Qui es-tu, le tour préliminaire de C1 ?

A la fin de la saison, ceux qui décrochent la place qualificative pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions célèbrent ça comme s'ils avaient remporté le titre. Pourtant, à en croire les résultats des précédentes années, ce sésame d'or peut parfois avoir des allures de cadeau empoisonné.

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C'est le plus beau des lots de consolation. Lorsque l'on n'est pas armé pour jouer le titre, la place qualificative pour le tour préliminaire de la C1 devient une oasis au milieu du désert. Cette année, on a pu assister à des scènes de liesse à Udine après la qualification de l'Udinese, des joies colorées de bonne nostalgie à Manchester rive City, ou encore des "ouf" de soulagement à Lyon, où la vente de Playstations aurait risqué d'exploser en cas de non-qualification. Oui, le tour préliminaire de la Ligue des Champions est une sorte de purgatoire avant le Paradis. Un passage obligatoire pour jouer dans la cour des grands, mais aussi pour encaisser un chèque qui fait plaisir au compte en banque. L'occasion, aussi, d'aller offrir à ses supporters des matches de niveau international face aux meilleures équipes du Vieux Continent. En somme, un véritable rêve, sur le papier. Mais c'est bien connu, les rêves cachent parfois une réalité bien plus complexe.

Un cadeau empoisonné ?

Ce n'est vraisemblablement pas une coïncidence. Cette saison, les cinq équipes qualifiées pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions, dans les cinq "grands" championnats, n'ont pas réussi à se qualifier à nouveau. Pour chacune, les résultats ont été bien plus mauvais que la saison passée, et, dans certains cas, la saison a même été pourrie, voire dramatique. L'exemple le plus criant est certainement celui de la Sampdoria. Qualifiés pour le tour préliminaire de la C1 au terme d'une excellente saison, les Génois perdent de justesse leur double confrontation face au Werder Brême et se retrouvent en Europa League. La Samp portera cette croix pendant toute la saison, pas aidée, il est vrai, par une gestion sociétaire totalement foireuse, et terminera sa course en Serie B. Mais le constat n'est pas bien plus réjouissant pour son bourreau, le Werder Brême, la relégation en moins. Troisième de Bundesliga l'an passé, l'équipe de Thomas Schaaf termine cette saison à la treizième position, sans aucune gloire.

Impossible de ne pas penser non plus à Auxerre. Même si les Auxerrois ont fini par accrocher une neuvième place inespérée, ils ont erré toute l'année dans les bas-fonds du classement, flirtant même avec la zone rouge. Quant au FC Séville, il avait habitué ses supporters à se qualifier régulièrement pour la Ligue des Champions depuis 2006. Cette saison, changement de musique, les Andalous ont eu beaucoup de mal, décrochant la cinquième position au finish après avoir passé presque toute la saison dans le ventre mou. Le discours est un peu différent pour Tottenham, qui a débuté sa saison sur les chapeaux de roue, mais qui s'est légèrement écroulé à partir du mois de mars. Les Spurs ne sont, de fait, jamais parvenus à entrer dans les quatre premières positions de la Premier League, mais terminent tout de même à la cinquième position. Cinq cas, cinq réalités qui se mêlent. Suffisant pour y voir un lien de cause à effet avec le fameux tour préliminaire du mois d'août ?

Un tremplin ou un piège

Certains seraient tentés de dire "non". Non, le tour préliminaire de la Ligue des Champions, joué au mois d'août pendant que d'autres peaufinent leur préparation, n'a aucune influence sur la suite de la saison. D'accord. La Samp' a fait une mauvaise saison à cause des départs de Cassano et Pazzini. Le Werder, habitué à être transcendé par un numéro 10 d'exception, n'a pas trouvé son phare. Auxerre a souffert toute l'année de l'absence de Jelen (voire Le Tallec). Séville n'a pas réussi à se renouveler, et Tottenham a fait la même saison que l'an dernier, sauf que cette année, Manchester City était beaucoup plus fort. La thèse se tient. Tout ceci ne serait donc qu'une coïncidence.

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Et pourtant, le fait est que certaines équipes, en se qualifiant pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions, pensent avoir déjà atteint leur objectif. « L'an dernier, les gens disaient : "La Sampdoria est en Ligue des Champions", alors que ce n'était pas vrai. Nous étions seulement au tour préliminaire. A force, nous avons même fini par nous convaincre que ce ne serait qu'une formalité. Et nous avons perdu. Je ne dis pas que c'est pour cette raison que la suite de la saison a été mauvaise, mais cela ne nous a pas permis de partir du bon pied. Nous pensions que ce tour préliminaire serait un tremplin vers une saison de succès. Au final, cela s'est transformé en un véritable piège, qui nous a laissé une cicatrice » raconte le capitaine de la Sampdoria, Angelo Palombo, dans les colonnes de la Repubblica. Un piège. Oui, mais pas pour tous.

Au contraire, pour Auxerre, le match retour du tour préliminaire, face au Zénith, a servi de match référence après un début de championnat calamiteux. Malheureusement, dans le cas des Bourguignons, c'est la Ligue des Champions elle-même, et non son tour préliminaire, qui s'est avérée trop difficile. Jouer tous les trois jours, avec un effectif peu préparé et diminué, a été trop pénible pour les joueurs de Fernandez, qui n'ont retrouvé des couleurs qu'une fois l'hiver passé. « Le casse-tête, on l'a depuis le début de la saison. Un club comme l'AJA est programmé pour jouer le maintien en D1 et on se retrouve à jouer deux compétitions. Mais c'est du plaisir, on se doit de les jouer » déclare Jean Fernandez à l'aube du dernier match de C1, face au Real Madrid. Un plaisir qui peut aussi faire mal, en résumé.

Nouveau statut, nouveaux comportements

Impossible de nier également que la qualification pour le tour préliminaire de la C1 a un immense enjeu économique. Il y a quelques semaines, le président de la Lazio Rome, Claudio Lotito, alors à la lutte pour la quatrième place avec l'Udinese, s'était en effet insurgé contre ce système. « Les arbitres nous pénalisent et leurs erreurs nous coûtent de l'argent. Il fut un temps où le football était romantique. A présent, avec le fair-play financier, entrer ou non en Ligue des Champions, c'est 25 millions d'euros » affirmait-il en conférence de presse. Côté auxerrois, le président Alain Dujon s'était également plaint en début de saison que le nouveau statut conféré à son club suite à la qualification avait influencé de façon néfaste certains comportements. « Pendant le mercato, on a essayé de faire venir des joueurs. Mais lorsque l'on s'est qualifiés en Ligue des Champions, leurs clubs ont fait monter les enchères (Lille pour Obraniak et Lorient pour Amalfitano, ndlr). Mais je ne regrette rien » avait-il déclaré. Au bout du compte, difficile de dire si la qualification pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions fait plus de bien que de mal. « Je préfère me qualifier tranquillement pour la Coupe de l'UEFA et aller loin dans la compétition, plutôt que de me qualifier à l'arrache pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions et me faire sortir sans gloire au premier tour » avait assuré, au terme de la saison 2006-07, Maurizio Zamparini, le président de Palerme. « Ce tour préliminaire, c'est notre Scudetto » lui répond, quatre ans plus tard, Gianpaolo Pozzo, celui de l'Udinese. Les deux côtés de la médaille.

Eric Maggiori

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