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Raquel Garrido : « Mon tweet n'était pas politique »

Raquel Garrido a provoqué samedi soir le bad buzz autour de la terrible soirée d'Amiens. L'avocate, porte-parole de la France insoumise de Jean-Luc Mélechon et également chroniqueuse chez Salut Les terriens ! de Thierry Ardisson, avait balancé un tweet comparant le drame du stade de la Licorne au match du PSG auquel elle venait d'assister au Parc des Princes. Comme la vie et le foot demandent plus de 140 ou 280 signes, nous sommes allés lui demander ce qu'elle avait vraiment en tête en gazouillant et comment elle vivait en néophyte du ballon rond cette fièvre du samedi soir sur les réseaux sociaux.

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Votre tweet « J'ai assisté ce soir au match #PSGFCGB, événement qui coûte des millions, tandis qu'à #ASCLOSC une tribune s'effondre. Chercher l'erreur » était sûrement rédigé sous le coup de l'émotion. Beaucoup ont été choqués, d'autres n'ont pas vu le lien. Qu'avez-vous cherché à dire précisément ?
J’ai entendu parler de l’accident à la radio au moment où je rentrais du match PSG-Bordeaux qui avait eu lieu à 17h. J’ai été happée par un sentiment de colère. J’avais assisté à un évènement fastueux, et j’apprends que des supporters ont été blessés par l’incurie de certains responsables dont l’identité précise reste encore à trouver. Amiens est le plus petit budget de la Ligue 1. Et en plus, il s’agissait d’un match contre Lille.
« Je n’ai pas dit que l’effondrement de la barrière était la faute du PSG. »
Je me suis dit : « Pourquoi ces supporters-là, provenant des régions les plus pauvres de notre pays, sont ainsi maltraités ? » Pourquoi eux n’ont-ils pas le droit à la meilleure des sécurités et des égards, tandis qu’à Paris, l’argent coule à flots ? Je n’ai pas dit que l’effondrement de la barrière était la faute du PSG. Je n’ai pas dit qu’il fallait plaindre l’ASC qui a tout de même un budget de 25 millions. J’ai tout simplement été saisie par un sentiment d’injustice au vu de ces deux situations, totalement opposées, qui existent au même moment.


On n'a pas l'habitude de vous entendre vous exprimer sur le foot. Vous comprenez les réactions qui vous ont reproché de parler sans maîtriser le sujet ? Ou est-ce selon vous hors sujet ?
Ce n’est pas la première fois que je m’exprime sur ce sport, même si cela reste rare. J’ai un rapport au foot qui est principalement marqué par ma culture latino-américaine. Ainsi, que l’on soit expert ou non, il est de tradition de soutenir une équipe de cœur. J’ai deux équipes de cœur, les Wanderers de Valparaiso – ville où je suis née –, et le PSG. J’étais au lycée à Saint-Germain-en-Laye et j’habite Paris. Au collège, ma petite sœur jouait au PSG. Mon père, qui nous a appris l’amour du foot et de la ferveur des stades, nous a fait jouer en club dans notre enfance et nous a souvent emmenés au Parc des Princes, dès notre arrivée en France en 1988. En 1998, quinze membres de ma famille sont venus du monde entier pour voir jouer le Chili qui s’était qualifié pour la Coupe du monde. Nous avons assisté au match Chili-Autriche au stade Geoffroy-Guichard. Bref, je me suis aussi exprimée, à l’époque de sa mise en place, contre le plan Leproux à Paris et l’optique anti-supporters.

« Je regarde comme des millions de gens le foot avec des lunettes de supporter. Est-ce que cela m’interdit de m’exprimer ? Heureusement que non. »
Je suis d’accord avec le grand Bielsa quand il dit que les seuls à être irremplaçables dans un match sont les supporters. J’ai beaucoup d’estime pour les ultras et les associations de supporters, car c’est eux qui donnent à l’évènement sportif sa vocation collective et populaire. Il faut les soutenir, les respecter, les protéger, et pourquoi pas les rejoindre ! Je ne suis donc pas une spécialiste. Je regarde comme des millions de gens le foot avec des lunettes de supporter. Est-ce que cela m’interdit de m’exprimer ? Heureusement que non. D’ailleurs, j’ai perçu un profond machisme dans certains commentaires. Quoi ? Une femme qui parle de foot ? Mais renvoyez-la donc à la cuisine ! Le machisme est partout. En politique, et dans le sport. Les citoyens ont le droit, et même le devoir, de s’exprimer sur tout, ce qui ne veut pas dire que leur opinion soit juste. Le foot, tant comme discipline sportive que comme phénomène social, est l’affaire de tous, même si tout le monde n’est pas pratiquant. Ce sport a été remodelé par la mondialisation et la financiarisation du capitalisme. Le ballon rond est un monde en plus petit.


Le foot est finalement une affaire sérieuse. Un tweet est-il l'idéal pour s'exprimer à ce sujet, surtout pour une personnalité publique ?
Pourquoi dites-vous « finalement » ? Je n’ai jamais douté du fait que le foot était une affaire sérieuse ! En particulier, comme je l’ai dit, j’ai toujours considéré le foot comme un fait culturel et politique majeur. Et comme toutes les choses sérieuses, elles sont moins bien traitées en 140 signes que dans les thèses d’université. Je prends le mode d’expression sur les réseaux tel qu’il est, avec ses contraintes de forme. Cependant, je trouve votre question un tantinet pédante. Avez-vous déjà reproché à qui que ce soit d’autre de parler du foot, ou de l’univers du foot, via des tweets ? Qu’est-ce qui me rend a priori illégitime ?


On a l'impression qu'il est difficile pour les Insoumis de toujours savoir comment affronter un objet aussi complexe que le foot ?
La France insoumise a un programme, l’Avenir en commun, qui aborde toutes les grandes problématiques du monde contemporain, dans toute leur complexité. Vous faites un faux procès. Le foot n’est pas un domaine réservé ni un objet si complexe qu’il soit hors de portée de l’intelligence d’un Insoumis ! Le programme de la France insoumise a été étoffé par un livret consacré au sport, intitulé Pour un sport émancipateur et libéré de l’argent que je vous conseille de lire. À part Jean-Luc Mélenchon, aucun autre candidat à la présidentielle n’a présenté un document aussi détaillé consacré au sport, dont le football. Bien sûr, on peut toujours le discuter et le préciser, mais il est le fruit d’un travail approfondi. Je vous conseille aussi le livre de mon ami François Ruffin, député insoumis : Comment ils nous ont volé le football.

Certains vous ont attaquée sur le fait que vous auriez été invitée par le PSG, en soulignant le paradoxe avec votre positionnement politique – on vous aurait plutôt attendu au Red Star –, qu'avez-vous à leur répondre ?
Le Red Star est une équipe mythique, mais je suis désolée, mon cœur est pris ! En revanche, je ne fais pas partie de ces stars du show-business ou du monde des affaires qui sont invitées en loges par le PSG dans le cadre de la politique dite de « l’hospitalité » . Soutenir le PSG ne veut pas dire avaler toutes les couleuvres et en particulier le rôle délétère joué par le Qatar.



Vous avez été surprise par l'ampleur des réactions suite a votre tweet ?
Oui, j’ai été surprise. Au point que – chose très rare – j’ai supprimé mon tweet. Certaines réactions étaient très émotives et j’ai préféré respecter cette émotion en retirant mon tweet. Cela ne veut pas dire que je concède le point aux détracteurs. Certains sont en fait des défenseurs du Qatar, d’autres des arrogants qui nient aux profanes le droit de s’exprimer sur le foot, d’autres sont des machos. Ceux-là ne méritent pas d’être pris en compte. Mais j’ai décelé quelque chose d’autre dans les réactions. Confusément, je l’ai pris comme une requête de la part de supporters visant à ce que la politique ne se mêle pas du sentiment sportif.
« Certaines réactions étaient très émotives et j’ai préféré respecter cette émotion en retirant mon tweet. Cela ne veut pas dire que je concède le point aux détracteurs. »
Lorsque l’on soutient son équipe, on fait fi des appartenances et opinions politiques. On a trop vu les politiques vouloir récupérer la ferveur sportive au profit d’un objectif politique, donc je comprends la méfiance, même s’il me semble évident qu’en l’occurrence, ma réaction est née d’une authentique empathie vis-à-vis des blessés. Mais je dis attention : tout est politique.

Ce qu’il faut reprocher aux politiques, ce n’est pas d’aller aux matchs faire semblant d’apprécier le sport, c’est de se coucher devant tous les intérêts financiers – et même géopolitiques – en jeu dans le foot business. Si j’étais maire ou ministre des Sports, j’exigerais, en contrepartie de l’utilisation des infrastructures publiques, que 30% des abonnements à l’année coûtent au maximum deux jours de SMIC. C’est ce qu’on appelle la clause Cantona. J’inventerais une disposition dans le cahier des charges empêchant les clubs de ratiboiser le peuple avec des maillots vendus 80 euros alors qu’ils ne les valent pas, loin de là. Je "nationaliserais", comme l’a fait Christina Kirchner en Argentine, les droits de retransmission télé afin que les matchs de Ligue 1 soient diffusés sur des chaînes gratuites.

La communication dans ces moments précis est tristement une affaire de timing. En attendant la réaction du président d'Amiens, vous auriez pu tacler son mépris de classe envers les supporters lillois...
Oui. Mais comme je l’ai dit, mon tweet n’était pas une opération de communication politique. Tout le monde s’en est pris au président d’Amiens, à juste titre. C’est trop facile et trop classique de s’en prendre aux petits, à savoir les supporters et singulièrement les supporters des régions pauvres. Comme si aucune question ne se posait sur la vétusté du stade de La Licorne ! Les dés sont pipés et on a oublié l’essentiel. Aujourd’hui, les mairies financent les clubs de Ligue 1 pour de pures raisons de communication en délaissant les petits clubs, les gros clubs voient d’un mauvais œil que de nouveaux clubs (comme Amiens) entrent dans la cour des grands, et les puissances étrangères font de la diplomatie à base de pétrodollars transformés en foot-dollars ! Il y a de quoi être révoltée. J’espère que grâce à cet entretien, les malentendus seront levés. Je vous remercie de m’avoir donné la parole, et j’adresse mes pensées les plus affectueuses aux blessés, aux familles, et aux supporters de Lille et d’Amiens.

Propos recueillis par Nicolas Kssis-Martov
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