Qui es-tu, le match en altitude ?

Ce jeudi soir, la Bolivie reçoit l'Uruguay, dans son stade de La Paz, situé à 3637 mètres d'altitude. Manque d'oxygène, difficultés de digestion et fatigue extrême, tels sont les symptômes rencontrés par les joueurs dans ces conditions. Mais est-ce toujours un avantage pour les joueurs habitués ? Réponse entre tactique, repas léger et Viagra.

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Le 1er avril 2009, la Bolivie explose l'Argentine, sur le score de six buts à un. C'est la plus grosse défaite de l' « Albiceleste » – alors entraînée par Diego Maradona – depuis plus de cinquante ans. Rapidement, les excuses fleurissent. L'altitude de La Paz a joué dans la contre-performance argentine. Pire, les Boliviens seraient avantagés par ces conditions de jeu. En 1995, la Commission médicale de la FIFA annonçait « qu'il n'était pas recommandé de jouer des matchs de football dans des stades situés à plus de 3000 mètres d'altitude » . Une décision reconsidérée un an plus tard, après une campagne intense (soutenue par le président du pays, Evo Morales) de la Fédération bolivienne de football. Malgré plusieurs demandes des fédérations sud-américaines, Sepp Blatter et ses ouailles donneront toujours raison à la Bolivie. Mais pourquoi est-ce si difficile de jouer en altitude ?

Une tactique différente


D'abord, l'adaptation à l'altitude est difficile. Nestor Lentini, ancien directeur du Centre national de haut rendement sportif de Buenos Aires, explique : « Normalement, il faut au moins une semaine d'adaptation pour chaque palier de mille mètres d'altitude. Sinon, certains préfèrent arriver la veille, jouer et s'en aller. Là, les effets apparaissent après le match. » Xabier Azkargorta, entraîneur espagnol, sélectionneur de la Bolivie de 2012 à 2014, confirme : « Il y a des préparations différentes. Si c'est une équipe qui a l'habitude de jouer en altitude, on se prépare comme pour n'importe quel autre match. Mais si ces joueurs ne sont pas habitués, c'est un programme totalement différent. L'effort physique sera moindre lors des entraînements. Et on doit axer la préparation du match sur la récupération. » La dimension tactique apparaît aussi. Ainsi, une équipe qui base son jeu sur la possession pourrait être désavantagée : « Lorsque j'entraînais la Bolivie, je préparais les matchs différemment à domicile. La tactique change forcément. Contre une équipe qui ne joue pas souvent en altitude, c'est difficile. On mettait la pression à certains moments bien définis de la rencontre. Tu obliges l'adversaire à balancer. Et les attaquants adverses perdent toute leur énergie » , témoigne l'ancien joueur et entraîneur espagnol.

En juin 1996, Daniel Passarella, légendaire défenseur et entraîneur argentin, déclarait après une défaite en Équateur, à 3000 mètres d'altitude : « Le ballon ne roule pas. » Une théorie réfutée par Lentini, médecin spécialiste du sport : « Beaucoup disent que le ballon est plus léger. Mais ce n'est pas vrai. Il y a moins de résistance au vent, donc la balle prend plus de vitesse. C'est donc difficile pour les joueurs de donner la direction qu'ils veulent à une passe ou une frappe. »

Une alimentation plus légère


Quels sont donc les remèdes pour éviter malaises et baisses de forme physique ? Une alimentation spéciale est primordiale selon Xabier Azkargorta : « Les médecins sont formels : avant un match comme cela, l'alimentation est la clé de la réussite. En altitude, la digestion est beaucoup plus lente, plus difficile. Les paysans ont un proverbe en Bolivie : "Pour s'adapter à l'altitude, il faut marcher doucement, manger peu, et dormir seul." Il faut manger léger. Des jus, des soupes. L'alimentation du footballeur est totalement différente en altitude. » La pression atmosphérique est aussi un risque pour un joueur qui n'est pas habitué : « L'oxygénation, la respiration aussi est un thème essentiel. Maintenant, les équipes qui viennent jouer en Bolivie s'entraînent avant à Santa Cruz de la Sierra à environ 420 mètres d'altitude, pour se préparer aux conditions difficiles de La Paz » , explique l'ancien joueur de l'Athletic Bilbao, entre 1972 et 1977.

Viagra et médecine hyperbare


Souvent, les médecins recommandent la prise de Viagra avant le match. La pilule magique facilite la circulation du sang. Les hématies transportent mieux l'oxygène. « C'est confirmé que le Viagra sert pour l'altitude. C'est une dose différente, donc il n'y a pas de risque d'érection. Les médecins recommandent aussi des médicaments pour faciliter la digestion » , explique Nestor Lentini, le médecin argentin. Autre préoccupation des entraîneurs, la peur que peut générer l'altitude sur les joueurs : « Oui, c'est difficile. Parce que le joueur va ressentir des choses qu'il ne ressent jamais. Une sorte de fatigue musculaire très rapide lors du match. Et souvent, c'est dans la tête que le match se joue. Aujourd'hui, tu envoies Messi jouer à La Paz, il n'aura pas de problème parce qu'il l'a déjà fait. Le footballeur développe une sorte de mémoire biologique. Mais cela peut être compliqué pour un joueur qui n'est pas conscient des difficultés du match en altitude » , explique Azkargorta.

L'altitude est-elle un avantage pour les sélections habituées, telles que la Bolivie, le Pérou ou l'Équateur ? « On peut exploiter cette peur de l'adversaire, mettre la pression comme j'expliquais plus tôt. Mais cela ne marche pas souvent. Sinon, la Bolivie serait la meilleure équipe d'Amérique du Sud » , commente l'Espagnol. L'évolution des méthodes de préparation est impressionnante. Aujourd'hui, les joueurs se préparent avec la médecine hyperbare. « C'est un principe simple : c'est l'utilisation médicale de l'oxygène à une pression supérieure à la pression atmosphérique, cela dans un caisson, une énorme machine. En 2013, on avait vu des images de Messi et Mascherano qui utilisaient cette méthode. » Et de conclure : « Maintenant, l'altitude a une importance mineure. Celui qui est habitué à jouer en altitude aura, certes, moins de difficultés. Mais ce n'est plus une excuse. » L'Uruguay, qui affronte la Bolivie ce soir, est prévenu.

Par Ruben Curiel
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Note : 6
Putain tu t'imagines si les mecs se plantent dans la dose de Viagra ? T'as 11 mecs avec un gourdin de l'espace sur le terrain.
Hyper gênant quand t'es au marquage sur les corners.. Mais pratique pour réinventer la reprise de volée
Article intéressant. Par contre les péruviens jouent leurs matchs à Lima, donc ne sont pas plus habitués que les autres à jouer en altitude.
Cette saison en Copa Libertadores, River Plate a joué contre San José. C'est une équipe bolivienne de la ville d'Oruro où le stade Jesus Bermudez se situe à 3700 metres d'altitude. L'histoire du viagra c'est pas conneries, le médecin de River a fait prendre du viagra a toute l'équipe ce jour là.
Message posté par perú
Article intéressant. Par contre les péruviens jouent leurs matchs à Lima, donc ne sont pas plus habitués que les autres à jouer en altitude.

Les clubs péruviens ne sont pas tous au niveau de la mer, donc les joueurs du championnat sont très bien habitués à l'altitude pour des déplacement chez leurs voisins.

Je reviens d'un petit séjour au Pérou, et pour avoir taquiner la gonfle contre des locaux à 4500m sans médocs, effectivement çà pique un peu.
C'est un très vieux débat en Amérique du Sud mais j'imagine qu'en Asie il doit aussi exister (le charme d'un match joué à Katmandou).
En Equateur, même si on a droit au même refrain quand le Brésil ou l'Argentine viennent jouer à Quito, il y a plein de paramètres. Déjà, les Equatoriens eux-mêmes ne sont pas tous des mutants à trois poumons (c'est aussi valable pour les Péruviens et les Boliviens) : entre ceux qui jouent en Europe, sur la côté (à Guayaquil surtout) et dans d'autres clubs sudaméricains, eux-aussi doivent se réadapter.
Le handicap est partagé, quand les joueurs du plateau andin viennent jouer sur la côte, ils peinent tout autant car ils sont sur-oxygénés.
Il y a d'autres lieux tout aussi inhospitaliers : quand les mecs de Quito débarquent pour jouer la Colombie à Barranquilla ou le Venezuela à Caracas, ça leur fait aussi tout drôle niveau climat.
nononoway Niveau : CFA
Message posté par Sebastien18
C'est un très vieux débat en Amérique du Sud mais j'imagine qu'en Asie il doit aussi exister (le charme d'un match joué à Katmandou).
En Equateur, même si on a droit au même refrain quand le Brésil ou l'Argentine viennent jouer à Quito, il y a plein de paramètres. Déjà, les Equatoriens eux-mêmes ne sont pas tous des mutants à trois poumons (c'est aussi valable pour les Péruviens et les Boliviens) : entre ceux qui jouent en Europe, sur la côté (à Guayaquil surtout) et dans d'autres clubs sudaméricains, eux-aussi doivent se réadapter.
Le handicap est partagé, quand les joueurs du plateau andin viennent jouer sur la côte, ils peinent tout autant car ils sont sur-oxygénés.
Il y a d'autres lieux tout aussi inhospitaliers : quand les mecs de Quito débarquent pour jouer la Colombie à Barranquilla ou le Venezuela à Caracas, ça leur fait aussi tout drôle niveau climat.


Pour avoir joué au foot à Quito quelques jours après mon atterrissage, je peux t'assurer que c'est chaud
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