Raymond D, grenouille auto disculpée ?

Interrogé sur le site de la FIFA, le coach de la France a tenu des propos pour le moins originaux et presque inattendus : sa condition de sélectionneur, la préparation de la Coupe du Monde et ses objectifs, entre autres. Plus intéressant, le jugement sans concession qu'il porte sur l'évolution trans-générationnelle des Bleus. Analyse et décryptage...

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Métier de chien, sélectionneur ? Non, plutôt un boulot de grenouille : « On vit dans le stress permanent. Comme tous les entraîneurs... Je raconte toujours l'histoire de la grenouille qu'on plonge dans l'eau bouillante : sur le coup, elle va crier, elle va souffrir. Mais si on la met dans l'eau froide et qu'on fait monter la température de l'eau petit à petit, elle va tenir beaucoup plus longtemps ! » . Heureusement, pour faire baisser le thermostat, Raymond peut compter sur des gars comme Youri Djorkaeff qui a déclaré hier : « Le débat sur Raymond Domenech est dépassé. Il faut se rassembler à trois mois de le Coupe du Monde » . Le Snake a sûrement contenté Raymond sur un autre point crucial, la propre responsabilité des Bleus quant à leur future réussite ou non en Afrique du Sud : « A un moment donné, les caractères se révèleront dans le groupe pour donner l'élan et essayer de gagner la Coupe du monde. Il ne faut pas être à 100% en Equipe de France, mais beaucoup plus ! » .

Raymond s'émancipe des Bleus

Bizarre ! Raymond dit la même chose : « Jusqu'à présent, c'est moi qui ai été la cible des critiques plutôt qu'eux ! Mais la Coupe du Monde leur appartiendra, ce sont eux qui seront sur le devant de la scène. Moi, je vais leur rendre les clés quand la compétition va commencer. Avant, je vais tout faire pour les protéger, les préparer au mieux à cet évènement, mais après c'est entre leurs mains » . Quézako ? Raymond est-il en train d'ouvrir prématurément le parapluie pour se couvrir d'un échec annoncé au Mondial en plaçant, comme Youri, les joueurs face à leurs responsabilités ? Peut-être.

Mais la convergence de son point de vue avec celui de Djorkaeff met sans doute aussi en évidence ce que tout le monde a cru percevoir lors du dernier France-Espagne : l'implosion des Bleus. Message subliminal : le manque de solidarité flagrant sur le terrain, les petits calculs perso et les clans expliqueraient alors, plus que les options tactiques du coach, l'état de médiocrité généralisé ? Raymond en rajoute une couche : « Pour le moment, mon équipe se met en place et il y a encore trop d'incertitudes et trop de choses autour d'elle qui la polluent » . De quelles « pollutions » parle-t-il : celle externe, créée par les affreux journalistes, ou bien, celle interne, que certains joueurs génèrent au sein du groupe ? En tout cas, Raymond n'hésiterait donc plus à tendre le miroir à ses joueurs en les mettant face à leur destin. Raymond a choisi de s'effacer : « D'ailleurs, à la Coupe du Monde, je ne crois pas qu'il y ait de médaille prévue pour l'entraîneur ! » . CQFD.

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Raymond juge ses Bleus

Mais le plus intéressant, c'est donc le regard qualitatif qu'il porte sur le Groupe France, à travers les deux dernières générations en activité : « Il y a un renouvellement de générations qui se met en place. A part pour le Brésil, qui a un immense réservoir, et qui assure un renouvellement naturel sans que le niveau de l'équipe en subisse les conséquences, tous les autres pays fonctionnent par cycles. Nous nous trouvons peut-être dans un cycle un peu plus difficile, avec des joueurs majeurs qui ont duré, qui ont arrêté et qu'il faut maintenant remplacer. On est simplement dans cette situation-là, et si des gens ne veulent pas l'admettre c'est qu'ils ne sont pas lucides. Aujourd'hui on travaille, on s'accroche pour retrouver un cycle haut » . Traduction : la relève qui a succédé à la génération de France 98, qu'on a usée jusqu'à la corde, n'est pas tout à fait à la hauteur des espérances placées en elle. Vrai ou faux ? Que vaut “vraiment” cette génération ? Le débat mérite réflexion... Reste que, ici encore, Raymond tend un miroir, mais là, à la France du foot, aussi insatisfaite que le reporter de la FIFA qui l'a interpellé : « Votre équipe a donné l'impression de ne pas jouer au niveau qui pourrait être le sien au vu de ses individualités. Qu'est-ce qui lui manque pour exploiter pleinement ce potentiel ? » . Réponse implicite de Raymond : de quel « potentiel » parle-t-on ?

Raymond zappe le 11 juillet 2010

Autre constat implicite qui en découle : la France n'est pas favorite du Mondial. La preuve ? Raymond a dérogé à ses mots d'ordre habituels, à ses objectifs de victoire, claironnés avant chaque compète, comme ce « rendez-vous le 9 juillet 2006 à Berlin ! » , balancé dès sa prise de fonction à l'été 2004... « Quand j'ai des convictions, je les défends. Mais seuls les joueurs peuvent me donner ces convictions. En 2006, quand j'ai vu et entendu mes joueurs, je me suis dit : "On va aller en finale, c'est sûr !" Or pour le moment, mon équipe se met en place et il y a encore trop d'incertitudes et trop de choses autour d'elle qui la polluent. Dès qu'on aura regroupé les joueurs et qu'on aura passé suffisamment de temps ensemble, je le saurai. La Coupe du monde, c'est comme quand un match commence : au bout de cinq minutes, je sais à peu près comment cela va se terminer. Là, ça sera pareil. Attendons le début du tournoi et je pourrai dire à peu près comment on le terminera... » .

Conclusion générale : psychologiquement, Raymond est en train d'intérioriser, d'assumer son “départ” de chez les Bleus. C'est nouveau : il prend petit à petit acte que tout finira en juillet et que quoi qu'il arrive, il devra partir. Or chaque départ s'accompagne d'un bilan, et là, pas question de voir ses ennemis se livrer à l'inventaire de ses six années à la tête de l'EdF... D'où le bel exercice d'auto absolution (pas entièrement infondée) de sa part même s'il atteste d'un état des lieux inquiétant de la Maison Bleue, à propos duquel sa responsabilité est pourtant pleinement engagée. Mais, au moins les choses deviennent plus claires : en cas d'échec au Mondial, Raymond refuse de porter seul le chapeau. Ils seront donc 1 + 23 à monter sur l'échafaud. Entre-temps, avec de tels propos, ça risque de tanguer dans le Groupe France. Alors ? Électrochoc psychologique salutaire en vue ? Remise en cause collective ? Ou bien implosion réelle, live & direct avec clans et tribus au Château de Clairefontaine ?...

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A quand de véritables supporters pour l'équipe France?
Les derniers matchs de l'équipe de France le confirment : Le public des stades s'embourgeoise. Il n'accepte plus l'éventuelle défaite de l'équipe qu'il supporte. Comme si « perdre » ne faisait plus partie du jeu. Comme si « perdre » était inenvisageable pour son équipe. Ainsi, juste après que la France ait encaissé un but de l'Espagne, les premiers sifflets désapprobateurs ont résonné, fustigeant férocement les bleus. Puis, suite au deuxième but espagnol, des « olé » ont été lâchés par les supporters français à chaque passe réussie des joueurs ibériques. Au vu des trahisons commises par le public français ce soir là, deux mains, deux pieds et la queue n'auraient pas suffi pour compter les couteaux plantés dans le dos des bleus (d'ailleurs, c'est bien simple, on ne voyait plus leurs dos). Henry sifflé à sa sortie, Ribéry même régime, c'était à se demander si les deux hommes n'avaient pas joué pour l'Italie le temps des qualifications pour le mondial...
On pourrait expliquer cette attitude par l'habitude qu'ont les supporters français de voir leur équipe au plus haut niveau. Néanmoins, 2006 c'est loin. Depuis, la France a perdu piteusement à l'Euro 2008 et s'est qualifiée dans la douleur pour le mondial 2012. Les hommes qui la composent ont changé, l'équipe de France ne dégage plus cette assurance qui lui permettait de dominer son sujet dans les matchs cruciaux (remumber le plus beau match de cette équipe au mondial 2006, justement contre la même Espagne). Elle ressemble à un rafiot bricolé à la vite qui connait chaque jour un nouveau problème, un jour, la défense, le suivant l'attaque, un autre, le milieu, parfois tout ensemble... L'équipe de France prend l'eau et il n'y a plus beaucoup de supporters pour former une chaîne et faire passer le sceau... Pourtant, cette équipe là en aurait grandement besoin, de supporters.
Que s'est-il passé pour que les supporters se transforment en clients exigeants ne supportant plus les défaillances et faiblesses de leur propre équipe ? Sans doute, la principale cause de ce comportement vient du prix du billet. Actuellement, la place la plus pourrie pour un match amical se vend minimum vingt euros. Pour ce prix là, déjà, il est compréhensible qu'on en veuille pour son argent ! Avec la crise, la somme de vingt euros est devenue une belle somme ! Qui, au supermarché, n'a jamais vu tous les regards briller et se fixer sur lui au moment où il a sorti de sa poche un billet de vingt euros ! Qui, n'a pas senti à ce moment là, l'envie d'autrui lui mordre jusqu'au sang la main détentrice de ce faramineux cash !... Dépenser vingt euros pour un match de football est devenu un luxe. Et comme tout luxe, il doit satisfaire pleinement l'ego. Celui ou celle qui a dépensé 20 euros pour le 2-0 du France-Espagne est nécessairement humilié à tous les niveaux : Un, il a foutu en l'air une sacrée somme pour un spectacle de merde. Deux, comme un con, il a dit à ses proches qu'il y allait et maintenant il va devoir supporter leurs vannes. Trois, pour ceux qui ont fait un emprunt à un taux de 20 pour cent sur 5 ans, ils vont devoir avaler la pilule pendant encore longtemps, etc, etc... Alors, forcément, au premier but espagnol, il ou elle laisse éclater sa frustration, sa colère...
Pourtant, il existe une solution... En taxant à 40 pour cent les salaires des joueurs de l'équipe de France et en redistribuant leurs primes, on ferait chuter les prix des billets de 75 pour cent ! Les billets les moins chers s'élèveraient alors à cinq euros, un tarif enfin raisonnable et accessible aux plus modestes ! Par ce geste, les joueurs regagneraient les faveurs du public et ainsi de véritables supporters !
Néanmoins, pour que les joueurs agissent de cette manière, il est nécessaire que leur entraîneur, Raymond Domenech, montre la voie. Par exemple, en achetant avec la moitié de son salaire des places pour les offrir (soit à peu près 30 000) ...
Mais comme on dit par chez nous, c'est pas demain la veille.
Francis Azamour
Partenaires
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