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Remember Kostadinov… et Atar !

Le match contre l’Herzégovine de ce soir rappelle un peu le France-Bulgarie (1-2) du 17 novembre 1993 et la cata qui avait suivi : élimination des Bleus au Mondial 94. Mais le vrai désastre s’est joué avant, contre Israël, toujours au Parc des Princes…

L’élimination de la France en 93, ce sont les Bulgares qui en parlent le mieux… Le 13 octobre, la bande à Stoïchkov tape l’Autriche 4-1, pour la forme. Mais la Suède et la France sont devant au classement donc pour l’Amérique, c’est râpé. Sauf qu’en cette fin de soirée, les Bulgares apprennent que l’impensable s’est réalisé : la France a perdu 3-2 chez elle contre Israël (dernier du Groupe 6) ! Les Bleus étaient à un point de la qualif et ils ont merdé. Les Bulgares sont remis en course par ce coup de théâtre. Ils y croient à nouveau. A condition d’aller gagner à Paris le 17 novembre… Gérard Houllier n’a pas oublié Israël, acte fatal primordial de l’élimination des Bleus : «  On mène 2-1, on a des occasions. Il y a une balle en profondeur de Paul Le Guen vers JPP. Le ballon reste dans une flaque d’eau et Papin rate la balle du 3-1. Je ne voulais pas jouer ce match car le terrain était inondé. Je fais entrer Youri Djorkaëff, qui rate un but. Ensuite on perd Roche, remplacé par Lizarazu. Israël marque dans la foulée…  » . A 2-2, les Bleus peuvent encore espérer voir Boston, LA, Milwaukee, Miami, Denver, Chicago, Seattle, Des Moines, Sacramento, Orlando, Washington, Austin, Dallas, Vancouver (… euh, non ! Pas Vancouver), San Diego, Cincinatti, Bâton Rouge, San Antonio, Saint-Louis, Joplin, Oklaoma City, Amarillo, Jackson, Falstaff-Arizona, Hillary Clinton et Monica Lewinsky. Mais dans les arrêts de jeu, à la 93ème minute, soit 20 secondes avant la fin, c’est Reuven Atar qui bat Lama et donne la victoire aux siens, 3-2 à Paris. Dans les buts israéliens, le gardien s’appelle Ginzburg. Une chanson de Serge pour illustrer ce France-Israël : « J’entends des voix off / Qui me disent : « Hello ! Tu cours à la catastrophe ! » / Mais je me dis : bof ! / Tout ça, c’est du bluff… » . Ben, oui ! Malgré cette défaite surprise, la France du Foot ne flippe pas trop : un point contre les Bulgariens, c’est jouable. On a Papin et Canto devant, donc on risque rien.


La suite, tout le monde la connaît… 17 novembre, ambiance Clasico tendue à Clairefontaine, animosités entre Marseillais et Parisiens qui se la jouent PSG-OM. Ginola met la pression sur Houllier en remettant en cause le duo JPP-Canto… Avant le match, la sono diffuse « l’Amérique » de feu Joe Dassin… Et puis le but de Kostadinov dans les dernières secondes, un pur chef d’œuvre co-signé par Balakov à la relance. Peut-être la plus belle contre-attaque de l’Histoire du foot. La plus mortelle aussi vu que la France sera out pour Boston, LA, Milwaukee, Miami, Denver, Chicago, Seattle, Des Moines, Sacramento, Orlando, Washington, Austin, Dallas, Auckland (euh, non… Pas Auckland !). Houllier réglera ses comptes avec Ginola, coupable pour l’éternité d’avoir «  commis un crime contre l’équipe, je répète : un crime contre l’équipe  » (sic) en envoyant « un exocet » (re-sic) sur son centre pour personne alors que les Bleus jouaient un coup franc dilatoire… Tous ceux qui étaient au Parc racontent qu’il y eut un immense silence dans le stade quand Kostadinov a scoré. Grand silence puis le stade s’est vidé rapidos comme le Maracana en 1950 après la victoire mortelle de l’Uruguay contre la Séleçao 2-1 en finale de Coupe du Monde… Tout le monde était triste et le pauvre bûcheron convint avec sa pauvre femme d’abandonner leurs pauvres enfants au fond des bois. Didier Deschamps, DD de Marseille, a souvent raconté en son nom et au nom de ceux qui étaient du désastre de 93 et de l’aventure de France 98 (Lama, Desailly, Lizarazu, Blanc, Djorkaëff, Petit), que ce France-Bulgarie avait été l’une des clefs de la victoire du 12 juillet 98. Un truc horrible qui te plombe à vie mais qui te sert de repoussoir puissant et éternel contre la défaite et qui te surmotive mieux que Pamela Anderson (c’était le canon de l’époque). Toucher le fond du fond pour voir la Lumière… Francis Cabrel.

Sinon, comparer France-Bulgarie 93 à France-Herzégovine de ce soir, c’est pas très pertinent. En 93 l’adversité finissait en « ov » (Stoïchkov, Ivanov, Yankov, Kostadinov, Letchkov), alors qu’aujourd’hui l’ennemi guidé par Susic finit en « ic » (prononcer « itche » , à la Yougo) : Dzeko, Medunjanin, Papac, Mujdza, Pandza… En plus, en 93, c’était couperet, élimination directe en cas de défaite. Là, ce soir, c’est au pire les barrages, c'est-à-dire atterrissage en moins violent si les Bleus sont éliminés en novembre prochain. Et encore ! La France est tête de série pour ces barrages : elle évitera les gros et jouera le retour à domicile, au Parc des Prin…, euh, non : au Stade de France. L’Equipe et France Foot d’aujourd’hui ne parlent pas de 1993 parce que Bulgarie et Herzégovine c’est tout simplement pas pareil, à part la roche balkanique, commune aux deux nations. Voilà tout. Ce soir, un nul suffit pour se qualifier. Le problème c’est que dans le sport français le nul copine parfois avec la nullité…




Chérif Ghemmour
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