1. // Sélection
  2. //

Rafael n'est pas si sage

A 32 ans, Rafael Marquez vit un sale été indien. Suspendu pour trois matches avec les New York Red Bulls, l'ex du Barça vient d'être écarté de la sélection. Il paie là un caractère impétueux, aux antipodes de son image aseptisée.

0 1
« Marquez a récupéré le ballon, et il me l'a lancé fortement dans le dos sans aucune raison, alors que le match était terminé. » Landon Donovan est incrédule. Comment Rafael Marquez, ex-pilier du Barça, capitaine de la sélection mexicaine, peut-il péter les plombs pour une simple défaite en demi-finale aller de conférence de MLS ? La recrue de luxe des New York Red Bulls serait-il un compétiteur impénitent, au point de se révéler incapable de s'arranger avec la défaite ? Ce, même au crépuscule de sa carrière.

En réalité, Landon Donovan connaît parfaitement la propension de Marquez à la perte de contrôle. En 2002, le John Stockton en crampons se trouve sur la pelouse quand le Kaiser du Michoacan fait valser les tresses de Cobi Jones d'un méchant coup de coude. Les États-Unis menaient alors 2-0 en huitièmes finale de Coupe du Monde. Immense frustration pour El Tri qui se voyait déjà en quarts et ne pouvait supporter de s'incliner dans l'un des seuls domaines où le Mexique peut en faire voir au grand voisin du nord.

MexiqueUSA 2002



Marquez figure pourtant le parfait Mexicain mondialisé, pour lequel les frontières se sont effacées devant son talent et son argent. Quand nombre de ses compatriotes ont peiné à s'adapter au Vieux Continent, lui s'est instantanément fondu dans un football européen découvert à 19 ans, avant de succomber aux charmes de l'American way of Life, en guise de digestif d'une carrière bien remplie. Malgré ce parcours global, son goût pour l'anonymat dont il jouit dans la Big Apple, et une ganache de latin lover hollywoodien, Marquez semble pourtant ne pas pouvoir encaisser ces pinches (saloperies, en Mexicain) gringos, une fois le short enfilé. En 2009, les États-Unis dominent El Tri lors d'un match de qualification pour la Coupe du Monde sud-africaine. Le commandant Marquez explose encore une fois. Ses crampons viennent s'écraser sur le tibia de Tim Howard, parti cueillir une chandelle dans les airs. Nouveau carton rouge pour un capitaine pas vraiment exemplaire.

Avec Donovan au Mexique ?

Derrière son masque impassible, il y a un autre Rafa Marquez qui bout, qui peine à se maîtriser, un pyromane. Celui qui, par exemple, clasha ses propres coéquipiers des Red Bulls fin septembre, en exprimant clairement sa frustration de jouer avec des peintres. « Malheureusement, nous ne sommes pas au même niveau (…), toute la défense ne peut évoluer à mon niveau, c'est un problème. » Au cœur de l'été, Marquez avait aussi sévèrement balancé sur la petite cuisine de la Fédération mexicaine, en s'en prenant au rôle des agents qui placeraient leurs joueurs en clubs et en sélection.

Dans les deux cas, l'ex de l'ASM tenta d'éteindre l'incendie qu'il avait lui-même allumé, assurant qu'il avait été mal compris. Déjà, à l'automne 2011, le Mexicain avait exhibé son don pour la versatilité. Il avait d'abord pris la tête de la révolte des sélectionnés, sanctionnés économiquement pour avoir conclu leur rassemblement par une petite sauterie entre amis et amiES. Il signa notamment une lettre menaçant de ne plus répondre à l'appel d'El Tri, et revendiquait même des fonctions dirigeantes ( « qu'ils me donnent tout le pouvoir » ), avant d'accourir pour enfiler le maillot vert dès la rencontre suivante (un amical face à l'Equateur).

Indiscutable porte-drapeau du football mexicain de la première décennie du XXIe siècle, Marquez vient d'être mis au ban de la sélection. Depuis l'arrivée de José Manuel de la Torre à la tête d'El Tri, l'exemplarité des joueurs est devenue le leitmotiv de la Fédération mexicaine. Clairement, l'agacement infantile de Marquez au terme du duel entre NY et LA n'a pas plu au rigide sélectionneur. Conséquence : pour la première fois de l'ère De la Torre, l'ex-Barcelonais n'a pas été retenu en sélection pour affronter la Serbie vendredi dernier (victoire 2-0 du Mexique). Une sanction aussi officieuse qu'évidente. A 32 ans, Marquez envisage désormais de quitter New York pour aider l'Atlas Guadalajara, son club formateur, à assurer son maintien la saison prochaine. Bien entendu, l'élégant défenseur central avait assuré l'an dernier qu'il ne rejouerait jamais au Mexique. La boucle serait bouclée. Loin de Landon Donovan. A moins que captain America rejoigne… l'America Mexico, un bruit persistant au sud du Rio Grande. Un cauchemar pour Rafa Marquez.



Par Thomas Goubin, à Guadalajara
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Dans l'inconscient collectif, à cause de leurs collègues stoppeurs tout juste bons à piétiner un tibia, les défenseurs-relanceurs sont tout le temps considérés comme des gentlemen doués techniquement et qui font peu de fautes. Réveillez-vous les gars, eux aussi sont pas contre un petit coup de coupe bien placé dans l'arcade de l'attaquant adversaire !
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
Article suivant
Le Portugal en a besoin
0 1