1. // Analyse
  2. //

Si Félix Baumgartner a pu s'envoyer en l'air et réaliser un des exploits sportifs les plus spectaculaires de ces dernières années, c'est grâce au soutien logistique et financier de Red Bull. La marque autrichienne de boisson énergétique, omniprésente dans les sports extrêmes et automobiles, y accompagne les plus grands champions. En football en revanche, malgré d'indéniables efforts, le compte n'y est toujours pas.

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Une petite canette stylée, une étrange eau gazéifiée au goût de sirop et un indéniable effet énergisant grâce au pouvoir de la taurine. Voici donc Red Bull, marque créée en 1984 par le malin Dietrich Mateschitz, sur la base d'une simple boisson tonique d'origine thaïlandaise. Soit, pour faire court, de la flotte caféinée excellemment marquetée, ni plus ni moins. En même pas trois décennies, le taureau ailé autrichien s'est imposé partout dans le monde, y compris chez nous, irréductibles Français, qui avons longtemps refusé sa commercialisation. En 2011, plus de 4,6 milliards de canettes ont été vendues dans le monde, soit une augmentation de plus de 11,4 % par rapport à l'année précédente. Dans l'Hexagone, la hausse est encore plus spectaculaire : +35 %. Où ça, une crise ?


Différent de Coca et Pepsi


L'un des secrets de la réussite Red Bull réside dans sa visibilité dans le sport, ce fabuleux vecteur marketing. Passionné de trucs un peu extrêmes, Dietrich Mateschitz, 193e fortune mondiale, a d'abord choisi de sponsoriser des champions dans ces secteurs-niches que sont le freeride, le BMX, le skate, le ski, le surf… Par goût autant que par stratégie, l'image de la marque correspondant parfaitement aux valeurs véhiculées par ces sports de marge. Puis ce fut les sports automobiles, le côté vitesse, glisse et adrénaline collant tout aussi bien. La plus belle réussite est indéniablement l'écurie de F1 Red Bull Racing, actuellement la plus performante, avec les deux titres consécutifs – et peut-être bientôt trois – conquis en 2010 et 2011 par Sebastian Vettel. Clairement, dans les activités sportives extrêmes, tout ce dans quoi Red Bull s'implique semble réussir. La dernière preuve étant bien sûr l'éclatant exploit réalisé par ce fou de Félix Baumgartner et le retentissant succès médiatique qui s'en est suivi.

Alors, magique l'effet Red Bull ? Pas toujours, non. Dans un secteur particulièrement, les ailes ne sont pas (encore) déployées : le football. C'est sur le tard, en 2005, que Mateschitz décide de s'investir dans LE sport populaire par excellence. Histoire d'accroitre la visibilité de sa « chose » , évidemment. Mais fidèle à son originalité, Red Bull n'a pas souhaité débarquer en imitant les mastodontes des boissons gazeuses que sont Coca Cola ou Pepsi, en imposant simplement sa marque sur des panneaux publicitaires, des maillots ou à la télé lors des mi-temps. Non, la canette autrichienne a fait le pari de s'incruster dans le foot de l'intérieur. En prenant le contrôle de clubs.

Salzbourg, New York…

La première acquisition a lieu au pays, histoire de tester le concept. En 2005, l'Austria Salzbourg, en difficulté financière, est racheté. Pas très discrètement, étant donné que ce club réputé, finaliste de la C3 1994 tout de même, subit un violent ravalement de façade dès l'arrivée des nouveaux propriétaires : changement de nom – d'Austria en Red Bull, évidemment –, de couleurs – du violet au rouge et blanc, là encore, ça coule de source – et de blason, pour intégrer les fameux taureaux symboles de l'identité Red Bull. En faisant venir pas mal de seconds couteaux venus d'Europe et d'Amérique du Sud, le Red Bull Salzbourg est certes parvenu depuis à devenir une place forte au pays avec quatre titres de champion, mais vu le niveau du foot local, c'est bien le moins qui était attendu. S'agissant en revanche des ambitions européennes ouvertement annoncées au départ par le boss, elles ont vite été remisées au placard. Le riche club a même subi cet été l'humiliation de se faire sortir d'entrée de la Ligue des champions par… Dudelange, les champions du Luxembourg. Grosse honte. Sept ans après, c'est donc un semi-échec pour Red Bull à Salzbourg. L'Autriche ne semble clairement pas un bon terreau, ni sportivement, ni médiatiquement.

Une autre expérience a donc été tentée, aux États-Unis. Après tout, si la MLS n'est pas encore un championnat de premier plan, ça peut l'être dans le futur. Placement d'avenir, donc, que le rachat en 2006 des Metrostars de New York, rebaptisé… Red Bulls de New York. Comme en Autriche, le logo change, les couleurs aussi, et le nouveau stade s'appelle le Red Bull Arena. Ouais, dans le genre vampirisant, les Autrichiens ne font pas les choses à moitié. Pourtant, même en y mettant des ronds et de la bonne volonté, même avec Thierry Henry et Rafael Marquez entre autres stars, c'est pour l'instant encore bien la lose, avec zéro trophée et des play-offs toujours mal négociés. Pendant ce temps, l'autre franchise-étoile, les Los Angeles Galaxy de Beckham, brille en décrochant le titre la saison passée… Bref, encore raté, du moins pour l'instant.


Leipzig… et Houllier !


La dernière expérience en date a lieu en Allemagne. Ras-le-bol de se contenter de championnats mineurs, partons à la conquête de la Bundesliga ! C'est ce qu'a dû se dire Red Bull, qui a trouvé dans l'ex Allemagne de l'Est un excellent terrain de jeu. Le foot y est resté populaire mais aucun club ne s'est vraiment remis de la chute du mur. A Leipzig, plus de 500 000 habitants, première ville de Saxe et douzième du pays, l'anonyme SSV Markranstädt, qui évoluait en 5e division en 2009, est racheté et renommé… RB Leipzig. RB officiellement pour « RasenBallsport » , le naming issu d'une entreprise non-allemande étant interdit, mais c'est bien Red Bull qui est derrière. Avec pour objectif de figurer dans le premier tiers de la Bundesliga d'ici 2018. Tout est prêt, même le stade, grande et belle enceinte rénovée pour le Mondial 2006 et récemment renommée… Red Bull Arena, évidemment. Petit problème cependant : jusqu'à présent, une seule promotion a été réussie. Le RB Leipzig est en retard sur ses prévisions, n'évoluant qu'en Regionaliga, la 4e div'. Le club est certes actuel leader de son groupe en ce début de saison, mais les ambitieux desseins des propriétaires sont encore très loin d'être atteints…

Salzbourg, New York, Leipzig, trois tentatives assez ambitieuses de la part de Red Bull de s'imposer dans le foot pour des résultats jusqu'à présent plutôt mitigés, voire médiocres. Il faut y ajouter aussi la création de deux académies de jeunes au Brésil et au Ghana – les biens nommés Red Bull Brasil et Red Bull Ghana – qui n'ont encore formé aucun joueur de haut niveau. Ce serait cependant gravement sous-estimer Red Bull que de considérer la partie définitivement perdue. La marque autrichienne n'est certes pas habituée à être confrontée à autant de difficultés, mais ce n'est certainement pas ça qui va la faire abandonner de sitôt. Preuve de sa détermination, deux recrues d'expérience sont arrivées récemment au département « football » de Red Bull, dans le but de lui redonner du dynamisme : l'Allemand Ralf Rangnick et ce bon vieux Gérard Houllier. Le premier comme directeur sportif à Salzbourg ET Leipzig, le second comme coordinateur du développement global. L'ancien président de l'AS Monaco Jérôme de Bontin ayant par ailleurs été nommé manager général à New York. Il s'agit d'hommes d'expérience, avec un palmarès et une grande connaissance des rouages du foot du haut niveau – du moins pour les deux premiers cités. C'est a priori plutôt bien vu. Et puis si ça ne suffit pas, Félix Baumgartner pourrait peut-être aussi servir comme coach mental entre deux sauts.

Par Régis Delanoë
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Three-Eyed Frenchy Niveau : Ballon d'or
 //  Passionné des Thaïlande
Il paraitrait que le Red Bull Salzbourg, ce n'est pas si nul que ca en Europe quand meme!
Note : 7
un article plaisant a lire ! ca change des news people et ca rappelle un peu plus le mag :)
Note : -5
Ils sont venus dans le foot sans prétention aucune, sans dire qu'ils voulaient tout gagner tout de suite. Ils sont venus dans le foot pour construire durablement, et avec des fondations solides, une franchise de club. Est ce que l'on peut parler d'échec au bout de seulement quelques années de ce projet, alors même qu'ils disposent de centre de détéction et de formation ( c'est a dire des projets aux résultats visibles uniquement sur le moyen ou long terme) et qu'ils construisent patiemment avec des gens intéressants qui viennent pour développer le projet ( un demi finaliste de C1et un vainqueur de coupe UEFA avec Pool quand même).

Avec l'arrivée de certains nouveaux investisseurs quataris (PSG ou Malaga), Emiratis ( City) ou Russes (Chelsea), on a perdu l'habitude de voir des clubs se construire doucement, sans injection massive de capitaux pour asphyxier la conccurence. C'est dommage.
 //  Supporter de Nantes
Note : 1
si vous vous promenez dans les rues de Salzbourg avec une cannette de RB, vous risquez fortement de vous faire péter la gueule par les fans de l'Austria, le seul, le vrai.

http://www.youtube.com/watch?v=hYyzAjqlzTI
Note : 1
Une petite question d'ordre réglementaire. L'uefa ou la fifa n'interdisent elles pas à 2 club d'avoir le même propriétaire ?

Si quelqu'un avais des précisions, il me semble avoir lu ça quelque part.
Note : -5
Le texte de loi UEFA est le suivant: « aucun club participant à une compétition interclubs de l’UEFA ne peut directement ou indirectement: i) détenir ou négocier des titres ou des actions de tout autre club participant à une compétition interclubs de l’UEFA; ii) être membre de tout autre club participant à une compétition interclubs de l’UEFA; iii) être impliqué de quelque manière que ce soit dans la gestion, l’administration et/ou les activités sportives de tout autre club participant à une compétition interclubs de l’UEFA, ou iv) détenir un quelconque pouvoir dans la gestion, l’administration et/ou les activités sportives de tout autre club participant à une compétition interclubs de l’UEFA ».

Salzburg est en compétition européenne, pas les autres clubs, il n'y a donc pas de problème. D'ailleurs c'est pareil pour Watford, Grenade et l'Udinese qui sont la propriété de la famille Pozzo.
Note : 1
Le premier décès dans un évènement sportif ... ? Allez sans réfléchir Senna, Marc Vivien Foé, Morosini, le Heysel, Furiani ... Bref Baumgartner n'aurait vraiment pas été le premier
RadamelFalcao
Note : 1
Je vois pas en quoi ce qu'ils ont fait dans le football est un echec.
Quand vous le dites vous meme, j'ai pas verifié mais il me semble que Salzburg a été plusieurs fois champion d'Autriche depuis leur arrivée non? Et niveau européen, c'est bien l'équipe qui s'est quand meme taper le psg l'année derniere? C'est pas si mal, alors oui il y a l'echec de cette année, mais si ce club est connu, c'est bien parce qu'il appartient à RedBull, c'est déjà une reussite

Et pareil pour New York. La MLS n'a jamais été autant suivi en France que depuis l'arrivée d'Henry chez les Red Bulls, c'est le club le plus connu maintenant aux USA, pourtant d'après ce que vous dites ils ne gagnent rien
FootAddicted Niveau : CFA2
Note : 2
Pourquoi il ne rechèterait pas les Chicago Bulls?
Foky80
La Mls est minable ok..
et alors ???

C'est pas un pays de football pis c'est tout.
Note : 3
Je vois que le sujet fait réagir, cool.
Pour ceux qui me trouvent dur avec Red Bull : j'ai bien précisé que les résultats étaient plutôt médiocres JUSQU'A PRESENT, avant de nuancer en montrant que c'est encore loin d'être foutu et que ça peut finir par fonctionner dans l'avenir. Loin de moi l'idée d'enterrer Red Bull.

Mais les résultats sont pour l'instant indéniablement décevants par rapport aux objectifs annoncés :
- A Salzbourg, on annonçait vouloir rivaliser rapidement en C1 or il n'en est rien. Les performances semblent même à la baisse, avec cette élimination récente face à Dudelange. Quant aux titres de champion d'Autriche, ok c'est très bien, mais c'est un championnat faible et qui ne va pas tellement en s'améliorant...
- A Leipzig, pour être dans le rythme de développement prévu aux origines, le club doit théoriquement être en D2 d'ici deux saisons max. C'est mathématiquement toujours possible, mais il évolue quand même toujours actuellement en D4...
- A New York, c'est la franchise qui claque le plus de thunes. Par rapport aux efforts fournis, le fait de n'avoir encore remporté aucun trophée est là encore décevant. Exemple la saison passée : une élimination en quart de finale seulement avec l'effectif dont ils disposent ? Impossible de s'en satisfaire.
- Enfin les académies. Très bien, faut attendre dans les années à venir, mais les premières tentatives "d'exportation" en Europe de Brésilien vers Salzbourg la saison passée se sont soldés par de gros échecs.

Dernière chose : le concept Red Bull de se développer dans le foot par la prise de contrôle de clubs est certes original, intéressant et même par certains aspects séduisant. Mais c'est aussi contestable. Car comme je le dis, c'est une stratégie très vampirisante : ils débarquent avec de l'argent et plein d'idées, très bien, mais ils changent du jour au lendemain l'identité du club racheté : nouveau nom, nouveau logo, nouvelles couleurs... Le passé du club, son identité ? Effacés. Ca ne se fait pas sans critiques d'ailleurs. Exemple en Autriche où, comme l'a souligné un lecteur, un Austria Salzbourg a été recréé par des fans en colère de s'être soudainement faits "voler" leur club.

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