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Rafinha le dépanneur

Exister offensivement à côté de la MSN semble impossible. Et pourtant, Rafinha émerge et joue un peu partout en attaque ou au milieu pour gratter du temps de jeu et marquer ses buts. Et si le champion olympique 2016 méritait plus qu'un rôle de roue de secours ?

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Il y a un an et un mois, le 16 septembre 2015, Rafael Alcántara alias Rafinha – le frère de Thiago du Bayern – s'écroulait après un tacle de Nainggolan. Barcelone était à Rome, au Stadio Olimpico, pour le premier match de Ligue des champions de la saison. Entré à l'heure de jeu, Rafinha s'était fait découper la minute d'après par le Belge, avec comme diagnostic ce cauchemar de footballeur : rupture du ligament croisé au genou droit. La tuile dès le début de la saison, alors que le jeune Brésilien formé au Barça revenait d'une saison en prêt réussie au Celta Vigo. Là-bas, il avait évoluait déjà sous les ordres de Luis Enrique, et il avait fait le chemin avec ce dernier jusqu'à Barcelone pour essayer de s'imposer dans son club de toujours. « C'est un beau roman, c'est une belle histoire » , aurait-on pu chantonner si l'expérience avait été concluante, mais un Ninja belge habillé en pourpre en avait décidé autrement.


Après les six fameux mois d'arrêt demandés par un croisé qui craque, Rafinha n'avait fait son retour qu'en avril, sous les commentaires ravis de son coach : « Nous ne pensions pas le récupérer si tôt, les services médicaux ont bien travaillé, c’est une merveilleuse nouvelle. C’est un joueur spécial, capable d’apporter beaucoup de danger. » Encourageant, mais à la fin de la saison 2015-2016, le bilan est famélique. Rafinha n'avait joué que six matchs en Liga pour un tout petit but, et avait vu s'imposer sur la ligne avant du Barça la très imposante silhouette d'une triplette d'attaquants carnivores et survoltés, Messi, Suárez, et Neymar.

Les trois tyrans


C'est bien connu : la quatrième place est celle du con. Une vérité encore plus évidente dans l'attaque du FC Barcelone, où les trois strapontins du trident offensif sont vampirisés depuis 2014 par ce gang au surnom d'outil informatique, l'incontournable MSN. Qui peut ambitionner d'exister offensivement à côté de ces fauves ? Rafinha et son profil offensif se posaient sans doute la même question au moment de revenir. En 2014-2015, pour leur tour de chauffe, les trois lascars avaient planté 122 buts toutes compétitions confondues. La saison dernière, ils étaient montés à 131, soit plus de 75% des pions des Blaugrana. Le quatrième du classement des meilleurs buteurs barcelonais de la saison, Rakitić, était resté plafonné à neuf malheureux buts. Impossible de les remplacer ou de ne pas les faire jouer titulaires, même lors des matchs sans enjeu, sous peine de les entendre rouspéter.


Mais une telle domination devient problématique pour Barcelone quand il s'agit de recruter devant. En effet, comment proposer à un joueur un tantinet correct un contrat avec écrit en rouge : « Tu ne seras même pas un faire-valoir, dans le meilleur des cas une roue de secours » à la première ligne ? Après un an passé à comprendre l'étendue des dégâts pour son temps de jeu, Pedro avait fui à l'été 2015 après huit saisons et vingt titres au Barça. Les gros bras du Barça s'étaient pourtant pressés à son chevet, de Busquets – « Pedro n'a pas les minutes qu'il veut, je pense qu'il les mérite pourtant » – à Messi – « Pedro le mérite » – en passant par Iniesta – « Je souhaite que nous continuions à l'aider » . Un an plus tard, Rafinha est peut-être en train de réussir à résoudre l'impossible équation.

La MSNR


Cet été encore, le Barça a tenté de bétonner son attaque. Le nom de Ben Arfa était même entré dans la ronde, avant que Barcelone ne se réfugie sur Paco Alcácer. Mais depuis le début de saison, c'est bien Rafinha qui tire son épingle du jeu. Troisième meilleur buteur du club en Liga à égalité avec Neymar, derrière le M et le S du trio, le Brésilien a cartonné quand il a remplacé Messi pendant sa blessure. Trois journées comme titulaire, trois buts dont un doublé face à La Corogne. Mais le secret de Rafinha pour survivre au retour de Messi sera sa polyvalence. En effet, il possède un profil hybride, et peut évoluer un peu partout : « Je suis habitué à jouer dans l’axe, mais je peux aussi évoluer un peu plus bas au milieu de terrain et sur un côté. » Un couteau-suisse qui a également dépanné avec la Seleção, où il est appelé pour la première fois en septembre 2015 pour deux matchs amicaux.



Fils de Mazinho, champion du monde 94, il a même marqué contre les États-Unis au Rose Bowl de Pasadena où papa avait soulevé le trophée. Quand il a reçu le coup de fil de Dunga, Rafinha aime rappeler qu'il était en train de jouer de la guitare, son autre passion. Depuis, il est devenu champion olympique dans un rôle de remplaçant, en entrant la moitié du temps au milieu, l'autre moitié en attaque. Rafinha est donc l'homme à tout faire idéal pour Barcelone, et a l'avantage d'être formé au club. À une époque où la Masia ne sort plus grand monde et où les Barcelonais pur jus sont surtout des vétérans – Piqué, Busquet, Messi, Iniesta, Alba –, chez les moins de vingt-cinq ans, seuls Rafinha et Sergi Roberto sortent la tête de l'eau. Loin de l'époque où le Barça remportait des Ligues des champions avec sept joueurs sur onze formés au club titulaires en finale, en 2009 et 2011.

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    Par Alexandre Doskov
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