalement jamais démérité. Sauf que dans la situation du Français, c'est peut-être plus un exorciste qui résoudrait les problèmes. Si le coach néerlandais a de prime abord indiqué compter sur le joueur et ne pas vouloir le vendre, il ne lui a offert que 30 minutes de temps de jeu depuis son arrivée. Quand ce n'était pas une douleur récurrente au mollet qui lui facilitait la prise de décision. Quant à une porte de sortie au mercato d'hiver, ce ne sont pas les possibilités qui ont manqué : Newcastle, Lille, Monaco, un club allemand, un autre en Russie... Logiquement, Rémy a privilégié la piste la plus glamour, un prêt chez la sensation de Premier League, Leicester City. Avec l'opportunité d'alterner ou de s'associer avec Jamie Vardy pour bénéficier des caviars de Ryad Mahrez, et en fin de saison, pourquoi pas, d'enchaîner deux titres de champion avec deux écuries différentes. En mode Cantona 92-93. Un scénario bien trop beau au vu du capital chance, dans le rouge, du Français. Par la faute d'une météo pourrie, l'avion qui devait le mener dans les Midlands n'a pu décoller. Son transfert s'est donc crashé. Un dénouement digne d'un film comique si l'on considère l'accumulation d'éléments contraires pour Loïc Rémy, mais qui ne l'ont a priori pas fait s'esclaffer.

Harry Redknapp : « Il a perdu deux années »


Désormais, l'avenir à court terme du joueur oscille entre la Chine - The Evening Standard a évoqué un intérêt de Shanghai Shenhua et du Hebei China Fortune, qui a depuis opté pour Ezequiel Lavezzi - ou un abonnement sur le banc de Chelsea. Guus Hiddink a d'ailleurs assuré que son effectif ne bougerait plus d'ici la fin de saison, quand bien même les riches Chinois peuvent recruter jusqu'au 26 février. Mais avec Diego Costa qui revient dans sa meilleure forme, Alexandre Pato qui a débarqué fin janvier pour accentuer l'émulation et Radamel Falcao physiquement dans le dur, ils seront quatre pour une seule place à la pointe de l'attaque londonienne. Ou plutôt trois pour se partager les miettes que daignera leur laisser l'attaquant hispano-brésilien, clairement intouchable. Sous contrat jusqu'en 2018, Loïc Rémy pourrait même voir débarquer l'Uruguayen Edinson Cavani l'été prochain selon Tutto Mercato... « Il a perdu deux années de sa carrière » , a récemment lâché Harry Redknapp, son ancien mentor à QPR. Il a également perdu ses illusions d'aller à l'Euro, et pourrait le regretter d'autant plus amèrement en fin de saison si Mathieu Debuchy fait partie des 23. En acceptant de s'asseoir sur une partie de son salaire pour quitter Arsenal et tenter la relance à Bordeaux, le latéral droit s'est remis dans la course, même s'il vient de sortir blessé contre Nice, vendredi. À Chelsea, Rémy a, lui, gardé intact ses émoluments plutôt que d'aller au LOSC, mais s'est assis sur l'opportunité de vivre l'Euro en France.


Par Nicolas Jucha
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