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Quand Soren Lerby avait le don d'ubiquité

« Aime-moi deux fois » chantait Jim Morrison, sans savoir pourquoi. Alors, le 13 novembre 1985, le grand joueur danois Søren Lerby a joué avec sa sélection, qui disputait un match décisif à Dublin, avant de remettre le couvert le même jour, avec le Bayern Munich, dans la Ruhr. Récit d'une odyssée.

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Søren Lerby était un peu trop demandé ce jour-là. Sur l'agenda du grand blond, un huitième de finale de Coupe d'Allemagne avec le Bayern Munich, mais aussi un match éliminatoire du Danemark face à l'Éire. Des deux engagements, celui avec sa sélection était évidemment prioritaire aux yeux bleus du Danois, puisque se trouvait en jeu rien de moins que la première qualification du pays nordique pour la Coupe du monde. Problème : Bayern et Danemark veulent tous deux leur Lerby, leader et titulaire indiscutable au sein des deux équipes. L'harmonisation des calendriers n'est pas encore à l'ordre du jour, mais la culture du compromis à l'allemande va toutefois permettre d'arranger l'affaire. Au moins en théorie...

Quand Uli suit Lerby


Un accord est trouvé. Uli Hoeness, manager du Bayern, et Sepp Piontek, l'entraîneur allemand du Danemark, se tapent dans la main. Le pacte veut que Lerby puisse défendre les couleurs de sa sélection, mais à une condition : si le match est plié, le milieu offensif de 27 ans doit être remplacé pour rentrer au plus tôt en Allemagne, afin de participer au huitième de finale de Coupe d'Allemagne sur le terrain du VfL Bochum. Pour comprendre cette insistance bavaroise, il faut rappeler qui est Lerby : avant de rejoindre le Bayern, l'homme a notamment remporté cinq fois le championnat des Pays-Bas avec l'Ajax. Sa force de frappe, sa vision de jeu et son abattage le situent parmi les meilleurs milieux de terrain d'Europe. En 1988, il soulèvera d'ailleurs la Ligue des champions avec le PSV Eindhoven. Ce joyau, Hoeness le choie, au point de faire le voyage avec lui en République d'Irlande. Car le timing est serré. À Dublin, le coup d'envoi est donné à 15h (16h en Allemagne), et c'est à 20h que le match de Coupe d'Allemagne débutera. En cas d'anicroche ou de réticence danoise, Hoeness préfère être près de son joueur.

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Depuis les tribunes de Lansdowne Road, Uli Hoeness se mue un curieux supporter de Michael Laudrup et consorts. Le manager du Bayern souhaite ardemment leur large victoire pour mieux leur ôter l'un de leurs meilleurs éléments. À trente ans de distance, on peut donc imaginer aisément la colère rentrée du manager quand l'Irlandais Francis Stapelton ouvre le score à la sixième minute. Loin d'être sadiques, les Danois vont toutefois ménager les nerfs du grand ponte du Bayern en égalisant dès la minute suivante, grâce à Preben Elkjaer-Larsen. Puis Michael Laudrup facilite la mission de Lerby en doublant la mise juste avant les citrons (44e). Ce résultat donne la première place du groupe aux Danois devant l'URSS. Mais rien n'est encore garanti pour l'équipe révélation de l'Euro 84, et Lerby se doit donc encore à son pays. C'est finalement à la 57e minute, que John Sivebaek aide Hoeness à se détendre. Le Danemark fait le break (3-1), et deux minutes plus tard, Sepp Piontek tient ses engagements. Lerby sort et aura à peine le temps de prendre une douche avant de rejoindre l'aéroport de Dublin escorté d'un policier. Il n'y a pas une minute à perdre. Depuis la salle d'embarquement, Lerby sait que le Danemark participera à la première Coupe du monde de son histoire, puisque ses coéquipiers ont même creusé l'écart sans lui (4-1), mais il ignore encore s'il arrivera à temps au Ruhrstadion...

Quand Hughes la joue comme Søren


Il est un peu plus de 19h, à Düsseldorf, quand Lerby et Hoeness mettent le pied sur le sol allemand, avant de s'engouffrer dans une Porsche. Le duo germano-danois ne dispose pas vraiment de marge pour rejoindre un stade qui se situe à environ trente minutes de route. Pas le moment de se tromper de sortie, ou de se retrouver bloqué derrière un poids lourd. Le plan se déroule toutefois sans anicroche jusqu'aux abords du Ruhrstadion, où s'est formé un embouteillage. Plus à ça près, Søren Lerby va alors décider de terminer son odyssée à pied. Il s'extirpe de la belle allemande pour rallier le stade au pas de course. Le Danois parvient à ses fins, mais pas assez tôt pour qu'Udo Lattek ne compte sur lui. Quand il voit Lerby entrer dans le vestiaire, le souffle court peu avant 20h, l'entraîneur bavarois lui demande gentiment de prendre place sur le banc. Finalement, le gaucher entrera en jeu dès la 46e minute. Il restera sur le terrain plus d'une heure, puisqu'une prolongation se joue au terme de laquelle les deux équipes ne parviennent pas à départager (1-1). Un nouveau match devra être disputé. Le Bayern finira par se qualifier et remportera d'ailleurs la Coupe d'Allemagne, comme le championnat. Quant à Lerby, s'il ne s'est pas montré décisif ce 13 novembre 1985, il livrera une prestation honnête, qui conduira Uli Hoeness à répéter la formule l'année suivante… Cette fois, Lerby n'est plus là, parti à l'AS Monaco après sa brillante Coupe du monde avec les Danish Dynamite, mais c'est Mark Hugues qui goûte au deux-en-un. Alors que le Gallois doit honorer ses obligations nationales face à la Tchécoslovaquie, une rencontre de Coupe d'Allemagne face au Borussia Mönchengladbach est programmée à la même date. Rodé, Uli Hoeness règle le conflit d'intérêts en accompagnant son joueur à Prague, où il disputera l'intégralité de la rencontre, avant de prendre un jet privé. En Coupe d'Allemagne, Hugues rentrera en seconde période. Comme Søren Lerby, le Danois vu à Dublin et dans la Ruhr, un 13 novembre 1985.

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Par Marcelo Assaf et Thomas Goubin

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