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Real Madrid, la dernière danse

Le Real Madrid risque bien d’être champion à Bilbao ce soir. Du coup, à quelques jours des grandes échéances, les petits gars de Bielsa n’ont pas grand-chose à gagner. Si ce n’est un peu de confiance en eux. Présentation.

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C’est l’heure de la dernière danse. Choisissez votre cavalière et ne vous trompez pas. Car lorsque les lumières se rallumeront, la vérité éclatera au grand jour. Le Real a choisi la sienne. Elle est rouge et blanche. C’est la plus vieille de la soirée et elle vit dans une cathédrale. Mais c’est aussi la plus intéressante car malgré son âge et ses rides sur le maillot, son sang est neuf et s’appelle Muniain, Llorente, Susaeta. Le match de ce soir a quelque chose d’heureux et de triste à la fois, comme une dernière danse. Heureux pour les madridistes qui soulèvent enfin leur 32e Liga et mettent fin à l’insupportable série barcelonaise. Trois auréoles de champion sur la tête d’affilée, c’est beaucoup trop pour un club de province. La Catalogne ne règne plus sur l’Espagne du foot et Madrid redevient sa capitale. Mais cette fête est triste car c’est la dernière. C’est la fin du duel Mourinho/Guardiola. Si le Barça s’incline contre Malaga, le Real pourrait même être champion sans jouer. Moche.

C’est la fin de la soirée mais le Mou exulte. Il ne repart pas seul. Lui, il ramène Aïtor : « Je suis arrivé ici avec une famille de quatre personnes qui travaillent ensemble depuis des années. Maintenant nous sommes cinq. Karanka fait partie de cette famille (…) dans l’avenir il continuera à travailler avec moi, où que j’aille » . Mourinho n’avait pas parlé en Liga depuis le 31 mars dernier. Après un mois à dormir en conférence, bercés par les monologues de son célèbre adjoint, les journalistes ont vu revenir le Special One en pleine forme. La semaine dernière, Karanka s’était pris pour Dieu en mimant le dédain face au départ de Guardiola : «  La Liga a existé avant Guardiola et continuera à exister sans Guardiola  » s’était-il permis, lui, le sans-grade. Certes. Mais être poli n’est pas interdit quand l’entraineur le plus titré du Barça s’en va. Alors le Mou rattrape le coup hier. Quoique : « J’entraîne depuis 12 ans et moi c’est en juin que je suis cramé, quand il n’y a pas de match. Ne pas entraîner, ne pas jouer, me manque. Mais chacun est comme il est. Il faut prendre du plaisir. S’il (Pep) prend du plaisir en sortant du foot, tant mieux pour lui. Je l’embrasse  » . Guardiola s’en va. La star, c’est le Mou.

La plus belle pour aller danser

Sauf tsunami, le Real sera champion ce soir et Mourinho terminera son grand chelem personnel. Portugal, Angleterre, Italie et maintenant Espagne : les trophées du Mou ressemblent aux campagnes napoléoniennes. Mais à Bilbao, on s’en fout. Pire, on en veut même à Florentino Perez d’avoir refusé d’offrir son stade à la finale de Coupe du Roi contre le Barça. Les Basques ne rencontreront pas les Catalans dans le plus grand stade de la capitale du Royaume. Les tentations autonomistes sont trop insupportables pour le club de toute l’Espagne. En 2009, Bilbao et Barcelone s’affrontaient déjà en finale. La sono de Mestalla, à Valence, avait failli rendre son âme à trop vouloir couvrir les huées au moment de l’hymne espagnol. Cette année, le Real a prétexté des travaux. Du coup la finale aura lieu à Vicente-Calderón. 45 000 places au lieu de 80 000. 7 000 socios basques ne pourront pas assister au match. Autant dire que ce soir, les Merengues ne feront danser personne s’ils sont champions. Sur les forums basques, certains proposent même de quitter le stade avant la fin du match pour ne pas assister au bal de l’infamie.


Et puis l’Athletic a la tête ailleurs. Le 9 mai les petits de Bielsa disputeront leur première finale européenne depuis 1977. C’était le mythique Athletic d’Iribar, Irureta, Amorrortu et Villar. Cette année-là l’Athletic aurait pu tout gagner (UEFA, Coupe et Championnat). Mais finalement perd tout (troisième de Liga, défaite en finale de Coupe contre le Betis et en finale de l’UEFA contre la Juve). Alors du côté de la province de Bizcaye, l’histoire n’a pas intérêt à se répéter. Les jours qui comptent sont le 9 mai en Europe contre l’Atletico Madrid et le 23 mai en Espagne contre le Barça. La finale d’Europa League est a priori la plus prenable et ce n’est que dans une semaine. Alors chez Marcelo Bielsa, on ne va pas jouer avec le feu et risquer blessure ou autre surchauffe. Le Real vient gagner la Liga ce soir: «  Le Real est le juste vainqueur de cette Liga » reconnaît sans gêne l’immense Argentin. Mais le sage de Rosario connaît trop bien son ouvrage. Jouer le Real maintenant sert à se donner du courage : « Le Real fait partie de ceux qui, lorsqu'un rival parvient à les dominer, permettent une évaluation supérieure. Ce match peut nous donner une évaluation très importante de nous-mêmes  » . Bref, pour une dernière danse, mieux vaut toujours inviter la plus belle. Le reste n’est qu’une question de confiance. Et de modjo.

Par Thibaud Leplat, à Madrid
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