Il y a un peu plus de 249 000 âmes à Stoke-on-Trent, plus grande ville du Staffordshire, dans les Midlands de l'Ouest, mais il n'y a qu'une légende. Elle est courte sur patte, agée de 54 ans et 14 fois championne du monde de fléchettes. Membre du hall of fame sportif de la ville, Phil « The Power » Taylor déchaîne les foules à chacune de ses sorties. Une renommée incompréhensible pour certains. Des personnes qui se demandent très certainement qui peut bien foutre les pieds au Britannia Stadium pour y voir, le temps d'une heure et demie d'hésitations footballistiques, l'équipe de Stoke City, neuvième de la dernière Premier League. Une ville triste, une équipe pas beaucoup plus réjouissante, mais un club qui s'est attaché les services de Bojan Krkić cet été pour 5 millions d'euros. S'il n'est jamais parvenu à devenir ce qu'il aurait dû être, l'ancien Barcelonais aurait très bien pu trouver une place au chaud en Ligue 1, dans une équipe de haut de tableau. Mais gageons que l'idée ne lui est jamais passée par l'esprit. Comme le Catalan, beaucoup d'autres ont préféré les joies du ventre mou anglais à la France, mais aussi à l'Italie, à l'Espagne ou encore à l'Allemagne. Certes, l'exode des footballeurs vers la terre où le ballon rond est né n'est pas une nouveauté. Mais cet été plus que jamais, les équipes du « ventre mou » de la Premier League ont montré leur supériorité sur le reste du Vieux Continent. Plus puissante financièrement et plus attractive en dépit d'un challenge sportif parfois moins intéressant, notamment sur la scène européenne, la bande à Stoke City, Hull City et Newcastle United est la grande gagnante du marché estival.

Amour de la dépense et droits télés fous


Quand on aime, on ne compte pas. Ça tombe bien, en Angleterre, on adore le football. Et ça se voit. Cet été, les 20 clubs de Premier League ont dépensé plus de 800 millions de livres, soit un milliard d'euros, sur un total de 358 joueurs. C'est plus que l'été dernier (913 millions d'euros) et c'est nettement supérieur aux emplettes des formations de Liga (481 millions d'euros), de Serie A (326 millions d'euros), de Bundesliga (283 millions d'euros) et de Ligue 1 (134 millions d'euros). La balance commerciale dans tout ça ? Déficitaire, évidemment, et pas qu'un peu, puisque malgré les efforts de Southampton (119 millions d'euros de recette), de Liverpool (92 millions d'euros) et de Chelsea (97 millions d'euros), les clubs anglais n'ont vendu que pour 540 millions d'euros. En Premier League, seuls trois clubs ont dépensé moins que ce qu'ils ont perçu lors de ce mercato : Southampton (+46 millions d'euros), Chelsea (+1,4 million d'euros) et Tottenham (+ 8 millions d'euros). C'est donc en Angleterre que cela se passe. Pour preuve : Jorge Mendes, le baromètre du mercato, l'a bien compris. Si les Anglais achètent plus, ce n'est évidemment pas par amour, mais parce qu'ils sont plus riches. C'est le cas des clubs du ventre mou qui, notamment à l'aide des droits télés, brassent une manne financière très largement supérieure à des équipes de leur standing dans d'autres pays. À titre d'exemple, Lille, troisième de la dernière saison de Ligue 1, affiche un budget de 65 millions d'euros pour l'exercice à venir. C'est le cinquième budget de Ligue 1, mais c'est autant que celui du promu Burnley, le plus petit de Premier League. Championnat le plus vendeur, la Premier League a, en 2013-2014, permis à ses 20 clubs de se partager un gâteau de plus de 1,8 milliard d'euros, entre une part fixe et des variables selon les résultats obtenus ou le nombre de matchs diffusés. À titre d'exemple, la lanterne rouge Cardiff City a récolté 75 millions d'euros quand le Paris Saint-Germain en a ramassé 44 millions d'euros. Une différence colossale, mais logique quand on sait qu'avec 12,3 millions de spectateurs (source cabinet Sport+Mark) en moyenne, un match de Premier League rassemble plus de téléspectateurs qu'une partie de Serie A, de Liga et de Bundesliga réunies. Ces sommes astronomiques rapportées par les droits TV permettent donc aux clubs du « ventre mou » d'être bien plus puissants financièrement que des équipes du même calibre (et même du calibre légèrement supérieur) dans les autres championnats.

Salaire plus forts et stade remplis


Cette domination cathodique n'est pas la seule mainmise de la Premier League sur le monde du football. L'ère de la PL toute puissante, c'est aussi l'ère du football marketing. Selon le rapport annuel « Football Money League » du cabinet Deloitte, les revenus commerciaux annuels du championnat anglais ont augmenté de 21% lors de la saison 2012-2013 et pourraient avoisiner 3,7 milliards à l'issue de la saison passée. Dans le classement des clubs qui ont engendré le plus de revenus, on ne trouve pas forcément les écuries auxquelles on pense. On trouve Newcastle à la 25e place ou encore West Ham à la 29e position. Des revenus qui permettent aux équipes du milieu de tableau de faire exploser leur masse salariale et d'offrir aux joueurs de France et de Navarre des contrats que certaines équipes du top niveau européen pourraient à peine payer. Oui, ces clubs attirent grâce à l'argent qu'ils proposent. Dans l'histoire de la Premier League, il n'y a pas de limite individuelle ou collective des salaires. Aujourd'hui, le salaire moyen d'un joueur de Premier League est de 1,8 million d'euros brut par an, soit 150 000 euros brut par mois contre 45 000 euros brut par mois en France. Le tout, avec un taux d'imposition inférieur ou proche de 40%, plus profitable qu'en Italie (46,4%), en Espagne (47,5), et en Allemagne (56%). Plus de sous donc, mais aussi plus de ferveur, un détail qui compte pour beaucoup de footballeurs. Suffisant pour convaincre des joueurs comme Enner Valencia (West Ham), Abel Hernández (Hull City), Sadio Mané (Southampton) ou Carlos Sánchez (Aston Villa). Des joueurs qui n'auraient pas fait tache ailleurs. Dans le classement des 30 plus grosses affluences mondiales, tous sports confondus, figurent cinq clubs de football anglais. Le taux de remplissage de West Ham est de 99,9%, celui de Leicester de 97,2, celui des Queens Park Rangers, 95,8. C'est plus que Paris (94,2%), que Saint-Étienne (83%), Marseille (81,9%) ou Montpellier (44,4%). Celui de Stoke City ? 99,1%. C'est à peu près le même que l'Alexandra Palace de Londres quand Phil Taylor a soulevé son quatorzième titre de champion du monde de darts. Foutue passion.

Par Swann Borsellino et Victor Le Grand
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