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Réginald Becque : « Après la finale, on est allé au Lido »

C’est peut-être l’image la plus symbolique de l’histoire de la Coupe de France. Celle où le monde amateur tient la coupe en symbiose avec le monde professionnel lors de la finale Calais-FC Nantes (1-2), le 7 mai 2000. Et sur la droite de cette image, c’est Réginald Becque, capitaine des sang et or qui représente ce football amateur. Et douze ans après, il continuera de le représenter sur les ondes de France Inter où il officiera en tant que consultant aux côtés de Vendroux pour Lyon-Quevilly, samedi soir. Interview.

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Réginald, c’était comment le stade de France ?

Très particulier. On assiste d’abord au levé de rideau, la finale de la Gambardella avec Lille qui jouait, je crois, à l’époque (contre Auxerre (0-1) ndlr). On prend un peu l’ambiance du stade et on le voit se remplir progressivement. Ensuite on accède aux vestiaires, qui sont, comme ceux de l’Equipe de France, énormes. On n’est pas tellement habitués à ce genre d’environnement. Ensuite il y a la causerie du coach et on s’aperçoit que le stade est quasiment plein avec beaucoup de calaisiens. Puis enfin, l’entrée sur le terrain et la présentation des joueurs au président de la République, Jacques Chirac. C’est un moment très particulier pour un match de football. Puis Mr Colombo donne le coup d’envoi du match… pour nous.

Justement, raconte-nous ce match face au FC Nantes ?

Ce match, on le démarre un peu difficilement. Nantes fait un bon pressing. Mais on se créé quelques situations dangereuses. On arrive à marquer au bout de 20-25 minutes je crois, sur un corner mal dégagé des nantais, où Jérome Dutitre met le ballon entre les jambes de Micka Landreau. On revient aux vestiaires avec un avantage d’un but, ce qui était déjà assez exceptionnel pour nous, puisqu’en plus c’était la première fois où l’on menait contre une équipe professionnelle. Après, la deuxième période… Je crois qu’on a accusé le coup physiquement, on n’a pas très bien repris. Nantes marque assez rapidement et puis après on tient tout le match et vient ce coup du sort, cette décision arbitrale qu’on a accepté mais dont on peut encore discuter aujourd’hui (pénalty de Sibierski (1-2) ndlr).

Et après, tu soulèves la Coupe avec Mickaël Landreau…

Ouais, ouais. Micka vient me voir pour me demander si ça me dit de soulever la Coupe avec lui, pour le symbole entre le football professionnel et le football amateur et puis aussi pour nous récompenser quelque part de notre parcours. Donc j’ai accepté. Et c’est vrai que c’est une belle image, un beau symbole et également un moment particulier pour moi.

Qu’as tu fait le soir de la finale, après la rencontre ?

Le soir après le match, on a forcément eu cette déception mais on s’en est très vite remis car il fallait quand même profiter de ce qui était prévu et de ce moment particulier que l’on vivait. Le Lido avait été réservé pour nous. On a donc été accueillis au Lido, on a fait une belle photo avec les danseuses et ensuite on avait une boîte de nuit qui nous était réservée. Et puis avec quelques collègues, j’ai fini avec les nantais jusqu’à 6-7h du matin. Les Micka Landreau, Nicolas Savinaud etc… Avec nous il y avait aussi un journaliste de "L’Equipe" qui nous accompagnait et qui faisait SAM, comme on dit.

Quels souvenirs gardes-tu de cette épopée avec le CRUFC ?

Je dirais le match au stade Bollaert où on bat le champion en titre 3-1, en prolongations et puis cette communion avec le public, que ce soit à Bollaert ou que ce soit au retour après le match de Bordeaux. Même après le match de Nantes où les calaisiens étaient fiers de notre parcours, de ce qu’on avait fait. Ils nous criaient « On a gagné, on a gagné ! » parce qu’ils estimaient que la décision arbitrale était complétement injuste. Oui, c’est surtout cette joie que l’on a pu apporter à tous ces gens, qui ont souvent un quotidien pas évident du fait de la situation économique dans le Nord.

La saison terminée, que s’est-il passé pour vous ?

On a fini notre saison de CFA complétement libérés. On ne jouait ni la montée ni la descente. Dans un stade à guichets fermés pour les cinq matches qu’il nous restait. Et puis l’année d’après, le club a voulu mettre les moyens pour monter en National. Les ¾ des joueurs sont restés pour essayer de faire monter le club. Ce qu’on a réussi à faire, même si l’année d’après était extrêmement compliquée. On était devenu l’équipe à battre ou à abattre. Les adversaires jouaient tous les week-ends le finaliste de la Coupe de France. On monte aux forceps lors d’un match de barrage à Cherbourg, aux tirs aux buts, 9 à 8, je crois, un truc comme ça. Ensuite des joueurs sont partis, le coach est parti. Et puis le National, le club n’était pas prêt, tout simplement. Beaucoup de joueurs se sont blessés cette saison-là, comme un contrecoup des efforts fournis pour monter l’année d’avant. Et puis on a fait une saison catastrophique, que ce soit sur le plan sportif ou financier, et le club a été rétrogradé en CFA2.

Tu as des nouvelles de ton coach de l’époque, Ladislas Lozano ?

Oui, on a fêté le dixième anniversaire de la finale contre le Variété Club de France au Stade de l’Epopée (à Calais ndlr) avec 12 000 personnes. Là, il est dans le Sud Ouest, mais c’est vrai qu’on s’est un peu perdus de vue. Il s’est éloigné de la région alors que c’est plus simple de se voir avec les autres finalistes qui sont restés à proximité de Calais. On a créé en 2005 l’association « Calais 2000 » pour fêter les 5 ans de l’événement. Tous les ans en mai, en juin, on fait trois quatre matches caritatifs où l’on essaie de faire plaisir aux gens. On reverse les bénéfices aux associations d’enfants malades, etc.

Quelle a été la suite de ta carrière ?

J’ai arrêté de jouer en 2005, j’ai entraîné pendant quatre saisons l’équipe B de Calais. Et ensuite j’ai quitté Calais pour entraîner Audruicq, un petit club de PH où j’habite. J’ai quitté ce club il y a quelques jours car j’en avais un petit peu marre.

Et la tu enfiles le rôle de consultant à l’occasion de la finale Quevilly-Lyon, c’est ça ?

Oui, je vais être consultant pour France Inter pour la finale. J’aurai une position privilégiée. C’est une fierté de pouvoir assister à cette rencontre dans ces conditions là. En fait j’ai toujours gardé contact avec Jacques Vendroux, le directeur des sports de France Info, et puis en plus il est calaisien. Et il a pensé à moi pour être à ses côtés lors de la finale. C’est très sympa de sa part. J’avais déjà été consultant en Ligue 2 pour "Ma Chaîne Sport" pour les clubs du Nord. Ca permet d’être extrêmement bien placé pour voir les matches.

Tu as suivi l’épopée de Quevilly ?

Oui, je les ai suivis contre Marseille puis ensuite face à Rennes. Il y a une grande différence avec Quevilly. Si ils sont amateurs en National, il y a quand même 15 contrats fédéraux qu’on n’avait pas à Calais, donc c’est bien différent. Par contre, ils ont des valeurs comme on pouvait avoir. Ils possèdent des joueurs ayant des qualités individuelles, ce qui fait qu’à un moment ils sont capables de faire de grandes performances. Ils ont aussi un coach qui les guide et qui leur permet de se transcender. Le point commun avec nous, il est là.

Qu’est-ce qui t’a marqué dans leur parcours ?

Le match contre Rennes. Alors que tout le monde attend la prolongation, ils arrachent la qualification dans les arrêts de jeu. C’est vrai que ce match ils ont été le chercher au plus profond d’eux-mêmes. Cette rencontre doit leur servir dans la préparation du match face à Lyon, notamment au niveau de la confiance.

Quel conseil donnerais-tu aux joueurs jaunes et noirs pour aborder au mieux cette finale ?

Qu’ils soient tout de suite bien dans le match parce que je pense que Lyon voudra démarrer pied au plancher pour se mettre à l’abri très rapidement et ne pas avoir de mauvaises surprises.

Tu en connais certains ?

Oui, j’ai côtoyé Anthony Laup qui jouait à Dunkerque, à côté de Calais. J’ai joué contre certains en CFA comme le capitaine Beaugrard ou Joris Colinet. Ce sont des joueurs qui sont là depuis longtemps. Même en 2008, on a joué un match de gala contre toute cette équipe, quasiment. Ce sont des joueurs sympas, abordables, qui donnent le meilleur d’eux-mêmes.

On voit beaucoup de débats autour de la participation de Quevilly à l’Europa League en cas de victoire finale, et vous vous auriez fait quoi ?

On en parlait entre nous. On aurait pu se qualifier avant si Monaco l’avait emporté en demies contre Nantes. C’était l’époque où les finalistes pouvaient accéder à la Coupe d'Europe si l’équipe d’en face était déjà qualifiée. Là, apparemment, Quevilly pourrait refuser de la faire. Après c’est un choix de structure, de moyens. Je ne sais pas si on l’aurait joué.

Propos recueillis par Dimitri Laurent
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