Qui vivra Vieira

Manchester City arrache Patrick Vieira. Le but pour le milieu de l'Inter Milan ? Retrouver du temps de jeu et les Bleus. Bon, faudrait que quelqu'un se dévoue pour lui dire que c'est fini. A moins que...

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On a beau dire, Arsène Wenger est un malin. A l'annonce du très probable transfert de Patrick Vieira à Manchester City, le manager d'Arsenal a fait mine de s'étonner. Avant de sortir les violons : « J'ai été surpris d'apprendre qu'il s'agissait de Manchester City, parce qu'il y avait d'autres clubs intéressés, mais c'est une bonne opportunité pour lui. Je pense qu'il peut toujours avoir un impact et se montrer très efficace en Premier League. Je respecterai toujours Patrick pour ce qu'il a accompli à Arsenal » . Wenger a beau passer la brosse à reluire, lui n'a pas pris le risque de rapatrier le grand Pat à Londres. Car Arsène sait bien depuis longtemps : Vieira est fini et en plus il coûte un bras. A 5,5 millions d'euros par saison pour un has been, pas vraiment le filon wengerien. Déjà que pour des cadors en pleine bourre... Que City aille se faire enfler avec l'Interiste, après tout ils ne sont pas à ça près. Là-bas, Vieira pourra jouer sur la pointe des crampons, entre footing et infirmerie quand il aura cherché à taper une petite accélération. Sad...

Le modèle ultime du milieu défensif

Il faut dire que Vieira a plus que fait son temps. Un type qui débute en Ligue 1 à 16 piges, file à Milan à 19 ans avant de devenir le pilier d'Arsenal à même pas 21 ans, et qui facture officiellement aujourd'hui 33 printemps, ça accuse quelques kilomètres au compteur. Et autant le dire, le natif de Dakar ne s'est jamais planqué sur un terrain. « Avec Patrick, tu peux aller à la guerre » , aimait à répéter Wenger quand il cornaquait la bête. Vieira, une sorte de prototype débarqué au mitan des 90's et toujours inégalé à ce jour. Au hasard, ses grand compas, ses épaules à vous dézinguer buffles et bisons, sa technique très fiable bien que très laide, son sens du duel et de la récupération et surtout, surtout cette capacité extrêmement rare à franchir les lignes, là où des Makelele se sont toujours sagement contentés de redonner la gonfle à moins de dix mètres.

C'est bien simple, à l'époque où Vieira oeuvrait à Arsenal, Steven Gerrard, pas encore superstar en Premier League, considérait qu'il s'agissait de son plus grand défi : « Malgré notre succès en finale de Cup 2001 face à Arsenal (2-1, doublé d'Owen dans le money time), j'ai réalisé à quel point Vieira était plus fort que moi. A partir de là, j'ai regardé Arsenal dès que j'en avais l'occasion, pour l'observer lui particulièrement. Il est devenu mon modèle, ça m'a poussé à devenir plus affuté et à mieux gérer les phases avec le ballon. C'est vrai que j'ai gagné ce jour-là mais c'est lui qui a dominé notre duel, c'est moi qui était en position défensive face à lui tellement il allait de l'avant. Depuis ce jour, j'ai beaucoup appris de lui » . Oui, la grande saucisse reste une référence absolue, y compris à ses propres yeux, même en dépit du bon sens quand il déclare il y a quelques semaines : « Je sais qu'à mon poste, il n'y a pas meilleur que moi en France à l'heure actuelle. Cela peut paraître prétentieux mais j'en suis persuadé » .


Déjà carbo en 2006

Le problème est que ce Vieira là, inarrêtable, impitoyable, n'est plus, quoi qu'en pense l'intéressé. Au vrai, son avis de décès remonte à 2005. Si, si, vous avez bien lu. Pourtant, lors de la phase finale de la Coupe du monde 2006 en Allemagne, l'ancien capitaine des Bleus avait survolé la compétition, probablement le meilleur joueur du tournoi. Mais déjà, cette performance ressemblait à une rédemption pour un Vieira qui quelques semaines plus tôt avançait à un rythme de sénateur, dans l'œil du cyclone lors des matches de préparation avec les Bleus, tout comme un certain Zinedine Zidane, autre dieu crépusculaire qui allait distiller ses derniers éclairs au Mondial. A l'expérience, à l'envie, et à quelques autres choses probablement aussi. Il n'empêche, malgré cette embellie estivale, Vieira était sur le déclin de manière plus qu'avancée.

D'ailleurs en 2005, Wenger, fin connaisseur de ses joueurs, avait tranquillement laissé son milieu emblématique à la Juventus alors que lui ne demandait qu'à rester. Car l'Arsène savait Vieira déjà cramé. La suite, au lendemain du Mondial, lui donnera raison avec une ribambelle de demi-saisons à l'Inter (jamais plus de 20 matches) et un Euro 2008 traversé tel un fantôme, suite à une nouvelle blessure. Car on ne compte plus désormais les rechutes du grand Pat, capable même de se blesser à l'échauffement, tel un simple vétéran du championnat du dimanche matin. Vieira n'est plus fiable et ce n'est sans doute pas un hasard si Mourinho ne le fait plus jouer et si Wenger n'a pas voulu son retour. Des gars qui connaissent un peu le foot, quoi qu'on en dise. Même Domenech, qui n'établit pas ses sélection qu'en lisant les astres, a mis son ancien leader sur le bas-côté en confiant les clés du camion tricolore à Henry.

Les Bleus cherchent toujours un leader

Pourtant, Vieira n'a pas renoncé à l'équipe de France et à aller en Afrique du Sud en juin prochain. C'est même le sens de son choix d'aller à Manchester City. Les Bleus vivent sans lui depuis plus de deux ans ? Il y a la jurisprudence Zidane qui peut parler en sa faveur. Sauf à oublier que ZZ n'avait pas été remplacé poste pour poste, qu'il a toujours eu une aura unique de sauveur et qu'au moment de son retour, la France n'était pas qualifiée, justifiant ainsi le recours à lui. Ce n'est pas le cas cette fois pour Vieira, même si, on l'a dit, l'équipe n'a pas trouvé de milieu def' aussi complet. Reste la question du leadership, la seule chance du futur Citizen.

Ray n'a pas encore trouvé son leader incontournable malgré les louables efforts d'Henry. Là encore, Wenger monte au créneau : «  On a beaucoup reproché à Henry et Anelka de trop redescendre chercher les ballons en Irlande au match aller des barrages. Avec Patrick, il n'y aurait pas eu ce genre de flottement de par sa position et de par son influence tactique » . Un Vieira redevenu incontournable à Manchester City pourrait apporter quelques réponses aux approximations qui polluent les Bleus depuis, tiens tiens, un peu plus de deux ans. Reste la question cruciale : dans quel rôle ? Car il est plus qu'évident que Ray ne peut faire revenir le futur ex-Interiste pour le laisser sur le banc en le cantonnant au rôle de leader de vestiaire. Vieira a beau regorger de qualités, n'est pas Sammy Traoré qui veut.

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