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Rabiot, danse avec les bouclettes

Titularisé après le forfait de Thiago Motta mardi soir contre le Barça, Adrien Rabiot a probablement été le meilleur Parisien sur la pelouse. La recette : un registre propre, efficace, pour briller en groupe plutôt qu’en solitaire et des prises de risques justifiées. Majuscule.

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Qu’est-ce que le foot a de plus que l’amour ? Rien, si ce n’est un mélange des sentiments similaire. Là aussi, pour nous tous, il y a eu une première fois, un regard déclencheur vers une sensation nouvelle, un instant chaste, mais puissant. Ce petit truc que possède le foot en plus, c’est l’adrénaline, ce plaisir perpétuel dans ce qu’on appelle le plus souvent l’ascenseur émotionnel. On souffre, on crie, on hurle, mais aussi, parfois, on jouit, c’est comme ça. Ce dernier état varie selon les sensibilités. Certains s’extasient devant un dribble fin, d’autres pour un ballon caressé vers une lucarne. Mardi soir, alors que le PSG dansait sur le FC Barcelone au cours de ce qui restera longtemps comme la plus belle partition jouée depuis le début de l’ère QSI, l’ensemble a été apprécié, mais certains se sont probablement découvert un sentiment neuf au point de se poser la question suivante : peut-on vraiment prendre du plaisir sur une récupération de balle, sur un tacle glissé ou sur une ouverture délicieuse ? Sans aucun doute. Prendre du plaisir, au-delà de la prestation collective parfaite d’un groupe guidé par un Unai Emery dans son habit traditionnel de croque-mort, habité par la sensation du chef d’orchestre debout face à une harmonie sans faute d’accord, c’était aussi bloquer son regard sur une silhouette longtemps jugée comme disgracieuse. Un ensemble d’un mètre quatre-vingt-onze sur un peu plus de soixante-dix kilos qui avance le torse tombé, la tête levée, et porte la vague majestueuse du haut de ses vingt et un ans. Adrien Rabiot peut se relever une nouvelle fois et se retourner. Oui, l’homme sur lequel il vient de dessiner le regard de l’adversaire battu s’appelle bien Lionel Messi.

Unai émérite


Un jour, lorsqu'il faudra raconter ce PSG-Barça joué un soir de Saint-Valentin 2017, on ne se souviendra probablement pas de lui, et pourtant. Pourtant, même s’il n’a pas inscrit un doublé, même s’il n’a pas lâché une passe décisive, Rabiot a bien été le patron d’un Paris déjà historique mardi soir. Il y a quelques semaines, Unai Emery se félicitait de pouvoir travailler avec la polyvalence du jeune international français, de sa capacité à jouer dans différentes positions. Tout d’abord, ce succès face à Barcelone, contre qui le PSG avait pris l’habitude de fracasser ses espoirs européens, est celui d’Emery. On savait que ce huitième de finale aller se jouerait avant tout sur la capacité des Parisiens à gêner la relance catalane, mais aussi à se replacer dans un bloc assez bas de façon à sécuriser au maximum une surface de réparation qui n’a finalement été que peu attaquée. Dans ce contexte, et face à l’absence centrale de Thiago Motta, le Basque n’avait pas d’autres choix que de coucher un milieu Verratti-Rabiot-Matuidi. Ce qu’il a fait avec l’Italien en relayeur, histoire de laisser toute la liberté à l’hybride à bouclettes d’exercer son rôle de technicien de surface tout en étouffant un milieu barcelonais coupé en deux. Une victoire tactique qui a permis ensuite au PSG de dérouler tout en bloquant une MSN sans réseau. Ce matin et définitivement, il faut dire qu’Emery a gagné sa partie d’échecs et que Rabiot a été son cavalier tactique.

Le génie ordinaire


Ce qui fait qu’Adrien Rabiot est un génie ordinaire, c’est avant tout la sobriété d’un jeu qu’il a réussi à épurer avec le temps. Face à Barcelone, c’est simple : le Français a récupéré douze ballons là où Busquets n’en a gratté que cinq, a réussi l’ensemble de ses tacles, mais a aussi été clé dans les interceptions pour faire sauter une machine catalane déjà bien souillée. Ajoutez à ça un petit pont sur Messi pour la postérité et une implication sur deux des quatre buts parisiens, et vous obtenez un match énorme. Oui, il a probablement été le meilleur Parisien sur la pelouse avec Presnel Kimpembe, Marco Verratti et Julian Draxler, là où aucun des hommes d’Emery n’a failli à sa mission. On aurait pu penser que le carton jaune qu’il a reçu après seulement trois minutes de jeu lui aurait calé un frein à main entre les doigts, ce dernier n’a fait que le galvaniser pour ensuite grimper avec autorité sur Busquets et Iniesta. Mieux, la paire qu’il a formée avec Verratti doit être une base pour l’avenir dans un match qui restera pour Emery une référence, et ce, même s’il faut sacrifier dans le futur un élément. La réussite, c’est aussi des choix, ce que le technicien basque a réussi à faire avec réussite mardi soir. La France commence désormais à se rendre compte de la chance qu’elle a de posséder pour les années à venir un milieu de la trempe d’Adrien Rabiot et un technicien pas si dépassé que ça avec Unai Emery. Et ce n’est probablement que le début. C'est aussi ça la patience.

Par Maxime Brigand
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