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« Refugees Welcome » , la passe décisive du football allemand aux réfugiés

Alors que la crise des réfugiés secoue l'Europe toute entière, une partie de l'Allemagne se mobilise pour aider ces nouveaux arrivants dans le besoin et tordre le cou aux néo-nazis. Anonymes mais aussi personnalités de la sphère publique n'hésitent pas à apporter leur soutien à divers programmes d'aide mis en place. Et le monde du football, bien au-delà des tribunes, se retrouve à la pointe de ce rassemblement sans précédent.

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Dans tous les stades de Bundesliga ou presque, la même bannière et les mêmes mots de soutien aux réfugiés débarquant en Allemagne. De Hambourg à Munich, en passant par Dortmund et Wolfsburg, ils sont des milliers à avoir choisi leur camp. À l'heure où l'Allemagne se déchire sur le sujet, les supporters allemands semblent avoir fait un choix, et ce, depuis un bon moment déjà. « On avait commencé en 2013, déjà, quand la ville de Hambourg avait réquisitionné un parking du HSV pour y installer un camp de réfugiés. Les jeunes fans du club se sont dit qu'on ne pouvait pas aller au stade, passer devant ces gens et ne rien faire pour eux, explique Geneviève Favé, socio-pédagogue au HSV-Fan-Projekt. On avait fondé une association (HSV-Fans gegen Diskriminierung), et les ultras avaient fait des tifos. Mais récemment, on a voulu aller plus loin que ça. Il y a donc des appels aux dons qui ont été effectués. En parallèle, beaucoup d'initiatives se sont développées : les jeunes ont pris contact avec les réfugiés, et s'entraînent avec eux tous les dimanches (le matin avec les enfants, l'après-midi avec les adultes). Des tournois ont été organisés, comme par exemple à Hanovre, et ce sont nos jeunes qui emmenaient les réfugiés pour aller jouer. Sinon, les mardis, fans et réfugiés se retrouvent pour discuter, manger ensemble, jouer à la console... » Ce qui étonne le plus, c'est que ce rassemblement touche surtout les jeunes actifs pourtant souvent pointés du doigt pour leur égoïsme. « Les jeunes se sentent concernés. Ils voient le désarroi et la misère dans lesquels vivent les réfugiés. Le football est un point de départ. Mais avec le temps, des amitiés se sont créées. Ça vient du cœur. C'est bien, ce que font les jeunes, il y a une vraie prise de conscience » , assure Geneviève.

La boîte à 3 euros


Bien au-delà des tribunes, le combat commence à s'organiser aussi. Depuis quelques mois, les clubs aussi rejoignent le mouvement. Le Borussia Dortmund et Sankt Pauli disputeront le 8 septembre prochain un match amical dont les recettes seront reversées aux associations d'aide aux réfugiés. Le BvB qui a par ailleurs invité jeudi dernier plus de 200 réfugiés à leur match de barrages de Ligue Europa. Mayence et Düsseldorf en ont fait de même ce week-end. Hanovre a invité deux joueurs, l'un originaire d'Irak et l'autre de Syrie, à faire un essai au sein du club. De son côté, le FC Schalke 04 a mis en place le programme « Kumpel-Kiste » (la caisse pour le copain), qui consiste à acheter une boîte pour 3 euros et la remplir de choses utiles (vêtements, jouets, produits électroniques) et l'envoyer par la poste, ou bien faire un don. En Bavière aussi (un Land pourtant plutôt conservateur), il y a de l'action : le Bayern Munich a annoncé qu'il donnerait (entre autres) un million d'euros, tandis que le Munich 1860 a lancé l'opération "1+1", un ticket pour soi, un autre pour un(e) réfugié(e). Ces actions, de plus en plus nombreuses, s'ajoutent à celle déjà mise en place par certains clubs comme celui de Babelsberg qui a créé l'an passé le Welcome United, une troisième équipe pour permettre aux footballeurs réfugiés de jouer - une initiative saluée par le magazine 11 Freunde lors d'une cérémonie de remises de prix en juillet dernier.

La génération Löw sort du silence


Plus impressionnante encore, car assez inédite, est la mobilisation des footballeurs stars du pays. Pour la première fois, cette génération de joueurs, élevée dans la sacrosainte doctrine du politiquement correct, n'hésite pas à prendre partie dans un débat sociétal. Per Mertesacker, qui préside depuis de nombreuses années une fondation d'aide à l'intégration des familles démunies, a déjà signifié qu'il soutenait la politique d'intégration des réfugiés. Mesut Özil, Marco Reus, Mario Götze, İlkay Gündoğan, Lukas Podolski et Toni Kroos font eux partie des 100 personnalités allemandes qui soutiennent l'initiative de Bild visant à aider les réfugiés. Chacun a, avec ses mots, justifié son action, mais tous ont la même idée en tête : arrêter de se cacher derrière l'idée qu'un footballeur ne doit pas donner son avis. Même Joachim Löw, dont la position oblige normalement à la retenue, n'a pas caché son inquiétude vis-à-vis de la situation que traverse l'Allemagne en ce moment et va contribuer à la construction d'un centre d'hébergement en Basse-Saxe en coopération avec l'un des acteurs allemands les plus célèbres : Til Schweiger. La Fédération allemande de football a aussi annoncé un soutien financier pour les quelque 600 clubs s'engageant en faveur des réfugiés. Cette soudaine prise de conscience de la part des membres et de l'encadrement de la Mannschaft n'est pas sans risque pour leur image dorée. En montrant son soutien aux populations en transit près de Dresde, la chancelière Angela Merkel s'est fait vivement attaquer par la frange la plus à droite de son électorat. Nul doute que les prises de position de Löw et de ses ouailles ne manqueront pas de faire grincer les dents de certains Allemands.

À l'est du combat


Cette mobilisation, aussi impressionnante soit-elle, est toutefois à relativiser, car elle est essentiellement le fruit de l'ex-Allemagne de l'Ouest. Dans les clubs d'ex-RDA, la donne n'est clairement pas la même. Le sujet est tellement sensible dans cette partie du pays où les réfugiés font face à des agressions répétées venant de quelques sympathisants d'extrême droite qu'aucun ne se risque à communiquer sur le sujet. Que ce soit à Dresde ou à Rostock, aucune action n'a été menée et aucune bannière n'est venue fleurir les tribunes de ces géants de l'Est ce week-end. Seul l'Union Berlin, toujours très engagé dans les problèmes de société, ainsi que quelques Fan-Projekt dont ceux des plus petits clubs de la ville de Leipzig se sont bougés, mais plutôt en catimini. Et du côté des personnalités, seul Toni Kroos, premier et à ce jour unique champion du monde issu de l'ex-RDA, s'est rangé du côté des migrants. « Chers réfugiés, votre présence ici est positive. Cela nous donne la possibilité de tester nos propres valeurs et de montrer du respect pour autrui » , a-t-il déclaré dans les colonnes de Bild dimanche dernier. À voir comment son message sera reçu dans sa Poméranie natale.

Par Sophie Serbini, à Bonn
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