Quinteros et la traversée de l’Équateur

Il a entraîné en Argentine, en Bolivie, et tente désormais d’emmener l’Équateur à la Coupe du monde 2018. Après de bons débuts lors des éliminatoires (victoire contre l’Argentine et la Bolivie), Gustavo Quinteros, sorte de prototype de l’entraîneur moderne pourrait, avec la Tri, tenir son masterpiece.

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Il est arrivé le 15 mars 2015, pour faire oublier la mauvaise Coupe du monde 2014 de l’Équateur. Un défi majeur, puisque La Tri vit une période compliquée : conflits entre joueurs et Fédération fragile, bref, une situation délicate pour un entraîneur censé apporter de la stabilité. Rapidement, les premières polémiques explosent : les matchs en altitude sont remis en cause et une énième élimination au premier tour de la Copa América au Chili fragilise Quinteros. Des rumeurs de démission apparaissent. Mais l’entraîneur argentin n’abandonne pas le navire. « Je travaille tranquillement. Je sais qu’il y a beaucoup de journalistes malhonnêtes en Équateur, qui ont des accointances avec des agents, ou d’autres coachs. Ils sortent des mauvaises informations. Mais tout le monde sait que ce n’est pas crédible. » Un complot contre lui ? Plutôt une situation normale pour les entraîneurs sud-américains : « Tout est obscur en Amérique latine. Les conflits présents dans le football, ce sont les mêmes que dans notre société. C’est le reflet parfait des problèmes de notre époque. Peu de fédérations sont en bon état. Heureusement, il y a quelques personnes fiables qui veulent travailler. » Après neuf mois à la tête de la sélection, l’ancien sélectionneur de la Bolivie (de 2010 à 2012) a fait de l’Équateur une équipe capable de battre l’Argentine à domicile. Depuis sa chaise roulante (Quinteros s’est rompu le tendon d’Achille en jouant au foot avec des amis), il a pu apprécier l’un des matchs les plus aboutis de la sélection équatorienne.

En route pour le Mondial en Russie ?


Aujourd'hui, l’ancien entraîneur de San Lorenzo se réjouit de l’excellent début de son équipe pour les éliminatoires du Mondial 2018 : « C’est sûr, on a très bien commencé, mais on le sait, c’est très long. Aujourd'hui, cette compétition est très équilibrée. Il y a peu de places (cinq, ndlr) et on va se battre pour rester tout en haut. » Quinteros bénéficie enfin des fruits de son travail au pays. D’abord, parce que les conflits internes ont été réglés : « Après le Mondial au Brésil, tout le monde en a profité pour parler. Les problèmes sont devenus publics. Dès mon arrivée, les rassemblements ont servi pour parler aux joueurs. Je suis venu avec un projet, à mettre en place en peu de temps, et ils y ont adhéré. Après peu de temps, l’équipe joue comme je le souhaite. » Aussi, car le natif de Cafferata s’appuie sur une connaissance parfaite du football local. Quinteros a entraîné Emelec pendant trois ans, et remporté deux titres consécutifs. Aujourd'hui, il s’appuie sur une base de joueurs qui évoluent encore au pays, comme le gardien Alexander Domínguez, ou l’excellent attaquant Miller Bolaños.

Quinteros, le globe-trotter


Aujourd'hui, l’Argentin est un entraîneur au palmarès fourni. Naturalisé bolivien, l’ancien défenseur a participé avec la Bolivie à l’historique – car unique disputée par La Verde – Coupe du monde 1994. Et comme en France, le problème de la double nationalité existe en Amérique du Sud. Gustavo Quinteros a longtemps entretenu un conflit avec Júlio César Baldivieso (actuel sélectionneur bolivien), qui n’acceptait pas qu’un Argentin représente la Bolivie : « J’ai longtemps réagi à ses agressions verbales, mais c’est fini. Je me suis excusé, on n’en parle plus. » Loin de se considérer comme un apatride, Quinteros rappelle ses racines argentines : « Je suis et je resterai argentin. C’est le football moderne : aujourd'hui, les entraîneurs doivent voyager. Mais on représente toujours le football argentin. La responsabilité est encore plus grande, puisque je dois désormais représenter l’Équateur et ma patrie natale. » Point noir de sa carrière, son parcours d’entraîneur en Argentine a été des plus fugaces : « J’ai commencé à travailler pour les divisions inférieures d’Argentinos Juniors. Nous avons gagné quatre titres, et je suis ensuite devenu entraîneur de l’équipe première. J’étais jeune, c’était ma première expérience, et c’est toujours délicat. J’ai ensuite pris les rênes de San Martín de San Juan. Nous avons fait la meilleure campagne de l’histoire d’un club de seconde division et nous sommes montés. » Selon lui, Quinteros n’a pas eu le crédit qu’il mérite en Argentine : « Très peu de dirigeants acceptent les projets sportifs sérieux. Parce que c’est long, dangereux. Ils ne pensent plus au football. Mais heureusement en Amérique du Sud, certains clubs font confiance et acceptent de mettre en place un long processus. C’est pour ca que j’ai pu gagner des titres avec mes quatre derniers clubs. »

Avant le match contre l’Uruguay, Gustavo Quinteros dessine le portrait-robot de son équipe : « Le football local évolue. Il y a aussi de plus en plus de joueurs équatoriens à l’étranger qui suivent le chemin d’Antonio Valencia. Notre objectif est clair : aller au Mondial 2018. » Et conclut : « Je veux que mon équipe soit un mélange de celles de Bielsa, Guardiola et Menotti. Aujourd'hui, il faut étudier ce que les grands entraîneurs ont apporté, afin de parfaire notre projet de jeu. » Compliqué, mais ça promet.

Par Ruben Curiel Tous propos recueillis par RC
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