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Reçus 5 sur 5

France Danemark, France - Belgique, France - Yougoslavie, France - Portugal, France - Espagne : 5 victoires à la suite pour les Bleus, oui monsieur.

Modififié
67 7

France - Danemark 1-0

12 juin 1984
Paris, Parc des Princes, 47 500 spectateurs
But : Platini (78e)

« On est tendus, crispés, c'est le match le plus difficile du tournoi, car on est à la maison et on est obligés de gagner. » Manu Amoros sait de quoi il parle. Capitaine pour l'entrée dans la compétition contre les Danois, le latéral finit le match avec un carton rouge à la 87e. Avant, les Bleus souffrent et doivent s'en remettre à Joël Bats qui sauve les meubles en première période sur une tête sous la barre de Soren Lerby, puis en seconde sur une frappe vicieuse d'Elkaer. Les Scandinaves perdent Alan Simonsen qui se fracture la jambe dans un contact viril avec Yvon Le Roux juste avant la pause. C'est en seconde que Michel Platini libère la nation : récupération magique de Jean Tigana qui élimine deux joueurs dans un mouchoir avec un crochet que Lass Diarra n'aurait pas renié, puis ouverture vers l'avant pour Alain Giresse. La défense danoise repousse en catastrophe devant Bernard Lacombe, mais Platini déboule, frappe comme il peut du droit, et envoie une frappe écrasée au fond des filets. « On ne va pas se mentir, ce but, c'est un coup de dés, et c'est à cela que cela s'est joué ce premier match, un coup de dés en notre faveur » , témoigne Bruno Bellone. La chance du champion ?

Le but de Platini


L'intégralité du match est visible ici.

France - Belgique 5-0

16 juin 1984
Nantes, La Beaujoire, 51 300 spectateurs
Buts : Platini (4e, 74e sp, 89e), Giresse (33e), Fernandez (43e)

Après la bataille de Paris, l'équipe de France enchaîne avec le récital de Nantes. « L'ampleur du score donne l'impression que le match a été facile, mais on a surtout eu la tâche facilitée parce que l'on marque tôt » , assure Amoros. Dès la 4e minute, Michel Platini réceptionne au rebond un coup franc de brute que Patrick Battiston avait envoyé sur la barre. Du gauche pour le meneur de jeu français, qui s'offre un hat-trick avec un penalty du droit et une tête en seconde période. Entre-temps, la Belgique, dont le sélectionneur Guy Thys avait pointé Joël Bats comme la seule faiblesse française, voit son propre portier se faire laminer par les attaques françaises. Avec des actions collectives dignes du FC Barcelone de la décennie 2010 : un piqué subtil d'Alain Giresse suite à un une-deux avec Jean Tigana et une tête de Luis Fernandez à bout portant après un débordement de Didier Six et une remise de Giresse. Une deuxième victoire qui assure la qualification pour les demi-finales, et fait de la Yougoslavie un sparring-partner pour décrocher la première place du groupe.

Les buts du match



La première mi-temps est là, et la seconde ici.

France - Yougoslavie 3-2

19 juin 1984
Saint-Étienne, Geoffroy-Guichard, 45 800 spectateurs
Buts : Platini (59e, 62e, 77e) pour la France // Šestić (32e), Stojković (84e sp) pour la Yougoslavie

La France est déjà qualifiée, la Yougoslavie éliminée. Mais la bande à Safet Sušić est bien décidée à rentrer au pays les armes à la main, et c'est ainsi que Miloš Šestić crucifie Joël Bats à la demi-heure de jeu d'une frappe magistrale. Les Bleus tardent à réagir, même si Alain Giresse trouve la transversale, et c'est en seconde période que Michel Platini sort de sa boîte face à son ancien public de Geoffroy-Guichard : égalisation du gauche en renard de surface, tête plongeante d'avant-centre et coup franc du droit. « Il me l'avait dit à la pause : "Il y a coup franc, il y a but" » , se souvient Bellone. Un penalty de Dragan Stojković en fin de match maintient bien la France sous pression, mais la mission est remplie, la demi-finale se jouera à Marseille contre le Portugal avec un Platini qui a déjà 7 buts au compteur.

Les buts du match



Platini revient sur France-Yougoslavie.

France - Portugal 3-2 ap

23 juin 1984
Marseille, Vélodrome, 54 800 spectateurs
Buts : Domergue (24e, 114e), Platini (119e) pour la France // Jordão (74e, 98e) pour le Portugal

Cela reste le match d'anthologie, celui que la mémoire collective retient comme le chef-d’œuvre et la clé de sol du premier titre international français. « C'est le plus beau match de la campagne. Au niveau émotion, sensation, suspense, tout était réuni. C'est un match avec un Oscar à la fin » , assure Bellone. Pour la France, on semble se diriger vers une fin heureuse quand Jean-François Domergue ouvre le score sur un coup franc surprise à la 24e. Mais les Bleus n'ont « pas abordé cette avant-dernier match par le bon bout, même si ensuite, on a su se reprendre avec l'appui du public » , se souvient Amoros. Dans un match à forte intensité, Rui Jordão égalise à un quart d'heure de la fin, puis donne l'avantage aux siens d'une volée piquée en première période de la prolongation. À chaque fois sur des offrandes de Fernando Chalana, intenable. Alors que le spectre des Mondiaux 58 et 82 planent sur eux, les hommes de Michel Hidalgo parviennent à forcer leur destin grâce à une parade décisive de Bats, puis un énorme cafouillage dont profite Domergue pour égaliser à un peu plus de cinq minutes du terme de la partie. Le latéral vient d'arracher un sursis et une séance de penaltys à laquelle Joël Bats se prépare déjà mentalement quand Michel Hidalgo et son staff réfléchissent aux tireurs. Sauf qu'un homme n'a pas l'intention de s'éterniser au Vélodrome.

« Hé les gars, on va pas refaire 82, hein ? Les penaltys, c'est sans moi. » Jean Tigana sait que le portier portugais Manuel Bento est au taquet, mieux vaut donc tuer le match avant. Alors que tout le monde est cramé physiquement, le Bordelais démontre en quoi consiste le « dépassement de fonction » , dépose la défense adverse avant de servir Michel Platini. Qui a la lucidité de prendre son temps et de conclure proprement face à trois défenseurs au sol à cause du milieu relayeur franco-malien. L'équipe de France a rendez-vous avec l'histoire, alors que quelques heures avant le match, elle avait failli finir dans un ravin avec son bus, au détour d'un virage trop serré sur une route départementale trop étroite. « C'était une petite route, un camion arrivait en sens inverse, il nous a arraché le rétro et abîmé la fenêtre de Jeannot » , se remémore Amoros. «  Sur le coup, on a vraiment eu peur, car cela avait fait un bruit impressionnant. »

Jean-François Domergue parle de France-Portugal


France - Espagne 2-0

27 juin 1984
Paris, Parc des Princes, 47 300 spectateurs
Buts : Platini (57e), Bellone (90e)

Histoire de décompresser, Joël Bats, Bruno Bellone et Philippe Bergeroo s'organisent une partie de pêche à la coule la veille du match. « C'est le meilleur moyen que l'on a trouvé pour décompresser, être ailleurs et ne pas penser à la finale » , explique l'attaquant, futur buteur en fin de match. « Notre force, c'était de savoir déconner, et de tout se dire, on arrivait à sortir du contexte de l'Euro, ce qui nous a permis de ne pas exploser sous la pression, comme le Brésil a pu le faire en 2014. » Contre l'Espagne pour cette dernière marche, la France n'en mène pas forcément large et éprouve les pires difficultés à manœuvrer la Roja. Les Bleus se disent les choses sans ambages à la pause et repensent à la métaphore de Michel Hidalgo pendant la causerie d'avant-match. « Il nous avait dessiné une montagne et expliqué qu'on était arrivés en haut, qu'il fallait désormais finir le boulot en plantant le drapeau. » Le gardien espagnol Luis Arconada facilite le travail en relâchant le coup franc de Michel Platini avant l'heure de jeu. De la chance ? « Cette chance, il faut aller la chercher, et nous, on est allés chercher cette part de chance à chaque match » , assure Amoros. Pour les Bleus, bien en place, la libération en fin de match est assurée par Bruno Bellone. Michel Platini avait exhorté ses coéquipiers à fixer le trophée durant les hymnes. Ils peuvent désormais étreindre l'objet de leur convoitise. « On a marqué une génération, voire plusieurs, car on a montré que la France pouvait gagner » , estime Bellone, pour qui la médaille d'or des JO de Los Angeles n'est qu'un prolongement logique de l'Euro. « Henri Michel a emmené avec lui tout le positif généré pendant l'Euro. »

Retour sur France-Espagne

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Modifié

Des circonstances favorables? La chance du champion? Oui : il en faut et il y en eut en 1984..

Pas mal d'absences en termes d'équipes de prestige, les éliminatoires avaient il est vrai été d'une rare férocité voire parfois opacité, Soviétiques et Néerlandais pouvaient par exemple estimer avoir été lésés par l'arbitrage..

Durant le tournoi la blessure de Simonsen aida, ou plus encore le fait que le dispositif défensif opposé par les Belges n'avait tout bonnement..jamais évolué ensemble, l'entraîneur Thijs ayant soudain dû racler les fonds de tiroir 3 semaines avant le début du tournoi..

Les Bleus étaient bien en jambes, rien à redire, et Platini effectivement au top..mais quid en d'autres circonstances?
Battiston qui laisse sa place à Amoros, c'est symptomatique: même en ayant acquis une culture de la victoire grâce à Platini, cette équipe est restée indécrottablement romantique !
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Message posté par Bota67
Des circonstances favorables? La chance du champion? Oui : il en faut et il y en eut en 1984..

Pas mal d'absences en termes d'équipes de prestige, les éliminatoires avaient il est vrai été d'une rare férocité voire parfois opacité, Soviétiques et Néerlandais pouvaient par exemple estimer avoir été lésés par l'arbitrage..

Durant le tournoi la blessure de Simonsen aida, ou plus encore le fait que le dispositif défensif opposé par les Belges n'avait tout bonnement..jamais évolué ensemble, l'entraîneur Thijs ayant soudain dû racler les fonds de tiroir 3 semaines avant le début du tournoi..

Les Bleus étaient bien en jambes, rien à redire, et Platini effectivement au top..mais quid en d'autres circonstances?


Exact, il manquait quand même trois gros clients : l'Italie, championne du monde en titre, qui avait complètement manqué sa campagne de qualif ; les Pays-Bas, en pleine traversée du désert entre la génération 74-78 et les futurs champions d'Europe 88 ; l'URSS, qui enchantera les spectateurs deux ans plus tard au Mexique, malgré une élimination injuste.
Malgré tout, il ne faut pas dévaloriser la victoire des Bleus qui marchaient sur l'eau cet été-là. Et y avait quand même une vraie adversité entre l'Espagne, le Portugal, la RFA (hors-sujet en phase de groupes) ou le Danemark...
Message posté par Alain Proviste
Exact, il manquait quand même trois gros clients : l'Italie, championne du monde en titre, qui avait complètement manqué sa campagne de qualif ; les Pays-Bas, en pleine traversée du désert entre la génération 74-78 et les futurs champions d'Europe 88 ; l'URSS, qui enchantera les spectateurs deux ans plus tard au Mexique, malgré une élimination injuste.
Malgré tout, il ne faut pas dévaloriser la victoire des Bleus qui marchaient sur l'eau cet été-là. Et y avait quand même une vraie adversité entre l'Espagne, le Portugal, la RFA (hors-sujet en phase de groupes) ou le Danemark...


Dévaloriser ce succès? Oh non, sûrement pas.. Juste rappeler que toutes les conditions étaient réunies, contexte on ne peut plus favorable..

L'absence italienne ne se discute pas, sportivement ils n'y avaient pas leur place..

Celles des Néerlandais et, surtout, des Soviétiques par contre..

Les Néerlandais restaient en transition, formation à certains égards souffreteuse ; et cependant, sans cette histoire hautement suspicieuse de différence de buts en éliminatoires..

Quant aux Soviétiques, ils furent tout bonnement volés par l'arbitre.. Or quand on voit le parcours du Portugal ensuite.. Ils peuvent avoir des regrets, déjà qu'en 1982 ils n'avaient guère été vernis..

Elimination injuste en 1986? Si tu évoques la dynamique du match, ils dominèrent de la tête et des pieds la..première heure de jeu contre les Belges, rien à redire..si ce n'est que, côté belge, il n'y a rien d'injuste à jouir d'un gardien de qualité, ça fait partie du jeu.

Par contre si tu fais allusion à ces histoires de buts belges hors-jeu, je t'arrête tout de suite : c'est une légende urbaine propagée par Vincent Duluc.. Faute d'images le doute reste bien sûr ouvert pour celui de Ceulemans, bien que les Soviétiques n'y aient jamais trouvé rien à redire (leurs seuls reproches le furent en interne, et à l'endroit de leur..dispositif défensif..)..

Pour les 3 autres buts par contre, les images sont formelles : les buteurs belges étaient couverts..

J'ajoute qu'il n'y avait pas faute sur le 3ème but soviétique, inscrit sur penalty (mais les carottes étaient cuites) ; et qu'il semble y avoir un contact dans la surface belge en première mi-temps, mais pas de quoi non plus fouetter un chat - d'ailleurs les Soviétiques n'y objectèrent rien non plus, je crois..
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Message posté par Bota67
Dévaloriser ce succès? Oh non, sûrement pas.. Juste rappeler que toutes les conditions étaient réunies, contexte on ne peut plus favorable..

L'absence italienne ne se discute pas, sportivement ils n'y avaient pas leur place..

Celles des Néerlandais et, surtout, des Soviétiques par contre..

Les Néerlandais restaient en transition, formation à certains égards souffreteuse ; et cependant, sans cette histoire hautement suspicieuse de différence de buts en éliminatoires..

Quant aux Soviétiques, ils furent tout bonnement volés par l'arbitre.. Or quand on voit le parcours du Portugal ensuite.. Ils peuvent avoir des regrets, déjà qu'en 1982 ils n'avaient guère été vernis..

Elimination injuste en 1986? Si tu évoques la dynamique du match, ils dominèrent de la tête et des pieds la..première heure de jeu contre les Belges, rien à redire..si ce n'est que, côté belge, il n'y a rien d'injuste à jouir d'un gardien de qualité, ça fait partie du jeu.

Par contre si tu fais allusion à ces histoires de buts belges hors-jeu, je t'arrête tout de suite : c'est une légende urbaine propagée par Vincent Duluc.. Faute d'images le doute reste bien sûr ouvert pour celui de Ceulemans, bien que les Soviétiques n'y aient jamais trouvé rien à redire (leurs seuls reproches le furent en interne, et à l'endroit de leur..dispositif défensif..)..

Pour les 3 autres buts par contre, les images sont formelles : les buteurs belges étaient couverts..

J'ajoute qu'il n'y avait pas faute sur le 3ème but soviétique, inscrit sur penalty (mais les carottes étaient cuites) ; et qu'il semble y avoir un contact dans la surface belge en première mi-temps, mais pas de quoi non plus fouetter un chat - d'ailleurs les Soviétiques n'y objectèrent rien non plus, je crois..


En fait, pour ce fameux Belgique-URSS, je qualifie cette élimination d'injuste essentiellement pour le déroulé du match et la domination des Soviétiques : ceci dit, je reconnais que le mérite ne veut rien dire en football et que mon adjectif est donc assez mal choisi.
Je pensais un peu aussi à l'arbitrage (dans une moindre mesure) mais sur ce point, je te fais confiance, mes souvenirs étant fort lointains et n'ayant pas revu le match récemment...
Eh bien pour ma part cet échange m'a incliné ce matin à en revoir d'images, moments-clés s'entend..et je n'ai pas perdu mon temps (match extrêmement vivant, offensif et disputé dans un état d'esprit magnifique)..

Et donc je ne retire rien de ce que j'avançais hier : buts belges valides (à ceci près que le deuxième reste impossible à trancher), péno soviétique indu (or il leur restait dans la foulée 10 bonnes minutes pour égaliser)..mais surtout le deuxième but de Belanov procède directement d'une faute grossière non-sifflée sur Ceulemans, bref : les Soviétiques n'avaient pas de quoi hurler à l'injustice, et autant que je sache ils ne le firent d'ailleurs jamais..
Et malgré une domination évidente, par moments même écrasante : les plus beaux arrêts du match sont probablement moins à mettre à l'actif de Pfaff qu'à celui de Dassaev..

Duluc eut vraiment beaucoup d'imagination dans cette affaire, la voilà l'injustice de ce match..
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La victoire est en eux
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