1. // Coupe du monde rugby / Tampon!

Qui êtes-vous, le sifflet Gil Evans et le florin Freethy ?

Depuis la création de la Coupe du monde, le rugby international a observé une sorte de rite qui consiste à utiliser un sifflet, le Gil Evans, et une pièce de toss, le florin Freethy – du nom de leurs premiers porteurs – lors des coups d'envoi de la compétition internationale organisée tous les quatre ans. Explications.

7 4
L'affrontement entre l'Angleterre et les îles Fidji ce vendredi soir aura quelque chose d'unique. Outre le fait qu'il s'agisse du match d'ouverture de la huitième Coupe du monde de l'histoire du rugby, ce dernier se disputera sans deux petits objets fétiches, deux amulettes qui avaient pris pour habitude de parcourir des kilomètres et traverser des océans pour finir dans la poche des arbitres tous les quatre ans : le sifflet Gil Evans et le florin Freethy. Depuis le coup d'envoi de la première Coupe du monde à l'Eden Park d'Auckland donné en 1987 par Keith Lawrence, c'était devenu une tradition : chaque homme en noir jouait le toss avec une pièce de monnaie séculaire frappée du sceau de la fougère côté face et de celui de la rose côté pile, le Freethy florin, puis arbitrait avec un sifflet tout aussi ancien sur lequel était gravé « Gil Evans, 1905 » , jusqu'au premier arrêt de jeu du match. Une idée venue de John Sinclair, fondateur du New Zealand Rugby Museum de Palmerston North, qui garde sous scellés les deux reliques à l'année. Clive Akers, président du musée et gardien du temple de la mémoire du rugby néo-zélandais (voire mondial) depuis le décès de Sinclair l'année dernière, précise : « La Coupe du monde 1987 ne suivait pas encore les strictes procédures des éditions suivantes et les fédérations de rugby néo-zélandaises et australiennes ont en grande partie organisé l'événement. John Sinclair a fait cette suggestion au président de la FRNZ Russ Thomas et ce dernier s'est de suite montré intéressé. »

L'humour anglais de Will Carling et les Jeux olympiques de 1924


Ils sont donc sept à avoir eu l'insigne honneur de souffler dans un bout de métal à l'arrière-goût de rouille : les Néo-Zélandais Keith Lawrence, Paddy O'Brien et Paul Honiss, respectivement en 1987, 1999 et 2003, l'Écossais Jim Fleming en 1991, le Gallois Derek Bevan en 1995, l'Anglais Tony Spreadbury en 2007 et enfin l'Irlandais George Clancy en 2011. À chaque fois, au retour des deux objets, le musée reçoit un courrier des hommes en noir. « Le ton général est que les arbitres se sentent honorés de pouvoir donner un coup dans ce vieux sifflet et d'une certaine façon, contribuer à son histoire » , poursuit Akers. « Mais la meilleure anecdote reste sans doute lors du match entre la Nouvelle-Zélande et l'Angleterre pour le match d'ouverture de la Coupe du monde 1991. Lors du toss, le florin est tombé sur le côté fougère. Le capitaine anglais Will Carling a alors demandé à l'arbitre s'il avait pris le soin de vérifier si la fougère n'apparaissait pas des deux côtés de la pièce ! » Pourquoi, d'ailleurs, une fougère et une rose ? Et pourquoi le nom de Freethy pour cette pièce ou de Gil Evans pour ce sifflet ? Pour cela, il faut remonter au début du XXe siècle.

Clive Akers offre une visite guidée virtuelle : «  Gil Evans a arbitré des matchs en Grande-Bretagne, notamment la première tournée des All Blacks en 1905/1906, de l'Afrique du Sud en 1906/1907, puis de l'Australie en 1907/1908. Plus tard, il donna son sifflet à Bert Freethy qui l'utilisa dans les années 20, comme par exemple en finale des Jeux olympiques de 1924 (les USA avaient alors battu la France, ndlr), la dernière fois que l'on joua au rugby aux JO. Freethy a également arbitré lors du match entre l'Angleterre et la Nouvelle-Zélande à Twickenham lors duquel eut lieu la première exclusion de l'histoire du rugby pour le All Black Cyril Bronwlie. À la fin du match, Freethy a donné son sifflet à Stan Dean, le tour manager des Blacks, qui a ramené l'objet en Nouvelle-Zélande. Concernant le florin, en ouverture du match à Twickenham en 1925, Bert Freethy n'avait pas de pièce dans sa poche pour jouer le toss. Un membre d'un petit groupe de supporters néo-zélandais qui avait fait le voyage avec les supporters, D.G. Gray, était juste à côté et a offert une pièce à l'arbitre. Il se trouve que c'était un florin, d'une valeur de deux shillings en argent. Gray garda la pièce et fit forger par la suite une rose d'un côté et une fougère de l'autre, avant qu'un membre de la famille en fasse don au musée en 1969.  »

De la Seconde Guerre mondiale à l'inauguration du rugby professionnel


Entre autres histoires, le sifflet Gil Evans s'est également retrouvé étrangement mêlé à la Seconde Guerre mondiale lorsque Doug Dean, le fils de Stan, s'est retrouvé sur le front égyptien ou italien pour en faire usage lors de matchs militaires. Plus de 50 ans plus tard, c'est également le Gil Evans qui retentit lors du tout premier match de rugby de l'ère professionnelle en hémisphère Sud entre les Hurricanes et les Blues pour l'ouverture du Super Sanzar Rugby, l'ancêtre du Super 15, en 1996, joué à deux cents mètres du New Zealand Rugby Museum. Pour autant, Clive Akers ne considère pas les deux objets de Twickenham 1925 comme les plus importants de son musée, historiquement parlant : «  Si l'on voit ça d'un point de vue international, ils font partie des objets les plus rares que nous avons, mais certainement pas plus importants que certains éléments de notre collection de plus de 40 000 objets. Comme par exemple, les souvenirs de la tournée des natifs néo-zélandais en Grande-Bretagne en 1988/89. »

Il n'empêche, Clive Akers prend avec beaucoup de tristesse la disparition de cette tradition du rugby international, même si les traditions sont faites pour un jour être fatalement effacées. « Pour des raisons qui ne nous ont pas été signifiées, World Rugby (le nouveau nom de l'IRB, ndlr) a décidé de rompre la tradition et de ne pas utiliser ces deux objets » , se désole-t-il. Il faut croire que l'organisme du rugby mondial a choisi de se projeter vers le futur plutôt que d'avoir rendez-vous avec son passé : en plus de ressortir le sifflet Gil Evans et le florin Freethy, le World Rugby aurait pu célébrer le match qui scella l'histoire de ces deux objets. Un match qui eut lieu dans cet même antre de Twickenham il y a quatre-vingt-dix ans presque jour pour jour.

Tampon! est disponible dans tous les bons kiosques.

Par Matthieu Rostac
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
EricCantonais Niveau : District


Excuse moi de pas être convaincu par une telle argumentation, mais pourrais-tu développer et dérouler un chouia le fil de ta (brillante) pensée?
Gianni Longo'o Niveau : District
Valeurs de l'ovalie.
Troisième mi-temps.
Valeurs de l'ovalie.
Vincent Moscato.
Valeurs de l'ovalie.
Camaraderie.
Valeurs de l'ovalie.
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
7 4