1. //
  2. // Süper Lig
  3. // Supporters
  4. // Beşiktaş

Qui veut la peau du Besiktas ?

Supporters arrêtés, matraquage médiatique, menace de banqueroute, quartier quadrillé : quatre mois après les événements du parc Gezi, juste au-dessus du quartier de Beşiktaş, le club stambouliote est soumis à de multiples pressions.

Modififié
203 25
Sibel lève les yeux de sa montre. « Il va bientôt arriver » , murmure-t-elle. La nuit est tombée depuis une heure sur le petit parc d'Abbasaga, situé au cœur du quartier de Beşiktaş, sur la rive européenne et moderne d’Istanbul. D’un amphithéâtre situé plus bas parviennent les échos d’un forum co-organisé par cette étudiante en cinéma où les visiteurs sont invités à débattre de questions politiques. Une initiative née dans la foulée des manifestations de juin contre la destruction du fameux parc Gezi, sur la place Taksim. Soudain, une silhouette carrée surgit de l’ombre d’un pin. Un jeune homme moustachu s’approche, flanqué d’un acolyte mutique aux avant-bras taillés comme des jambons basques. « Tu es sûre que c’est pas un flic en civil ? » , demande-t-il à Sibel.

Membre « depuis toujours » de Carsi, le principal groupe ultra du club de Beşiktaş, Yılmaz, 29 ans, a des raisons d’être nerveux. Les arrestations de supporters du club ne se comptent plus depuis les manifestations de Taksim. Carsi était alors en pointe de la contestation contre le gouvernement islamo-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, accusé de dérive autoritaire. Cauchemar des policiers antiémeutes, le groupe s’est notamment illustré en poursuivant des blindés avec un tractopelle « emprunté » pour l’occasion.

Mais les rôles sont désormais inversés et Beşiktaş, un club en pleine mue - nouveau stade, nouvel entraîneur, nouveaux joueurs -, déjà fragilisé par une mauvaise santé économique, subit les foudres des médias, lesquels sont souvent aux ordres d’un gouvernement bien décidé à faire payer au club l’arrogance de ses ultras. « Beşiktaş a tout à perdre s’il s’oppose au gouvernement maintenant, résume Daghan Irak, sociologue du sport et chroniqueur. La partie d’échecs est délicate : si le club manœuvre bien, il sort renforcé. En cas de dérapage, il perd tout. »

Please don’t stop the music

La catastrophe a failli se produire le 22 septembre dernier. Beşiktaş reçoit alors Galatasaray, exceptionnellement au stade olympique Atatürk, pour un derby qui s’annonce rugueux. Plus de 76 000 personnes ont fait le déplacement, un record en Turquie. Comme il n’y a pas assez de sièges, certains spectateurs s’assoient sur les marches. On joue les arrêts de jeu, les « Lions » de Galatasaray mènent au score grâce à un doublé de l’inévitable Didier Drogba. À la 93e minute, Felipe Melo est expulsé pour un tacle assassin et nargue les supporters de Beşiktaş en brandissant son maillot rouge et jaune. Peu après, des centaines de supporters en colère, certains armés de sièges, déferlent sur la pelouse. Les joueurs des deux équipes sprintent pour se barricader dans les vestiaires au son des grenades lacrymogènes qui fusent. L’arbitre interrompt le match.

Les conséquences sont terribles pour Beşiktaş. Le matraquage médiatique est intense. La presse appelle à infliger une lourde sanction au club. Les chaînes de télévision diffusent en boucle toute la semaine les images des spectateurs turbulents, zoomant sur les visages. Depuis plusieurs semaines, les chaînes qui retransmettent les matchs des trois grands clubs d’Istanbul avaient déjà pris l’habitude de baisser, voire de couper le volume à la 34e minute. À ce moment-là, en référence au code postal d’Istanbul, 34, des milliers de supporters des trois équipes stambouliotes se mettent systématiquement à scander « Taksim partout, résistance partout » , le slogan phare des manifestations de juin dernier.

Après enquête, une soixantaine de supporters est arrêtée suite aux incidents du derby. Certains sont interdits de stade. Le club de Beşiktaş écope d’une sanction de quatre matchs à domicile à huis clos. Quelques jours plus tard, près de cent supporters des trois grands clubs d'Istanbul, Galatasaray, Fenerbahçe et Beşiktaş, sont arrêtés, officiellement pour divers délits, lors d’un coup de filet spectaculaire. Parmi les personnes interpellées figure Alen Markaryan, propriétaire d’un kebab la semaine, leader de Carsi le week-end, et sans doute la figure la plus connue du groupe (voir vidéo ci-dessous).

Alen Markaryan chauffe le stade
Youtube
L’aigle et le vautour

À l’aube de la nouvelle saison, un étrange groupe de supporters a fait son apparition dans les tribunes de Beşiktaş. Baptisés « les Aigles de 1453 » , l’année de la prise de Constantinople par le sultan Mehmet II, ses membres se font remarquer en août lors d’un match de préparation contre Caykur Rizespor par leur silence à la 34e minute du match. « Alors que les slogans faisaient vibrer le stade, ces types nous jetaient des regards de travers » , se souvient Yılmaz. Au match suivant, les mêmes arboraient une banderole à leur nom. Un compte Twitter a suivi, puis les premières interviews dans la presse. Les Aigles de 1453 affirment être « opposés à Carsi » , accusé d’être trop politisé, trop à gauche, trop insolent envers le pouvoir en place.

Rapidement, cependant, ces Aigles sont accusés d’être la cinquième colonne du gouvernement, œuvrant à semer la discorde au sein du club. « Je ne serais pas étonné qu’il (le gouvernement, ndlr) les finance directement ou indirectement par l’intermédiaire d’hommes d’affaires proches de l’AKP (le parti dont est issu le Premier ministre, ndlr), avance Murat Sicakkanli, un membre influent de Carsi. Le parti essaie de dominer tous les secteurs de la société, mais le football leur échappe jusqu’ici, comme on l’a vu en juin dernier. Or les stades sont un lieu important de contestation politique.  » Les Aigles de 1453 peuvent-ils menacer Beşiktaş ? « On parle d’une cinquantaine de types à qui l’AKP donne des miches de pain et des places gratuites pour assister aux matchs » , balaie Deniz Kiliç, un autre membre de Carsi âgé de 45 ans. « Ils ne sont rien. »

Toujours est-il que les Aigles de 1453 semblent avoir joué un rôle de premier plan dans le déclenchement des débordements lors du derby face à Galatasaray. Selon des témoignages relayés par la presse turque, ils auraient chargé les membres de Carsi aux cris d’ « Allah Akbar » ( « Allah est grand » ) pour les acculer à la confrontation. « Le gouvernement essaie de faire passer Carsi pour un groupe violent, estime Bagis Erten, un chroniqueur réputé en Turquie pour la pertinence de ses commentaires et le béret qui ne quitte jamais sa tête. Après les incidents contre Galatasaray, les images enregistrées par les caméras montrent cependant qu’aucun membre de Carsi n’est descendu sur la pelouse. » D’autres groupes, comme les Aigles de 1453, ont, eux, affirmé avoir participé aux incidents sur les réseaux sociaux. « La campagne d’intimidation et de diffamation que vous menez contre nous depuis des semaines ne nous effraie pas » , a réagi le groupe Carsi sur son site. « Carsi est la bonne cible, car tuer Carsi, c’est tuer Beşiktaş, pense Yılmaz. Mais ils n’y arriveront pas car Beşiktaş, ce sont les étudiants, les épiciers, les mères... tout le monde ici. »

Débordements BJK -GS
Youtube
Nid d’emprunt

Depuis plusieurs semaines, l’antre d’Inönü, qui se dresse sur le chemin de quiconque pénètre dans le quartier de Beşiktaş par l’ouest, est dissimulée par des palissades. Derrière, le spectacle fait mal au cœur. Un cratère s’ouvre là où s’étendait la pelouse. Quant aux gradins, ils semblent avoir été arrachés par un colosse furieux. Dans un coin gît un morceau de façade qui sera épargné et fondu dans le nouveau stade baptisé Vodafone Arena.

La nouvelle enceinte accueillera 41 000 spectateurs, soit 10 000 de plus qu’Inönü, ce qui représente une rentrée d’argent supplémentaire non négligeable pour un club qui en manque cruellement. « Ce projet est vital pour les finances du club, qui est criblé de dettes, explique Daghan Irak. Beşiktaş doit plus de 100 millions de livres turques (environ 40 millions d’euros, ndlr) à son ancien président, Yildirim Demirören (actuellement président de la Fédération turque de football, ndlr). C’est potentiellement un levier de pression, car le club risque vraiment la banqueroute. » En quittant Beşiktaş en 2011, Yildirim Demirören, dans le rôle du père prodigue, a effacé la dette qu’avait contractée le club envers lui, mais à une condition : que ses successeurs en fassent autant. Certaines voix se sont élevées pour demander comment le club avait pu s’endetter auprès de lui à cette hauteur…

Si la construction du nouveau stade doit permettre d’augmenter les recettes, l’argent pour financer l’édifice manque lui aussi, ce qui rend plus délicate encore la position de la direction du club vis-à-vis du gouvernement. « Comme ils n’ont pas les fonds nécessaires, ils ont besoin du soutien financier de l’État » , analyse Bagis Erten. Une parole de travers pourrait tout faire capoter. « Galatasaray a connu la même situation lors de la construction de son nouveau stade, la Türk Telekom Arena (inaugurée en 2011, ndlr) » , rappelle-t-il. Ironie du sort, en attendant, Beşiktaş joue ses matchs à domicile dans le quartier conservateur de Kasimpacha, là où est né le Premier ministre, dans un stade qui porte son nom, Recep Tayyip Erdogan.

État des travaux Inönü
Youtube
Occupation

Outre les questions d’argent et de maçonnerie, la construction du stade est suspendue à des considérations archéologiques. Le sous-sol du quartier de Beşiktaş regorge en effet de vestiges de l’époque ottomane. « Le gouvernement turc peut donc facilement trouver une raison de stopper la construction du stade s’il le souhaite, estime Daghan Irak. De plus, l’actuel président du club, Orman Fikret, est un homme d’affaires qui a des intérêts dans le secteur du bâtiment. Même si son entreprise n’est pas directement liée à la construction du stade, il s’agit d’un projet personnel important pour sa carrière professionnelle. Et ça, le gouvernement le sait. » Autrement dit, la direction du club est dans une situation délicate et doit faire preuve de diplomatie si elle veut que la construction du nouveau stade suive son cours sans encombre.

Mais si la direction du club peut agir de manière froide et calculée, comment garantir que les supporters ne répondront pas aux provocations ? « Carsi est plus prudent depuis les événements de juin. Ses membres savent très bien qu’une action violente peut nuire au club, explique Daghan Irak. Mais en même temps, ils ne sont pas du genre à laisser passer une provocation. Leur quartier est sacré pour eux. Si la police mène une opération à Beşiktaş, ils répondront » , prévient-il. Il n’y a qu’à se rendre dans les rues du quartier pour constater combien le club fait partie de l’identité du lieu. Les statues d’aigles, en bronze ou en bois, montent la garde partout, et les murs des restaurants sont ornés d’écussons et de photos jaunies de l’équipe. Or, le bureau stambouliote du Premier ministre se situe à quelques dizaines de mètres à peine du cœur du quartier de Beşiktaş et la sécurité policière est renforcée depuis juin. Cars de CRS dans les rues, patrouilles lourdement armées… Beşiktaş a des allures de territoire occupé. « C’est très contrariant pour les supporters de Beşiktaş et pour les habitants en général. La situation est très tendue. Une provocation peut tout faire déraper » , affirme Daghan Irak.

« Tout ira bien, car nous sommes habitués à la pression » , sourit Yılmaz, appuyé contre un poteau du parc d’Abbasaga. « En rejoignant Carsi, nous avons pris un aller sans retour pour l’enfer. Où Beşiktaş ira, nous irons. »

Par Gokan Gunes, à Istanbul
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

"Or les stades sont un lieu important de contestation politique."

Serait-ce pour ça que l'on tend à une suppression de toute forme d'association et d'organisation dans les stades aujourd'hui?
Les stades sont parmi les derniers endroits où les gens se réunissent massivement et régulièrement, ce qui favorise la naissance d'une conscience politique, ou du moins collective qui entraîne ces mouvements de protestation voire de révolte.

Et ça ne doit pas plaire aux gouvernements en place, quelque soit le pays.

En tout cas merci SoFoot pour pour ce genre d'article.
En effet, H rouge.
Sinon, et pour le reste, ce qui est décrit dans l'article est si exaspérant et désespérant (barbouzerie, incitation à la radicalisation des ultras et des jeunes en général, le tout sous fond de violences politiques dans un pays de tradition laique mais qui change au gré de la montée des partis religieux, une élite coupée des réalités vécues par les jeunes...) que ça mine quelque peu.
Bon courage à eux et aux jeunes de ce quartier/de ce pays en général.
dylan1993_MANUTD Niveau : District
Super article, qui dépasse de loin le seul cadre du football !

C'est quand même assez inquiétant ce qui se passe en Turquie
Scotch_OMsoccer Niveau : Loisir
ils lâcheront rien, c'est dans l'ADN de Carsi

"Contre tout, même contre soi-même s'il le faut"

C'est ça un club et son public, pas autre chose.
Message posté par H Rouge
"Or les stades sont un lieu important de contestation politique."

Serait-ce pour ça que l'on tend à une suppression de toute forme d'association et d'organisation dans les stades aujourd'hui?
Les stades sont parmi les derniers endroits où les gens se réunissent massivement et régulièrement, ce qui favorise la naissance d'une conscience politique, ou du moins collective qui entraîne ces mouvements de protestation voire de révolte.

Et ça ne doit pas plaire aux gouvernements en place, quelque soit le pays.

En tout cas merci SoFoot pour pour ce genre d'article.


Oui, mais attention aux parallèles douteux quand même. La France n'est pas la Turquie, on a beau se faire foutre de notre gueule par nos gouvernements successifs, on va pas faire les martyrs.
Quand grosso modo 50% des groupes "associations" ou "organisations" sont des trucs à tendance nationaliste et les 50% restants des trucs d'extrême gauche de comptoir, ça fait quand même peur sur le level de la contestation politique!

Que les ultras fassent ce qu'ils savent faire à savoir supporter! Parce que le politique dans le foot a un côté sacrément gênant.

En l’occurrence, merci pour l'article qui montre de façon approfondie une culture foot bien différente de la nôtre. Le genre d'articles pour lequel on vient sur sofoot.
Trés bon article, qui aurait eu sa place dans la version papier, ce qui n'est pas le cas bien souvent sur le site et c'est bien dommage!
VIril mais correct Niveau : District
Bien bien l article . Du plaisir a le lire.
Sinon on enchaîne sur un nouveau débat sur le plan Leproux et l interdiction des ultras parisiens ...?
Message posté par Ascutt


Oui, mais attention aux parallèles douteux quand même. La France n'est pas la Turquie, on a beau se faire foutre de notre gueule par nos gouvernements successifs, on va pas faire les martyrs.
Quand grosso modo 50% des groupes "associations" ou "organisations" sont des trucs à tendance nationaliste et les 50% restants des trucs d'extrême gauche de comptoir, ça fait quand même peur sur le level de la contestation politique!

Que les ultras fassent ce qu'ils savent faire à savoir supporter! Parce que le politique dans le foot a un côté sacrément gênant.

En l’occurrence, merci pour l'article qui montre de façon approfondie une culture foot bien différente de la nôtre. Le genre d'articles pour lequel on vient sur sofoot.


Je faisais pas forcement de parallèle avec la France.

En ce qui concerne les événements en Turquie, ils ont débuté suite à la volonté des autorités de détruire la place Taksim, comme précisé dans l'article, ce sont des gens habitants aux alentours qui s'y sont opposés, les ultras carsi arrivant ensuite pour les soutenir, on est donc pas dans une logique nationaliste ou d’extrême gauche de comptoirs (terme un peu réducteur et péjoratif selon moi).

Loin de moi l'idée de défendre des association d'ultra politisée mais force est de constater que les gens se regroupent par affinités et que pas mal d'asso sont politisées.
LeChapelierFou Niveau : DHR
C'est pour ce genre d'articles que j'aime So Foot! Bravo les gars
Je sais qu'en France on a souvent tendance à défendre les " rebelles ", ceux qui se battent contre la police etc. Mais personnellement je trouve que les fouteurs de merde c'est Carsi. Ils cherchent des prétextes pour cracher leur haine sur Erdogan.
En attendant Erdogan est peut être un adepte de " l'islam politique " mais il me semble qu'il a été élu démocratiquement et que son pays tourne très bien économiquement donc je pense qu'il faut prendre garde à ne pas dire n’importe quoi sous prétexte que c'est quelqu'un qui pense différemment de nous ( islam vs laicité).
De plus la Turquie est peut être un pays avec une grande tradition laïque mais il reste un pays à majorité musulman et beaucoup de Turques n'aime pas la laïcité à outrance( sinon Erdogan ne serait surement pas au pouvoir ).
ISTANBUL UNITED

ULTRASLAN toujours derrière CARSI !

Merci So Foot de relayer l'information depuis l'intérieur, le pays en a besoin
Scotch_OMsoccer Niveau : Loisir
Message posté par Enzo25
Je sais qu'en France on a souvent tendance à défendre les " rebelles ", ceux qui se battent contre la police etc. Mais personnellement je trouve que les fouteurs de merde c'est Carsi. Ils cherchent des prétextes pour cracher leur haine sur Erdogan.
En attendant Erdogan est peut être un adepte de " l'islam politique " mais il me semble qu'il a été élu démocratiquement et que son pays tourne très bien économiquement donc je pense qu'il faut prendre garde à ne pas dire n’importe quoi sous prétexte que c'est quelqu'un qui pense différemment de nous ( islam vs laicité).
De plus la Turquie est peut être un pays avec une grande tradition laïque mais il reste un pays à majorité musulman et beaucoup de Turques n'aime pas la laïcité à outrance( sinon Erdogan ne serait surement pas au pouvoir ).


Erdogan a de plus en plus durci les libertés fondamentales en Turquie au mépris de la tradition laïque historique des ce pays

Oui son pays tourne bien économiquement mais c'est normal : derrière l'Islam politique se chache surtout du bon ultra libéralisme comme on l'aime et contre lequel Carsi, et beaucoup d'autres en Turquie, se sont toujours élevés.

C'est aussi un système qu'il dénonce, au-delà de l'homme.

Homme qui au passage est asse autoritaire, a tendance à ne pas trop partager le pouvoir et qui a durci ses discours et ses geste au fil de ses mandats.

Après qu'il y a une différence, voir une fracture, entre une Turquie aux moeurs plus libérées, progressiste (comme c'est le cas à Istanbul) et une Turquie plus traditionnelle, musulmane (comme dans l'Est du pays), ca n'est pas nouveau.

LA différence, c'est qu'avant, elles arrivaient à coexister sans problème alors qu'aujourd'hui, on a l'impression que l'un est privilégiée par rapport à l'autre.

Carsi et les turcs révoltés ne remettent pas en cause l'élection démocratique d'Erdogan et encore moins cette autre Turquie, plus tradi. Ils revendiquent simplement le droit d’exister parmi eux, selon leurs valeurs historiques.

Tout ça pour dire que ce syncrétisme turc est aussi l'une des raison pour lesquelles ce pays est fascinant.
Je conseille à n'importe qui d'y aller : c'est incroyable de richesses. (bon allez j'arrête de faire le Dessous des Cartes et Des Racines et des Ailes)
Message posté par Ascutt


Oui, mais attention aux parallèles douteux quand même. La France n'est pas la Turquie, on a beau se faire foutre de notre gueule par nos gouvernements successifs, on va pas faire les martyrs.
Quand grosso modo 50% des groupes "associations" ou "organisations" sont des trucs à tendance nationaliste et les 50% restants des trucs d'extrême gauche de comptoir, ça fait quand même peur sur le level de la contestation politique!

Que les ultras fassent ce qu'ils savent faire à savoir supporter! Parce que le politique dans le foot a un côté sacrément gênant.

En l’occurrence, merci pour l'article qui montre de façon approfondie une culture foot bien différente de la nôtre. Le genre d'articles pour lequel on vient sur sofoot.


Sur ton avant-dernier paragraphe (avec lequel je suis totalement d'accord), le souci est aussi que, quand tu avances des idées politiques au sein des groupes (anti mondialisation, anti immigration etc...), c'est hyper discriminant et conduit l'asso a être très minoritaire, en ce sens que les gars qui seraient susceptibles de rejoindre l'asso (soit les gars des tribunes populaires) ne seront pas tous de l'avis politique de l'asso ou n'auront pas envie qu'on vienne leur casser les bonbons avec ça au stade.
Bref, ils éviteront l'asso alors que celle-ci défend concomitamment des idées avec lesquelles un fan passionné ne peut que se retrouver (prix des places, liberté au sein du stade etc...).
Et, au total, ça laisse des assos avec des effectifs réduits face à l'équipe dirigeante du club.
Au surplus, il est clair que la diff entre les deux cultures foot (française d'une part, turque d'autre part) est nette, même s'il y a tjs des problématiques communes.
Message posté par H Rouge


Je faisais pas forcement de parallèle avec la France.

En ce qui concerne les événements en Turquie, ils ont débuté suite à la volonté des autorités de détruire la place Taksim, comme précisé dans l'article, ce sont des gens habitants aux alentours qui s'y sont opposés, les ultras carsi arrivant ensuite pour les soutenir, on est donc pas dans une logique nationaliste ou d’extrême gauche de comptoirs (terme un peu réducteur et péjoratif selon moi).

Loin de moi l'idée de défendre des association d'ultra politisée mais force est de constater que les gens se regroupent par affinités et que pas mal d'asso sont politisées.


Faut quand même savoir que Carsi a inventé la mouvance "anarchistes fans d'Ataturk", association tout de même peu banale! (d'où mon "de comptoir" qui visait aussi certains groupes ultras en France, qui sous couvert d'affiliation politique différente, ne sont pas plus intelligents que leurs collègues racistes.)

Je trouve juste dommage que un sport comme le foot, qui devrait fédérer au delà des affinités politiques soit ramené à ces considérations là. On nous fait bien assez chier avec ça en dehors du stade.
Message posté par one_of_the_amoks


Sur ton avant-dernier paragraphe (avec lequel je suis totalement d'accord), le souci est aussi que, quand tu avances des idées politiques au sein des groupes (anti mondialisation, anti immigration etc...), c'est hyper discriminant et conduit l'asso a être très minoritaire, en ce sens que les gars qui seraient susceptibles de rejoindre l'asso (soit les gars des tribunes populaires) ne seront pas tous de l'avis politique de l'asso ou n'auront pas envie qu'on vienne leur casser les bonbons avec ça au stade.
Bref, ils éviteront l'asso alors que celle-ci défend concomitamment des idées avec lesquelles un fan passionné ne peut que se retrouver (prix des places, liberté au sein du stade etc...).
Et, au total, ça laisse des assos avec des effectifs réduits face à l'équipe dirigeante du club.
Au surplus, il est clair que la diff entre les deux cultures foot (française d'une part, turque d'autre part) est nette, même s'il y a tjs des problématiques communes.


D'accord avec toi de A a Z. C'est d'ailleurs chiant, quand, pris par l'enthousiasme pour ton équipe, tu te sens proche des mecs à côté de toi, et qu'ils commencent à partir sur autre chose que le foot (souvent de façon véhémente), bah ça casse sacrément le lien.

On s'en rend bien compte lors des déplacements je trouve, y'a un moment, soit t'es "in", soit tu te positionnes clairement "out" parce que l'amour de ton club ne te fait pas perdre tout libre arbitre.
Message posté par Scotch_OMsoccer


Erdogan a de plus en plus durci les libertés fondamentales en Turquie au mépris de la tradition laïque historique des ce pays

Oui son pays tourne bien économiquement mais c'est normal : derrière l'Islam politique se chache surtout du bon ultra libéralisme comme on l'aime et contre lequel Carsi, et beaucoup d'autres en Turquie, se sont toujours élevés.

C'est aussi un système qu'il dénonce, au-delà de l'homme.

Homme qui au passage est asse autoritaire, a tendance à ne pas trop partager le pouvoir et qui a durci ses discours et ses geste au fil de ses mandats.

Après qu'il y a une différence, voir une fracture, entre une Turquie aux moeurs plus libérées, progressiste (comme c'est le cas à Istanbul) et une Turquie plus traditionnelle, musulmane (comme dans l'Est du pays), ca n'est pas nouveau.

LA différence, c'est qu'avant, elles arrivaient à coexister sans problème alors qu'aujourd'hui, on a l'impression que l'un est privilégiée par rapport à l'autre.

Carsi et les turcs révoltés ne remettent pas en cause l'élection démocratique d'Erdogan et encore moins cette autre Turquie, plus tradi. Ils revendiquent simplement le droit d’exister parmi eux, selon leurs valeurs historiques.

Tout ça pour dire que ce syncrétisme turc est aussi l'une des raison pour lesquelles ce pays est fascinant.
Je conseille à n'importe qui d'y aller : c'est incroyable de richesses. (bon allez j'arrête de faire le Dessous des Cartes et Des Racines et des Ailes)



Je trouve qu'Erdogan a redonné plus de libertés aux musulmans pratiquants et ça déplait aux extrémistes laïques.
C'était quand même incroyable que dans un pays à majorité musulmane le voile soit interdit à l'université et il l'est toujours à l'école alors que dans des pays non musulman laïque ( Angleterre, USA, pays scandinaves ) le voile soit autorisé partout.
Je pense qu'Erdogan n'a pas réduit les libertés mais remis sur un pied d'égalité tout le monde.
Il ne faut pas oublier que le système Turque tiens beaucoup de ses lois et de sa laicité d'Ataturk qui était un fasciste, athée, laïque et islamophobe. C'est normal qu'avec un parti islamiste au pouvoir la donne change.
Pour l'instant vu de l’extérieur Erdogan n'a pas l'air d'avoir transformer la Turquie en une monarchie islamiste, il a simplement redonner à l'islam une place plus importante à laquelle on devrait s'attendre dans un pays composé majoritairement de musulmans.
Scotch_OMsoccer Niveau : Loisir
Attatürk un fascite?

Wow, un conseil, t'amuses pas à dire ça à un turc. Laïc ou pas...

Ok, il y a de l’extrémisme laïcard en Turquie mais de là à voir de l'islamophobie faut pas déconner.

Erdogan ne remet personne sur un pied d'égalité : on parle d'un mec qui veut interdire l'alcool à certaines heures et qui comptent des ministres dans son gvt qui trouve immoral que des jeunes se roulent des pelles en public (ou se tiennent la main) ou encore qu'une femme enceinte est, je cite, "inesthétique" et devrait rester chez soi...

Tu sais, c'est un Frère Muslim le Erdogan, donc faut pas s'attendre à de grand élan de progressisme.
Après comme tu le dis, il a été élu, pas de problème mais sans pour autant m'y associer totalement (je ne le pourrais), je comprend le ras le bol d'une partie de la jeunesse.

Putain c'est quand même chaud de répondre à une manif pacifiste à la base, par des jets de gaz néfastes et de la répression à tout va!
Franchement, avec ce qui se passe depuis 5 mois, ca me semble aberrant de parler d'Erdogan comme un démocrate.

Y a des muslims dans les manifestants et pas qu'un peu. Faut pas croire que c'est une Turquie contre un autre. Ca c'est justement ce que veulent faire croire les média turcs bien muselés par Erdogan.

Comme si liberté et Islam étaient incompatibles...
La Turquie en était d'ailleurs le meilleur exemple jusqu'ici.

Je ne reviendrais pas sur l'argument "pays majoritairement musulman".
En France on est majoritairement catho : on devrait faire quoi selon toi? Rendre obligatoire la messe du dimanche et interdire aux pédés de se marier??
Message posté par Ascutt


D'accord avec toi de A a Z. C'est d'ailleurs chiant, quand, pris par l'enthousiasme pour ton équipe, tu te sens proche des mecs à côté de toi, et qu'ils commencent à partir sur autre chose que le foot (souvent de façon véhémente), bah ça casse sacrément le lien.

On s'en rend bien compte lors des déplacements je trouve, y'a un moment, soit t'es "in", soit tu te positionnes clairement "out" parce que l'amour de ton club ne te fait pas perdre tout libre arbitre.


ou parce qu'un gars te rappelle très vite à tes origines par ses propos...étant de paris, je comprends vraiment parfaitement ce dont tu parles.
Bravo pour cet article!

Pour ceux que ca interesse, voici une petite video publiée il y a 2 jours par Amnesty International montrant l'incroyable violence avec laquelle la police d'Erdogan a agi ici pendant ces qqs semaines.. Pour habiter à Besiktas depuis 5 ans, je suis vraiment heureux de voir ce genre d'article.. Merci Sofoot!!

http://www.youtube.com/watch?v=S0uM_Xc8z1k
Message posté par Enzo25



Pour l'instant vu de l’extérieur Erdogan n'a pas l'air d'avoir transformer la Turquie en une monarchie islamiste, il a simplement redonner à l'islam une place plus importante à laquelle on devrait s'attendre dans un pays composé majoritairement de musulmans.


C'est pas une monarchie islamiste, c'est une dictature islamiste! Les prisons regorgent de millieurs d'innocents dont la seule faute est de s'opposer a cet autoritarisme : etudiants, supporters, docteurs, journalistes, militaires envoyés condamnés sur fausses preuves et temoignages anonymes...

Ne me parle pas de démocratie.. Toi meme tu sais que tous les medias sont sous son controle, que lorsque des millions de personnes descendaient dans la rue, une seule chaine (Halk TV) a eu le courage de diffuser les evenements. Depuis, cette meme chaine recoit des montants d'amendes hallucinants par le CSA local (sous son controle aussi biensur) pour des motifs futiles comme une cigarette a l'ecran. Il veut faire disparaitre à jamais toute opposition. Et c'est en cas que des mecs comme Carsi le genent.. Mais tout ca, tu dois bien le savoir..
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
203 25