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Régis Brouillard et soleil

Aujourd’hui entraîneur de Niort, Régis Brouard retrouve son ancienne équipe de Clermont pour la 27e journée de Ligue 2. L’occasion de faire la lumière sur l’obscur coach français. Qui semble cacher son vrai visage.

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C'est une matinée comme les autres. Un matin où la troupe des Chamois galope sur le synthé derrière le stade René Gaillard. En rentrant aux vestiaires après l'opposition matinale, le coach niortais adresse un bonjour poli, le visage fermé, concentré. La mine d'un commandant de bord dont le bateau tangue dangereusement autour de la zone de relégation. À douze journées de la fin du championnat, Niort ne compte que deux balles d'avance sur Créteil et avance dans le brouillard. Pas de quoi accrocher un sourire à Régis Brouard. L'ancien joueur du club est comme ça. Il vit à l'extrême son métier d'entraîneur, au point de déraper par moment. L'image de son tacle médiatique sur un journaliste local en début de saison n'est plus à décrire. D'autant qu'une semaine plus tard, il échangeait des douceurs avec Olivier Echouafni, alors calé sur le banc de Sochaux. De quoi peindre une image de révolté derrière un physique à la Hervé Renard. Et si Régis Brouard était simplement un incompris ?

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Grande gueule et malheureux


« Franchement, ça ne m’a pas surpris, pose directement Djiman Koukou, milieu défensif au club depuis 2013, en se remémorant le premier épisode.
Il est très impulsif, oui. Mais c’est surtout un homme franc qui ne mâche pas ses mots pour te dire la vérité.Djiman Koukou
Il est très impulsif, oui. Mais c’est surtout un homme franc qui ne mâche pas ses mots pour te dire la vérité. Il arrive parfois à se contenir, mais on a tous besoin d’exploser à un moment donné. » Une question légitime se pose : la chanson est-elle la même dans le vestiaire ? «  Quand on est nul et qu’on ne respecte pas les consignes, c’est clair qu’il peut gueuler fort, répond David Kiki, jeune Béninois arrivé dans l’équipe l’été dernier. Mais sinon, c’est pas un gars qui crie non-stop, hein. » Ainsi, Brouard, grande gueule, serait un énervé de base qui parviendrait à se maîtriser. Lui ne pense pas autre chose, mais le dit de manière différente, se caractérisant comme « quelqu'un de plus calme » avec le temps, mais avec «  des choses qui (l)'exaspèrent tout autant. Je suis quelqu'un de beaucoup plus apaisé avec l'âge même si, au fond de moi, il y a cet écorché vif.  »


Écorché vif. Les termes sont crachés, nets, directs. « On ne peut pas changer une personne, c'est comme ça, continue-t-il. Mais l'humain évolue. Il peut en tout cas. Je sais que j'ai des efforts à faire. La remise en question est perpétuelle. » En réalité, le bonhomme est malheureux. Ou tout simplement pas heureux : «  Je pense que personne ne peut expliquer qu'il est vraiment heureux. La question qui se pose est seulement de savoir si cela peut exister. Je ne sais pas et, à vrai dire, je ne me pose pas la question. » Voilà pour la séance de psychanalyse. Toute la question est de savoir si son entourage, en premier lieu les joueurs, pâtissent de ce comportement et de cette réflexion. Et si l’image renvoyée par l’ancien de Clermont correspond bien à sa personnalité.

Amical et attachant


« Il y a ce qu'on est vraiment, et l'image que l'on dégage » , prévient d’entrée Brouard. En d’autres termes, l’homme est à des années-lumière de ce que l’espace public peut en penser.
Avec nous, c’est une personne très amicale. Attachante, même.Djiman Koukou
En privé, au moins. « L’image qu’il renvoie à la presse n’est pas la même que celle qu’il montre dans le vestiaire, confirme Koukou. Avec nous, c’est une personne très amicale. Attachante, même. Quand on discute, ce n’est pas seulement une relation entre un coach et son joueur. » Alors oui, la façade est brutale.


Mais les joueurs qui le fréquentent au quotidien semblent unanimes : Brouard est de ceux qu’on apprend forcément à aimer. «  Au début, c’est un peu difficile quand tu ne le connais pas, reconnaît Kiki. Moi, je n’osais pas trop aller le voir pour lui parler. Quand il m’appelait, je me disais toujours que c’était parce que j’avais fait une merde. Mais en fait, quand tu comprends comment il marche et ses principes, ça roule. » « C’est quelqu’un d’un peu spécial, tu as envie de te battre pour lui. Il n’a rien à voir avec un entraîneur classique » , abonde soudain son coéquipier.

Philosophe et blagueur


Brouard paraît en effet être un OVNI dans le monde du football. Déjà, le mec a une soif insatiable de culture. Il confie lire « beaucoup, que ce soit sur les chefs d'entreprise, les entraîneurs, les politiques » . Et surtout utiliser ces lectures et sa connaissance générale pour l’adapter au milieu du foot. Ses joueurs s’accordent pour le caractériser de philosophe. Un exemple ? « La causerie d’avant-match, c’est plus que du football avec lui, témoigne encore Koukou. Surtout en ce moment où on est dans le dur. Il nous parle de tout et de rien, de la vie… Il répète souvent qu’il y a des emplois en jeu derrière. Que l’équipe, c’est tout un ensemble de salariés. » Et ce n’est pas tout. Les méthodes du gourou français peuvent parfois dénoter, comme lors du déplacement à Laval, le 29 janvier dernier.


Les Chamois, qui restent alors sur une lourde défaite 3-0, ont besoin de confiance. Dans le vestiaire, avant la rencontre, Brouard fout le bordel et place les chaises de façon bien définie : en 4-2-1-3, comme la formation alignée sur le terrain.
C’est un très bon monsieur, proche des gens, qui sait s’ouvrir. Avec nous, il est souvent taquin, il nous fait des vannes.David Kiki
Koukou, toujours : « Il avait l’impression que ça partait un peu en couille, donc il voulait resserrer les liens entre les joueurs et les dirigeants. Du coup, on était assis en 4-2-1-3, avec les remplaçants et les dirigeants à côté. Pour montrer que si tu tends la main, t’as tout de suite quelqu’un à côté, devant, derrière… » Une méthodologie particulière pour un personnage difficile à cerner. «  C’est un très bon monsieur, proche des gens, qui sait s’ouvrir, conclut Kiki. Avec nous, il est souvent taquin, il nous fait des vannes. » Plus qu’envoyer un large smile, Régis Brouard sait donc rigoler. Avec les gens qui ont pris le temps de l’adopter.

Par Florian Cadu et Maxime Brigand, à Niort
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C'est cool de s'intéresser à la Ligue 2 et à type comme Brouard qui traîne sa bosse où il peut. Mais le supporter des Chamois que je suis n'en peut plus de la saison dégueulasse qu'on est en train de faire... On se dirige tout droit vers le National là.
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