R. Gullit : « Blanc relèvra le défi »

Ruud Gullit, président du comité d'organisation du Mondial belgo-hollandais, nous a reçus hier après-midi dans les travées du Kuip. L'occasion de parler Mondial, Milan AC et Bleus. Rencontre avec l'un des grands du football international.

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Le 2 décembre, la FIFA donnera le nom du pays organisateur du Mondial 2018. La pression monte ?


Vous savez, je suis resté six semaines en Afrique du Sud. Les gens ne croyaient pas en la réussite du premier Mondial africain. Mais ils ont réussi cela avec brio. En 2014, nous apprendrons du Brésil et notre tour viendra, nous essayerons de faire encore mieux.

La candidature russe dispose d'impressionants moyens économiques, cela vous inquiète-t-il ?


Chaque concurrent est un candidat sérieux. Nous ne sommes pas favoris, mais nous sommes de sérieux prétendants. Nous véhiculons un message intéressant, nous avons de nombreux projets, notamment concernant l'écologie et la diffusion du modèle footballistique néerlandais. Par exemple, lors de notre rendez-vous avec les inspecteurs de la FIFA, tout le monde est venu en limousine. Nous sommes venus à vélo.

L'une des caractéristiques des écoles belge et hollandaise est la formation de grands joueurs. Aujourd'hui, ces joueurs quittent leurs clubs formateurs de plus en plus tôt, faut-il remédier à ce problème ?


Les jeunes talents devraient avoir l'opportunité de jouer au sein des clubs qui les ont formés. Il m'arrive de voir d'excellents joueurs et de me demander d'où ils viennent pour finalement me rendre compte qu'ils viennent de chez nous. Ils sont achetés très cher et très jeunes. Nous devons faire quelque chose. Fabregas veut retourner au Barça, son club formateur, qu'on le laisse faire. Tout cela fait partie du football, mais j'espère que ça va changer.

Votre point de vue sur le Mondial et la défaite de vos Oranjes en finale ?


Aucune des deux équipes n'a brillé en finale et cela est surement dû à la pression. Ce que je retiendrai, c'est surtout notre seconde mi-temps face au Brésil. Force est de constater que la plupart des grandes équipes et des grands joueurs n'ont pas été très bons. Ronaldo, Kaka, Rooney ou encore Messi ont éprouvé pas mal de difficultés et les longues saisons disputées par leurs clubs respectifs sont sans doute l'explication logique à ces défaillances. Ce fut aussi un plaisir de voir le Ghana évoluer à ce niveau. Ils n'étaient pas attendus, et n'avaient rien à perdre. Le match qui m'a donné le plus de plaisir était de loin le match pour la troisième place. Les deux équipes jouaient à fond, sans la peur de perdre, ce fut un match très spectaculaire.

Pour la première fois de son histoire, le Brésil n'a pas triomphé hors d'Europe. Peut-on parler de déception ?


Ils ont été malchanceux. Contre nous, ils auraient pu l'emporter, du moins en première mi-temps. Mais l'erreur de Julio Cesar leur a fait perdre la boule. Lorsque j'ai vu que Daniel Alves et Lucio, qui sont deux joueurs qui aiment en rajouter, étaient passablement énervés par Arjen Robben qui faisait exactement la même chose qu'eux, j'étais hilare. Normalement, si tu fais quelque chose et que quelqu'un d'autre le fait, tu dois l'accepter.

Le premier Ballon d'or FIFA sera bientôt décerné, un favori ?


C'est difficile à dire ! Le gardien du Nigeria Vincent Enyeama a été incroyable ! (Rires). Un Mondial surprenant devrait consacrer un Ballon d'Or surprenant, non ?
Avant le tournoi, vous disiez que Wesley Sneijder serait un favori légitime...
Et c'est vrai. Même s'il n'a pas été excellent lors du Mondial, il a répondu présent quand nous avions besoin de lui et c'est à ça qu'on reconnait un champion. C'est un joueur clé qui a gagné beaucoup de titres cette saison. Il sera logiquement dans les trois premiers.

Avec Xavi et Iniesta ?


Le problème est le même pour eux. Ils ont été bons, mais pas excellents. Cependant, j'aime le football espagnol et ces deux joueurs en sont de purs produits. Je les préfère lorsqu'ils portent le maillot du Barça.

Si vous pouviez rejouer aujourd'hui, vous voudriez jouer au Barça ?


Si je pouvais ! Malheureusement je ne peux plus. Oui, j'aime le Barça, ses joueurs, sa philosophie de jeu, j'aime aussi Chelsea, mais je suis toujours amoureux de mon Milan. Au fond de mon cœur, il y a toujours une place pour ce fabuleux club.

Vous ne pouvez plus jouer, mais vous pourriez retourner sur un banc de touche ?
Pour le moment, je m'investis à 100% dans la candidature hollandaise. Mais j'espère avoir une bonne nouvelle le 2 décembre, qui me permettra pourquoi pas, de me consacrer à autre chose.

La fin du mercato a été très spectaculaire du côté de Milan. Est-ce l'année du renouveau pour les Rossoneri ?


La vente de Kaka a marqué une période creuse dans l'histoire du Milan. Les supporters étaient inquiets car nous n'étions pas habitués à vendre nos meilleurs joueurs. J'espère vraiment que ces grands joueurs permettront au club de revenir sur le devant de le scène. Ça va être dur, mais le premier match était de bon augure pour la suite de la saison.

Le Real va-t-il reconquérir le Championnat d'Espagne ?


Les Madrilènes ont besoin de temps. Ils ont une équipe tout neuve et la pression est forte. Mourinho est le genre de coach qui pourra gérer cette pression et ce, même si le départ n'a pas été bon après ce match nul contre Majorque. J'attends de voir.

Vous portez un œil attentif à la Premier League, que pensez-vous de l'influence de personnages comme Roman Abramovitch ou le Cheick Mansour ?


Bien évidemment, il faut faire attention. Mais j'aimerais bien avoir un Abramovitch, pas vous (Rires) ? Il a gagné de nombreux trophée. En ce qui concerne Manchester City, j'ignore réellement ce qui va se passer. C'est difficile car le succès ne s'achète pas. Ils vont s'améliorer, mais la concurrence est rude.

Pour finir, un mot sur les difficultés que connait actuellement l'équipe de France ?


Si j'ai bien compris, il s'agissait majoritairement d'un problème entre les différentes générations qui ne partageaient pas la même approche du football. Mais c'est difficile à accepter car nous ne voulons pas voir la France dans cet état. Vous avez beaucoup de joueurs talentueux, et je souhaite que ça aille mieux. La défaite contre la Biélorussie n'a amusé personne ici. Je pense qu'ils ont surtout besoin du soutien des supporters, c'est difficile d'être conspué par ses propres fans. Je pense que Laurent Blanc relèvera le défi avec brio.

Propos recueillis par Swann Borsellino, à Rotterdam.

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