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Reims, le promu plein d'Histoire

Ils attendaient ça depuis 1979. Après trente-trois ans de galère à osciller entre la deuxième division et le National, avec un passage en Division d’honneur après la liquidation judiciaire du club en 1992, le Stade de Reims va retrouver l’élite. Comme souvent, le promu n’aura qu’une seule ambition, celle de se maintenir.

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Retour sur la montée

Vendredi 11 mai 2012, Stade de la Licorne, 22h20. Vainqueur à Amiens grâce à ses deux meilleurs buteurs Cédric Fauré et Kamel Ghilas (0-2), le Stade de Reims vient d’assurer sa montée en Ligue 1. Après un début de saison en fanfare avec cinq victoires lors des six premières journées, les Rémois ont pourtant connu un passage à vide entre février et mars (deux points pris en cinq matches) qui aurait pu leur coûter une place sur le podium. Mais les hommes de Hubert Fournier ont eu les épaules solides et ont gagné des matches clés, au Mans, contre Troyes et surtout à Monaco lors de la trente-sixième journée.

Pas le temps ou presque de fêter la montée qu’il faut déjà se remettre au travail pour préparer ce retour en première division tant espéré depuis plus de trente ans. « C’est derrière nous, la montée est déjà faite, explique Kossi Agassa, joint par téléphone. Aujourd’hui on est tourné vers un autre objectif qui est la Ligue 1 et essayer de faire une bonne saison pour se maintenir. » Ce serait quand même dommage de faire l’ascenseur.



Pourquoi Reims va galérer ?

Parce que trente-trois ans, c’est long. Très long. Trop long. Reims arrive dans une division qu’il ne connaît pas. Face à des équipes habituées à la Ligue 1 et à la lutte pour le maintien, les débuts s’annoncent difficiles. « Il y a des joueurs qui étaient déjà à un niveau ric-rac en Ligue 2. Est-ce qu’ils vont parvenir à hisser leur niveau de jeu ? » , s’interroge Gérard Kancel, journaliste à L’Union. Un autre point noir concerne les infrastructures. Malgré la rénovation du centre d'entraînement des Thiolettes, les installations actuelles de Reims sont indignes d’un club de l’élite. Le promu ne possède pas de véritable lieu de vie et son projet d’implantation sur l’ex-base aérienne BA 112 prend beaucoup de retard. Le club devra faire sans, cette saison.

D’autre part, Reims n’a pas conservé Cédric Fauré, pourtant meilleur buteur du club la saison dernière (15 buts). En ne lui proposant qu’un an de contrat supplémentaire avec un salaire largement revu à la baisse, la direction champenoise se doutait bien que l’attaquant de 34 ans refuserait. Actuellement sans club, Fauré aurait pu apporter son expérience de la Ligue 1 (60 matches, 13 buts), mais le staff technique, qui voulait un attaquant capable de prendre la profondeur, doutait de sa capacité à faire face aux rugueuses défenses de l’élite. Une décision difficile à accepter pour certains joueurs. « Ça m’a fait un peu chier, avoue Agassa. C’est mon meilleur ami ici à Reims. Je suis déçu pour lui. Perturber le groupe ? Je ne sais pas. Ce ne sont pas les joueurs qui font l’équipe. C’est à la fin de la saison qu’on saura s’ils (les dirigeants) se sont trompés ou pas. »



Pourquoi Reims va se maintenir ?

Parce que, contrairement à l’idée reçue selon laquelle la plupart des promus redescendent l’année suivant leur montée, plus de 65% des équipes venant de la deuxième division se sont maintenues l’année suivante, et ce depuis la saison 1934-1935. Et Reims a tout pour faire partie de cette large majorité. « Depuis janvier 2011, ce club est dans une constance de résultats, explique Kancel. C’est cohérent. Ce ne sont pas les meilleurs joueurs du monde, loin de là, mais il y a un bon état d’esprit. Il y a un public, un engouement terrible, une grande solidarité. » De plus, le club rémois possède désormais un stade digne d’un club de l’élite. Entièrement rénové il y a quelques années, le stade Auguste Delaune est très moderne et peut accueillir près de 22 000 spectateurs.

Autre point positif, le recrutement très intelligent du club champenois qui a enrôlé des joueurs habitués aux joutes de la Ligue 1 comme Antoine Devaux, Nicolas Fauvergue, Julien Toudic, Mohamed Fofana et Franck Signorino. Pas de stars, mais des joueurs de métier qui ont été ciblés pour leurs qualités sportives, mais également pour leur personnalité et leur état d’esprit. La direction rémoise emmenée par le président Jean-Pierre Caillot et le directeur général Olivier Létang s’était préparée à une éventuelle montée depuis plusieurs mois, ce qui explique la rapidité de son recrutement. Un recrutement qui sera bouclé une fois que les dirigeants auront trouvé un milieu offensif évoluant sur l’aile gauche. Celui-ci ne devrait pas se nommer Diego Rigonato, les exigences du FC Tours pour céder le jeune Brésilien étant beaucoup trop importantes. À cette exception près, tous les postes sont doublés, voire triplés. De plus, en dehors de Cédric Fauré, aucun cadre du club n’est parti. L’ossature du groupe qui a obtenu la montée est toujours là, ce qui pourrait s’avérer essentiel dans la course au maintien. La jurisprudence Arles-Avignon a marqué les esprits.



Pourquoi Reims doit-il se maintenir ?

Parce que Reims, c’est un pan de l’histoire du football français. «  Parce que Reims, c’était Kopa, c’était Batteux, c’était Fontaine, commente Kancel. C’est un nom, au même titre que Saint-Étienne et Marseille. Tout le monde se réjouit du retour de ce mythe en Ligue 1. Même pour le foot français en général, c’est une bonne chose que Reims renaisse de ses cendres. » Plus grand club français de l’après-guerre, le Stade de Reims remporte six titres de champion de France et deux Coupes de France entre 1949 et 1962. En 1956, Les Rémois atteignent la finale de la première édition de la Coupe des clubs champions européens où ils s’inclinent face au Real Madrid au terme d’un match complètement fou (4-3).


Les hommes d’Albert Batteux récidivent trois ans plus tard et perdent de nouveau en finale contre l’ogre madrilène (2-0). Le déclin débute dans les années 1960 avec une première relégation en 1964, mais la véritable chute de Reims intervient en 1979. Dans une situation financière alarmante, le club champenois termine dernier du championnat avec seulement trois victoires. Reims, c’est aussi un grand public. Troisième meilleure affluence de Ligue 2 la saison dernière avec près de 13 000 spectateurs de moyenne, le stade Auguste Delaune devrait souvent faire le plein la saison prochaine. Malgré la hausse du prix des abonnements qui a suscité la colère de certains supporters, le nombre d’abonnés (4000) est en hausse par rapport à l’année dernière à la même époque. L’engouement populaire autour de ce club reste, quoi qu'on en dise, au-dessus de la normale en France.



Le joueur à suivre

Odaïr Fortes va-t-il se révéler au grand jour ? À 25 ans, cet international capverdien qui va découvrir la Ligue 1 est comparé par de nombreux observateurs à Ryan Mendes. « Je pense qu’il a le niveau de Mendes, estime Kancel. C’est le genre de joueurs qu’on ne voit plus, c’est un dribbleur, un joueur très rapide. C’est un joueur spectaculaire. Il peut éclater en Ligue 1 parce qu’il a un jeu tout en contre-pieds. Ça peut être la révélation. » « J’ai un profil différent des autres, nous explique Fortes, au bout de la ligne. Ce que j’aime, c’est faire des passes décisives. Je suis un joueur vif, qui provoque et qui percute. Mais je centre beaucoup, donc il faut un attaquant comme Cédric Fauré et je pense que Nicolas Fauvergue a le même style. »

Repéré par Marc Collat en 2008, il s’est rapidement imposé sur son côté droit, et ce malgré son irrégularité et ses retards répétés aux entraînements. « Le coach (Hubert Fournier) ne me connaissait pas encore, c’était juste un petit retard, assure Fortes. Après on a parlé, il m’a dit ce qu’il n’aimait pas. Maintenant, j’ai compris, je n’arrive plus en retard… » Absent quatre mois suite à une double fracture de la jambe droite avec arrachement ligamentaire, Fortes a réussi une excellente deuxième partie de saison 2011-2012. Meilleur passeur du club (sept passes décisives), il souhaite désormais s’imposer dans l’élite. « J’ai tout pour réussir, assure-t-il. Après, il faut que je travaille parce que je ne connais pas la Ligue 1. »



Quentin Moynet
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