Reimond Manco, de l'or en bars

Un statut de crack acquis après un Mondial des moins de 17 ans, un transfert au PSV Eindhoven, puis la chute. Reimond Manco, attaquant péruvien au talent incontestable préfère passer son temps dans les bars, plutôt qu'à l'entraînement. Ce qui n'a pas empêché l'Alianza Lima de le ramener à la maison. Et à la raison ?

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Les retours à la maison sont à la mode en Amérique du Sud. Ceux de Tévez à Boca Juniors ou de Saviola et Lucho González à River ont fait vibrer l'Argentine. Celui-ci intrigue le Pérou. Reimond Manco, 25 ans et une carrière de globe-trotter, est de retour à l'Alianza Lima, son premier club. Il incarnait pourtant les espoirs de toute une nation après son titre de meilleur joueur du Mondial des moins de 17 ans (en 2007, devant James Rodríguez). Il revient aujourd'hui dans le championnat local, promettant la repentance après des années un peu trop portées sur la boisson.

L'Amérique du Sud à ses pieds


La carrière de Reimond Manco débute rapidement avec un imbroglio. Natif de Lima, le jeune porte pourtant le maillot de la sélection vénézuélienne en 2005 : « Beaucoup croient que je suis né à Isla Margarita (au Venezuela, ndlr), mais je suis né à Lima. De deux à huit ans et de treize à quinze ans, j'ai vécu au Venezuela. J'ai commencé à jouer au football là-bas, et j'ai ensuite intégré la Vinotinto. Mais je suis péruvien, ma famille aussi, et j'ai toujours rêvé de représenter le Pérou » , explique l'attaquant, sur le site de la FIFA, en 2007. Le début des embrouilles pour le jeune Manco, tiraillé entre son pays d'accueil - qui insiste pour le nationaliser - et sa terre natale. Finalement, c'est avec le maillot péruvien que Manco va briller lors du Mondial des moins de 17 ans en Corée du Sud. Nous sommes en 2007, le gamin a déjà gagné le surnom de « Petit Romário » après avoir battu le Brésil à lui tout seul lors du Sudamericano. La presse péruvienne s'enflamme, et les grands clubs (River, Boca, le PSV Eindhoven et le Real Madrid) viennent taper à la porte de celui qui vient de débuter professionnellement avec le maillot de l'Alianza Lima, quatre mois auparavant. À l'époque, le petit attaquant garde la tête froide : « Je suis au courant de tout ce qu'il se dit. Mais je reste tranquille, je ne suis pas pressé. Je ne suis peut-être pas prêt pour aller dans un grand d'Europe. Jouer dans une équipe intermédiaire pourrait m'aider. Mais j'aimerais d'abord être performant avec mon club » déclare-t-il sur le site de la FIFA. Joint par nos soins, Juan José Oré, à l'époque entraîneur des moins de 17 ans, décrit un joueur « mature, rapide et différent des autres de sa catégorie » . L'ancien footballeur péruvien ajoute : « Il a eu un rôle majeur à l'époque. On ne s'était pas qualifiés pour une compétition internationale depuis trente ans. » Le chemin du crack précoce semble tout tracé. Jusqu'à un titre de meilleur joueur du Mondial des moins de 17 ans, et une offre du PSV Eindhoven.

« Touche-moi, je suis réel »


Le club hollandais recrute finalement Reimond Manco en 2008. Après l'annonce du transfert, le jeune Péruvien déclare haut et fort qu'il ne jouera pas à fond avec l'Alianza, sous prétexte « qu'il doit faire attention » avant de rejoindre l'Europe. Le début d'une relation tendue avec le public de l'Alianza Lima. Avant de rejoindre le Vieux Continent, Manco provoque le premier scandale d'une longue liste : après une fête d'adieu bien arrosée, « El Rei » fait la une de la presse pour sa relation avec une strip-teaseuse. Des problèmes qui étonnent encore son ancien mentor : « On discutait beaucoup avec les jeunes, on les suivait. Et on était certains qu'il pourrait réussir. Il n'avait pas de problème de discipline avec nous. C'était un garçon très humble. » Selon « JJ » Oré, Manco n'a pas su gérer la célébrité soudaine : « Le fait de côtoyer rapidement les professionnels, d'entendre que des grands clubs s'intéressent à lui, et de gagner beaucoup d'argent, cela lui est monté à la tête. »

Malgré de bons débuts au PSV, Manco sera rapidement prêté à Willem II. Son père monte au créneau et raconte à la presse péruvienne que l'entraîneur du PSV osait demander à son fils de jouer pour l'équipe. Une saison plus tard en seconde division néerlandaise, le PSV se sépare du joueur. Manco retrouve sa terre natale, et le club de Juan Aurich pour disputer la Copa Libertadores. Celui qui a connu sa première sélection en février 2008 se perd alors dans les déboires extra-sportifs. Après un match amical au Panama, en février 2010, l'espoir péruvien s'échappe de l'hôtel de la sélection nationale avec Jefferson Farfán pour une petite virée au casino. Aussi, Manco s'affiche avec Shirley Arica, top-modèle qui lui attribue la phrase devenue célèbre au Pérou : « Touche-moi, je suis réel » . Fatiguée des écarts de son joueur, la direction de Juan Aurich décide de le prêter à Atlante au Mexique. Là encore, l'attaquant va offrir l'une de ses plus belles prestations. Hors du terrain, évidemment. Arrivé bourré à un entraînement, Manco est exclu du club. Son excuse est totalement improbable : la veille, il aurait été séquestré par un chauffeur de taxi. « Je mangeais au restaurant avec mon cousin, et un mec nous a menacés avec un pistolet. Il m'a frappé et m'a pris mon porte-monnaie. Ils ont vu mon nom sur ma carte d'identité et ils se sont rendu compte qu'ils s'étaient trompés de cible » , raconte-t-il à la presse. La police mexicaine dément la version du joueur péruvien qui retourne à Juan Aurich. Prêts à lui concéder une autre chance, les dirigeants du club de Chiclayo résilient son contrat lorsqu'il se présente une nouvelle fois en état d'ébriété à l'entraînement.

« Une femme rancunière, c'est pire qu'un singe avec une mitraillette »


Le club de León de Huánuco tente de relancer l'attaquant péruvien. Cette fois-ci, c'est une affaire de violence conjugale (après un énième mariage) qui oblige le club à se séparer de Manco. « Je ne peux pas nier que je l'ai frappée. J'ai perdu le contrôle. Je ne peux pas me justifier, car c'est une des pires choses que j'ai faites » , s'explique-t-il alors. L'exil apparaît comme la solution la plus simple. Et c'est l'équipe qatarie d'Al-Wakrah qui sortira Manco de la tourmente au Pérou. L'aventure s'arrête au bout de six mois, car le club a recruté un nombre trop important d'étrangers. « El Rei » rejoint Universidad Técnica de Cajamarca, récent promu du championnat péruvien. À 22 ans et après de bonnes performances avec son huitième club, Manco est convoqué par le sélectionneur péruvien pour un match amical face à la Corée du Sud. Mais l'attaquant retombe vite dans ses travers. Filmé à la sortie d'une boîte, Manco apparaît totalement ivre dans la rue, porté par un chauffeur de taxi jusqu'à son domicile.



Le joueur est viré du club en avril 2014. Il sera réintégré six mois plus tard après des excuses publiques. « Je ne suis pas alcoolique. Je ne résiste pas à l'alcool. Je bois deux verres, et c'est parti » , se livre-t-il dans les colonnes du journal Trome. Et d'ajouter : « C'est mon ex-femme qui est responsable de cette réputation. J'ai fait des erreurs et je les assume. Mais un alcoolique boit tous les jours, ce que je ne fais pas. Une femme rancunière, c'est pire qu'un singe avec une mitraillette. » Finalement, son ancien club de León de Huánuco tente une nouvelle fois le pari au début de cette année. Aujourd'hui, les caprices de Manco pour rejoindre l'Alianza Lima – son premier club – ont abouti. Celui qui se déclare supporter du club de la capitale péruvienne a signé un contrat accompagné de plusieurs conditions qui feraient passer Balotelli pour un petit joueur. Dans une vidéo, Manco déclame une tirade qui lui sert de confession. Le joueur promet de briller sur le terrain et de mettre de côté ses excès. « Je sais que j'ai perdu du temps. Je suis dans une bonne période. Si je n'ai pas la stabilité nécessaire, c'est difficile de prouver sur le terrain. Je vais me battre » , déclare-t-il en pleurs. Une repentance qui a semble-t-il convaincu Ricardo Gareca, sélectionneur du Pérou, troisième de la dernière Copa América : « Reimond a eu des problèmes d'indiscipline. Mais il pourrait avoir une nouvelle opportunité en sélection s'il maintient ce bon niveau. » Avant ses débuts officiels avec l'Alianza, Manco a déclaré « qu'il ne se voyait pas en tant que sauveur » d'un club en pleine crise de résultats. « Il est encore jeune, il doit comprendre qu'il reste une idole pour les jeunes. Il a compris et reconnu très tard ces erreurs. » Et de conclure : « J'espère qu'il va réussir à se concentrer sur le football. Si c'est le cas, il aura forcément sa chance en sélection. »

Par Ruben Curiel, à Buenos Aires
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Merci pour l'article, j'avais jamais entendu parler de ce lascar !
A faire passer le magico gonzalez pour un mec sain le gars ...
Quand tu vois la reaction du pere sur le fait de jouer pour l'equipe, tu te demandes comment le fils est conseille.
Voila des parents qui doivent se raccrocher : "l'homme est naturellement bon, c'est la societe qui le corrompt". Une education en pate a modeler, ca aide pas non plus amigo.
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