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Régionales 2015 : le foot victime collatérale ?

Les élections régionales de dimanche prochain n'auront a priori que peu d'impact sur la L1 ou la L2. En revanche le redécoupage territorial va redessiner en profondeur la carte de la FFF et du foot amateur. Ce qui n'est pas sans problème.

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Revenons au point de départ. La loi du 16 janvier 2015 a fusionné certaines régions, pour en réduire le nombre de 22 à 13. Les électeurs iront donc en désigner, les 6 et 13 décembre prochain, le nouvel exécutif. Toutefois, bien au-delà du lifting démocratique de la République, de nombreux secteurs ayant « délégation de service public » se trouvent contraints d'épouser ces nouvelles frontière administratives décentralisées. Le secrétaire d'État aux Sportx, M. Thierry Braillard, avait ainsi rappelé fermement par courrier aux fédérations – toutes les disciplines sont logées à la même enseigne - que le code du sport prévoit que leur « ressort territorial ne peut être autre que celui des services déconcentrés du ministère chargé des sports » . Il demande en outre à ce qu'elles ajustent leur structuration au périmètre géographique des « directions régionales de la jeunesse et des sports et de la cohésion sociale » , et cela dans les plus bref délais, si possible pour la fin de l'olympiade 2016. Elles devront d'ailleurs communiquer à leur autorité de tutelle un calendrier détaillant la mise en place de ces modifications dans leur architecture interne. Lors d'une réunion au CNOSF, le ministre avait ensuite, au passage, vanté la diligence de la FFF en expliquant succinctement et en caricaturant un peu le propos : « Si les footeux y arrivent, tout le monde peut le faire. »

« On ne fait pas pire en Chine... »


Pourtant, le monde du foot est loin de témoigner d'un enthousiasme débordant et béat à l'idée de subir ce petit diktat étatique. Traditionnellement, son organisation varie d'une ligue régionale à l'autre, ses compétences géographiques également, et en leur sein, les districts ne suivent que fort imparfaitement le découpage en départements hérité de la glorieuse Révolution française (le Pas-de-Calais possède son « Artois » et la Seine-et-Marne sa division entre Sud et Nord). Les rivalités d'orgueil et les fiertés de clochers savent parfaitement faire entendre leur douce mélodie. La Picardie par exemple se sent particulièrement maltraitée. Elle s'était émancipée en 1967 de la Ligue du Nord basée à Lille. L'idée de devoir désormais retourner dans le giron ou à l'ombre de ce puissant voisin ne l'enchante guère. Sur son site, l'Amiens SC, digne représentant de son plat pays en National, n'avale pas franchement cette pilule amère. « Une sorte de marcher au pas et sans fausse note. On ne fait pas pire en Chine. »

Certains, surtout, tiquent devant des décisions et des arbitrages qui souvent répondaient à des agendas ou des conjonctures politiques très particulières. L'Alsace aurait aimé notamment conservé son autonomie et son entièreté, tout comme la Bretagne en a eu la chance, bonnets rouges obligent sûrement. Une pétition a même été mise en ligne pour demander l'annulation de cette disparition programmée : « Est-ce que nous aurions désiré continuer comme avant ? Est-ce qu'un aveugle aimerait voir ? » , répond avec truculence le président de la Ligue, Albert Gemmrich, ancien héros du titre du Racing en 1979, membre de la CE de la FFF. « Mais nous sommes légalistes. Si nous ne nous mettons pas en conformité avant mars 2017, nous n'aurons plus d'agrément, donc plus le droit d'organiser d'événements sportifs. Il faut voir cela comme une opportunité, par exemple pour changer notre fonctionnement. » La situation alsacienne est encore plus complexe, car trois protagonistes vont devoir accorder leur violons : Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne. « Un mariage à deux, c'est déjà compliqué, poursuit le Strasbourgeois en rigolant, alors à trois, cela risque d'être encore plus dur. Heureusement que nous nous entendons bien entre tous les présidents. Nous avons lancé un comité de pilotage pour assurer la transition. »

Knysna, crise et régionales


Car, derrière les habitudes et le souci de protéger son particularisme, se cachent en effet malgré tout des problèmes très prosaïques que, dans les couloirs des assemblées générales de fin d'année, d'aucuns reprochent aux autorités de négliger. Le numéro un des enjeux, et pas des moindres en cette période, concerne l'emploi. « Notre préoccupation, assène Albert Gemmrich, se concentre d'abord sur l'avenir des personnes qui travaillent au siège, nous voulons tous les garder. » Même son de cloche en Normandie où Jacques Cerveau, président de la ligue « haute » , s'inquiète ouvertement du sort des quatorze salariés sous sa responsabilité.


Plus largement, on entend sourdre une inquiétude insidieuse face aux conséquences sur le long terme d'une telle tectonique des plaques, plus précisément sur la masse du foot amateur. Personne n'a oublié les années difficiles après Knysna et l'aggravation de la crise économique, qui avait conduit de concert à une chute importante des effectifs. En outre, le recul des subventions publiques se poursuit, et les clubs ont de plus en plus de mal à boucler leur budget. « Peu importe où sera le siège de la future ligue, le plus important reste de penser aux bénévoles, à ceux qui font vivre notre foot amateur. Comment ferait-on si on devait les payer ? Il faut les faire reconnaître par les pouvoirs publics... » raisonne à haute voix le président alsacien.

« Incapable de dire aujourd’hui s’il y aura une ou deux DH »


Dans la ligne de mire, l'extension non négligeable des distances, et ces Divisions d'honneur, dont les zones de compétence kilométriques vont doubler, voire tripler. Ces petits joyaux du foot d'en bas (la plus vieille compétition avec la Coupe de France) pourraient se retrouver affaiblis avec des matchs qui peuvent désormais demander d'avaler 400 bornes (par exemple pour un hypothétique « Classico » Montluçon vs Montélimar en Auvergne-Rhône-Alpes). Quand la santé économique des AS ou FC tanguent gravement, la note de frais se transforme parfois en une arme fatale. Enfin, la saison 2016-2017 devrait sûrement ressembler à une purge, puisqu'il faudra bien réduire la voilure parmi l'élite régionale. Pas grand monde n'a envie d'annoncer ce genre de nouvelles dans le bulletin hebdomadaire électronique destiné aux adhérents, à côté des classements et des amendes.

Les négos entre ligues vont vite tourner à la bataille de boutiquiers (pour l'instant, les Picards ont conservé un tiers de représentants). Une incertitude qui agace un univers qui aime tant la stabilité. « Rien que pour la Ligue de football du Nord–Pas-de-Calais–Picardie, se lamente toujours le club amiénois, on est incapable de dire aujourd’hui s’il y aura une ou deux Division d’Honneur, alors qu’au plan national, les clubs de CFA et CFA 2 vont aller en diminuant. Alors que du côté des dépenses, ce sera pas mal non plus. Ainsi, imaginons un déplacement en DH de Chantilly à Maubeuge. Mais pour reprendre une phrase d’un dirigeant qui n’est pas picard : "Ne crions pas avant d’avoir mal." » De quoi casser quelques rêves et faire fuir autant de sponsors pour les maillots des U9. Déjà échaudé par des plans féminisation qu'ils aimeraient tous voir appliquer par le voisin et des Bleus qui semblent pousser les gamins vers le volley ou le hand, le foot amateur ressemble de plus en plus à l'un de ces nombreux symptômes du malaise français, dont on sentira peut-être l'odeur dans les résultats de dimanche soir.

Par Nicolas Kssis-Martov
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