1. // Euro 2012
  2. // Victoire finale de la Roja

Quelle place dans l'Histoire pour cette Espagne ?

C’est une place de choix dans la constellation du football que l’Espagne est allée chercher grâce à son incroyable triplé jamais accompli : Euro, Mondial et re-Euro derrière ! Une place tout au-dessus des autres équipes de légende ? Hola minute, car c’est le genre de question bien plus complexe qu’il n’y paraît.

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Il y a vingt ans à Monaco, en pleine préparation pour les JO, l’équipe américaine de basket avait rencontré le Prince Albert autour d’un gueuleton gourmand-croquant. Alors qu’on lui demandait ce que cela leur avait fait de manger avec son Altesse, Charles Barkley, jamais en retard d’un bon mot avait rétorqué : « Faux ! C’est lui qui a mangé avec nous  » . Ce lundi, l’équipe d’Espagne de football a ripaillé en compagnie du Roi Juan Carlos et il y a fort à parier qu’aucun membre de la Roja n’oserait, même pour rire, glisser une vanne à sir Charles. Et il y a dans ce parallèle un peu tout ce qui rassemble cette Espagne impériale depuis 2008 à certaines de ses devancières mais aussi ce qui peut éventuellement l’en séparer. Oui, les Espagnols champions du monde et désormais doubles champions d’Europe en titre, s’invitent à la table des rois en promenant une incroyable normalité.

Il paraît que c’est l’époque qui veut ça (suivez notre regard) mais cela pèse d’un poids insoupçonné dans la place à accorder à cette Invincible Armada qui siphonne les trophées de la planète foot depuis quatre ans. Car d’un strict point de vue comptable, cette trilogie réussie par les Ibériques ne trouve aucun équivalent dans l’Histoire du jeu. Même le grand Brésil de la fin des années 50, double champion du monde à la file (1958 et 1962) avait échoué sur le plan continental avec trois finales de Copa America perdue entre 1957 et 1959. La grande RFA des 70’s aussi avait dû lâcher le dernier morceau de son odyssée en s’inclinant aux tirs au but de l’Euro 1976 face à la Tchécoslovaquie de Panenka. Quant à nos Bleus chéris, injouables en 1998 et 2000, ils étaient passés directement par la fenêtre d’un premier tour du Mondial nippo-coréen de 2002 moins rythmé par les buts que les bulletins médicaux de la cuisse de Zizou. C’est en mesurant la grandeur de ceux qui ont foiré dans la tentative de cet exploit, que l’on situe l’immensité de ce qu’ont accomplie Casillas et ses amigos.

Une histoire de fantasmagorie…

Mais alors quoi ? Sont-ils pour autant les plus grands de tous les temps ? C’est là que l’affaire se complique un peu car cette unité de mesure souffre de deux complexités. L’une liée aux limites naturelles et scientifiques de la comparaison à travers les âges, qui rend passionnées mais totalement caduques les conversations accoudées au zinc pour déterminer qui de Pelé ou Maradona est le meilleur footballeur jamais vu. L’autre est liée à une subjectivité de la question fatale : cette Espagne frappe-t-elle les imaginaires avec la même force que ses grandes devancières ? Une thématique au moins aussi importante que la stricte considération du palmarès. Sinon en tennis, Roy Emerson (12 titres majeurs) toiserait de haut Björn Borg (seulement 11 succès en Grand Chelem) alors qu’on souhaite bien du courage aux non initiés pour se souvenir de l’Australien quand tout le monde, absolument tout le monde, connaît le Suédois. Pourquoi ? Car l’homme au bandeau a nourri l’imagerie bien davantage que l’Aussie susnommé. C’est dans la fantasmagorie que se bâtit aussi la grandeur, l’exemple le plus évident restant le choc causé par le Brésil de Pelé. L’exemple le plus évident mais pas nécessairement le meilleur. Car plus parlantes encore sont les places occupées par la Hongrie 54 ou les Pays-Bas 74, tous deux finalistes malheureux mais dont l’empreinte reste néanmoins supérieure à celle de leurs vainqueurs allemands. On vous voit venir : mais que peut-on oser encore reprocher à la Roja ?

Mais bon sang, qui est la star ?

C’est vrai, après tout, le succès espagnol est le triomphe de la technique, des passes et des petits formats. Une idée de jeu séduisante forcément. Sans compter que, sans que personne n’y fasse vraiment gaffe, Vicente Del Bosque a inventé l’air de rien une façon de faire : se protéger en gardant la gonfle. Jamais on n’avait vu une équipe à ce point formaliser la possession de balle comme un acte défensif (malgré le contre exemple de la finale, un match où comme par hasard les champions n’ont eu la chique que 52% du temps). Par le passé, ce type de gourmandise était avant tout destiné à déséquilibrer le bloc adverse. Là non. Le plus souvent, l’Espagne a fait circuler le cuir avec pour seul souci de priver l’autre de munitions, une stratégie pleine de bon sens quand on y songe. Mais cette technique collective inégalée, voire inégalable, porte en elle les deux revers des nombreuses médailles ibériques. L’une tient au fait que les matches - la finale mise à part, ok - de l’Espagne manquent terriblement de passion et ce n’est pas un jugement de valeur. Juste la conséquence des interminables séances de transmissions comme une fin en soi, un monologue haut de gamme privant l’adversaire de réplique et annihilant l’idée même d’un combat, cette notion qui fait basculer un match dans l’inoubliable.

L’autre tient au fait qu’avec l’Espagne, la star… c’est l’équipe. Un idéal suggéré par tous mais auquel l’homme, cet être décidemment versatile, trouve à redire dans son inconscient profond. Car dans sa représentation de la performance ultime, le supporter a besoin d’un élu surnaturel pour porter le message : Pelé, Cruyff, Maradona, Ronaldo, Zidane et on en oublie évidemment. Ou quand le football figure plus que jamais le sport collectif le plus individuel qui soit. Or - et sans minimiser le talent hors-norme de Xavi, Iniesta, Ramos, Casillas, entre autres - pour l’heure la Roja ne possède pas ce joueur charismatique, emblématique, très au-dessus des autres à tous les points de vue, susceptible de trôner individuellement en compagnie des monstres cités plus haut. Pour l’heure, l’Espagne imprime davantage les livres d’Histoire que les mémoires, subtile nuance. Terrible quand on y songe car cette supériorité implacable depuis quatre ans et cet ode continu au collectif, deux idéaux absolus, finissent par se retourner contre elle. Injuste… et réjouissant ! Car voilà le dernier grand défi de cette Roja, et quelle meilleure occasion pour le relever qu’un sacre au Brésil, le royaume du football, dans deux ans. Là, Iniesta & co clôtureraient vraiment la question.

Par Dave Appadoo
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Note : 1
Comme quoi, c'est con que Messi ne se soit pas fait naturalisé espagnol hein... ^^

Pis la (super-)star, c'est Arbeloa !!

Par contre, qd Xavi (et Puyol) partiront, il restera Iniesta... et si ce mec arrive à marquer un p'tit peu plus de buts, il pourra vraiment devenir une idole (plus qu'il ne l'est déjà)

Ou alors, faut trouver une pépite en attaque...
Bon article.

Oui, l'Espagne c'est une super-équipe sans super-stars.

Il est à parier qu'aucun espagnol n'aura le ballon d'or cette année encore.

Et même si elle remportait à nouveau la coupe du monde dans deux ans, ce serait probablement pareil.

En 2010, le jury n'a pas su qui récompenser. Xavi, impeccable métronome mais peu spectaculaire et pas assez buteur? Iniesta, plus visible mais plus irrégulier (car plus fragile)? Casillas?

Finalement, il a opté pour le donner à Messi.

Peut-être que cette absence de leader charismatique lui donne moins de visibilité et de reconnaissance. Mais c'est aussi ce qui fait sa force.

L'Espagne c'est la force du collectif, par excellence.

Et à ce niveau-là, précisément, je crois qu'on peut dire d'elle qu'elle la meilleure équipe de l'histoire.
le probleme de l'espagne c'est qu'au lieu d'avoir un ou 2 joueur au dessus du lot elle a en la moitié du onze titulaire. forcément difficile d'en ressortir un parmis tout ces fabuleux joueurs. On voit quand meme au fil des années iniesta petit à petit mais inexorablement s'élever légèrement au dessus de ses coequipiers. Point d'orgue en 2014 ?
Dendecuba Niveau : CFA
Note : 3
On reconnait une grande équipe quand on est capable de dire 'il y avait un avant et un après". A partir de là cette Roja est historique, on sait maintenant que l'on peux jouer sans avant centre de métier mais avec 7 milieux constamment en mouvement. Et surtout j'ai l'impression qu'on ne sait plus quoi faire pour l'arrêter, cette équipe a gagné contre quasiment tous les dispositifs tactiques de son époque. Prodigieux mais effrayant!
cette Espagne est probablement la meilleure équipe de l'Histoire. Il faudrait tout de fois regarder la concurrence rencontrée par les différentes "dream team" de chaque époque.

Mais pour moi, la plus belle équipe restera à jamais le Brésil 82.
Note : 2
Oui point d'orgue en 2014.

Si l'Espagne est si forte c'est parce qu'aucun joueur n'en ressort aussi fort que les Pelé Maradona et compagnie.

Iniesta deviendra ce Pelé ou Maradona en soulevant le trophée au Brésil (compétition pour laquelle ils seront encore favoris).

Sinon c'est bien vu l'idée de comparer la marque dans l'Histoire ou dans les mémoires de cette équipe. On voit bien que c'est le désir de l'auteur de faire la nuance. Mais sérieusement, en quoi peut on juger sa marque dans les mémoires alors que ça ne fait que 2 jours qu'elle vient d'y rentrer dans l'Histoire ??? C'est un peu bancal comme raisonnement. Et j'ai du mal à croire qu'on se souviendra moins de cette Espagne que de l'Argentine de Maradona. D'autant plus qu'on se souvient surtout de Maradona plus que de l'Argentine...
Oui Saviola et comme dit vu qu'il y'a la moitié voire un peu plus de l'effectif qui est au dessus du lot et ben on retiendra l'équipe mais aussi les joueurs (Xavi, Casillas, Iniesta etc) vu que qu'ils sont les meilleurs à leur poste respectif et ce depuis longtemps. En somme l'équipe d'Espagne a réussi là où la France a échoué en 2002, sobrement et avec classe! Hihi le coup de la pub adidas à l'époque avec les deux étoiles! On l'a un peu oublié mais ces bleus là en 2002 pourtant champions du monde et d'Europe étaient déjà bien énervants...
"L’une liée aux limites naturelles et scientifiques de la comparaison à travers les âges, qui rend passionnées mais totalement caduques les conversations accoudées au zinc pour déterminer qui de Pelé ou Maradona est le meilleur footballeur jamais vu."
Je crois que tout est dit, ce genre de comparaison est aussi inutile qu'impossible.
Comment comparer avec le Brésil des années 60 avec l'Espagne des années 2000 ?
Le Brésil n'a effectivement jamais eu la bonne idée de gagner l'Euro !
Plus sérieusement la Copa se joue tous les 2 ans c'est déjà une grosse différence avec notre Euro ....
L'Espagne est sans conteste la meilleure équipe de ces dix dernières années et c'est déjà pas si mal.
Le vrai joueur charismatique de l'équipe d'espagne, ces vingt dernières années, c'est Raul. Point barre. Charismatique car loser (même si brillant), charismatique a tel point qu'il n'a pas eu besoin d'être champion d'europe ou champion du monde pour être le plus grand joueur espagnol de tous les temps. Je pense que la roja aurait gagné avec lui aussi (surtout la coupe du monde, où les attaquants n'ont pas brillé), mais l'histoire en a voulu autrement.
Mozart&Pollux Niveau : District
Peut-être que les Espagnols sont surtout les premiers à avoir véritablement compris que le foot est un sport d'équipe. C'est donc l'équipe qu'il faut savoir mettre en avant pour gagner et pas forcément un seul joueur (cf ce qui arrive à l'Argentine de Messi)

Et comme cette prise de conscience est concomitante avec l'explosion d'une génération en or, ça donne des trophées.

La seule solution pour les battre est de faire pareil càd jouer en équipe solidaire avec ses armes (cf Inter - Barça et le sacrifice Eto'o qui plutôt du genre à se stratifier)

Mozart&Pollux Niveau : District
*est plutôt du genre à se starifier

pardon
L'espagne est forte , très forte mais j'ai pas la gaule en les voyant jouer, ca manque de folie. De cette espagne on retiendra le collectif exceptionnel.
Je ne pense pas que l'Espagne ait prouvé que jouer sans avant centre pur dans son schéma de base était une excellente solution. Au contraire cette option tactique l'a mise en difficulté sur tous les matchs qu'elle a joué ainsi, jusqu'à une finale dont il ne faut pas surinterpréter le score, les italiens s'étant sabordés (en plus l'Espagne a concédé des grosses occases sur ce match).

Elle a montré que ça n'était pas totalement incohérent et que ça pouvait servir ponctuellement, mais ça on le savait déjà (Roma).

Je trouve quand même que sur cet euro elle a eu tendance à être une caricature d'elle même. La performance globale est bonne, mais il faudra se poser un jour la question du niveau des concurrents, le finaliste est beau mais son 11 fait pitié par rapport à celui aligné en 2006, l'Allemagne est une équipe de gamins, et les autres...?
La superstar, c'est Casillas. C'est la seule individualité qui sort du lot (en plus d'être le capitaine).
Comme évoqué dans l'article, il y a deux catégories d'équipes qui marque leur temps:

-les équipes esthètes, la maquina de River Plate,Torino de Mazzola,Hongrie 50-54,Real Madrid de Di Stefano et Zidane, le Barça de Cruyff à aujourd'hui, Brésil 70 et 82, Ajax et Hollande de Cruyff, Ipswich Town de Robson,la France de Platini,le Danemark 86,l'URSS/Dynamo Kiev de Lobanovski, Milan AC de 88 à 93,FC Nantes 95...

-les équipes moins stylées mais efficaces et gagneuses,Inter Milan 63-67,Independiente 70-74,RFA et Bayern 70s, Liverpool et Juventus 70s et 80s,Man United et Porto 90s à aujourd'hui,la France 98-2000, les équipes de Mourinho...

Maintenant, où mettez-vous cette équipe d'Espagne ?
Excellent article. En effet, le charme du football réside toujours dans le fait que rien est écrit d'avance. Or l'Espagne renie cette règle élémentaire à la construction de sa légende...
Euh, pour être exact, l'Espagne n'est pas la seule nation à avoir fait le triplé.

L'Italie 34-38 a fait le triplé Coupe Du Monde - JO - Coup Du Monde.

On peut même dire que cette équipe d'Italie a fait mieux que l'Espagne actuelle car les JO de l'époque étaient l'équivalent d'une véritable Coupe du Monde, pas comme aujourd'hui.
Du coup, que dire de l'Uruguay des années 20:
copa america 1923,1924,1926 et J.0. de 1924 et 1928.
Un Quintuplé !!!
En 2014 je vois peu d'équipes pouvant mettre à mal cette façon de jouer.
Seule une équipe au bon collectif avec un joueur d'exception pourrait le faire. Si l'Argentine avec Messi hausse son niveau de jeu (très haut) elle peut être cette équipe.
Bien sur la performance restera dans l'histoire ! Collectivement et tactiquement l'équipe est une des meilleurs de l'histoire. Mais on retiendra surtout que cette équipe joue mécaniquement, presque de façon monotone, avec une victoire inéluctable à la clé...bref on retiendra une équipe chiante ! L'Espagne de 2008 à 2012 c'est juste le catenaccio 3.0!
C'est froid et ca gagne, aussi pour cela ils resteront dans les mémoires, c'est certain mais pas au même titre que le brésil 82 ou Hollande 74...
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