Quand le Mexique fait ses courses en Espagne

À l'instar du Brésil, qui commence à modestement renverser les termes de l'échange en achetant de la star européenne, le Mexique fait, lui, son marché en Liga. Ainsi, Tamudo, l'ex-idole de l'Espanyol, Perea de l'Atlético ou Luis García de Saragosse viennent de débarquer en terre aztèque, et pas forcément pour gagner moins. Déchiffrage de cet exode d'un nouveau genre.

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La liste ne cesse de s'allonger. Alors que le tournoi d'ouverture mexicain va reprendre vendredi prochain, ils sont à présent six joueurs à avoir décidé de quitter la Liga BBVA pour rejoindre la Liga MX, appellation flambant neuve du championnat aztèque. Le plus célèbre de ces transférés se nomme Raúl Tamudo, ex-idole de l'Espanyol Barcelone, recruté par Pachuca. Si Tamudo, arraché au Rayo Vallecano, n'a pas débuté la moitié des matches comme titulaire la saison dernière, on parle tout de même d'un joueur qui pèse encore neuf buts en Liga. Autrement dit, d'un employé au salaire conséquent. Dans la foulée, le meilleur club mexicain de la première décennie du XXIe siècle, désormais entraîné par Hugo Sánchez, a enregistré l'arrivée du défenseur paraguayen Paulo da Silva, 32 ans, qui avait contribué la saison dernière à sauver le FC Saragosse.

Surprenants, ces deux beaux coups de Pachuca pouvaient toutefois être rattachés à une certaine tradition. Pour Tamudo, celle des joueurs espagnols partis monnayer leur fin de carrière chez l'ex-colonisé, même si l'attaquant assure qu'il n'est « pas venu en vacances » . Au cœur des années 90, le championnat aztèque avait ainsi accueilli les jambes fatiguées de Butragueño, Michel et Bakero. Quant à Da Silva, il réalise le parcours classique du Sud-Américain pour qui le Mexique a fonctionné comme un tremplin vers l'Europe (six années passées à Toluca, avant de s'engager avec Sunderland, Ndlr) et qui revient, passé la trentaine, dans un pays où sa cote locale lui assure des revenus confortables. Confer César Delgado, ex-idole de Cruz Azul, désormais aux Rayados Monterrey.

Les exemples de Crosas et García

Continuer de dérouler la liste des joueurs en provenance de la Liga BBVA aboutit toutefois à comprendre que la raison numéro un de l'inversement du flux migratoire entre ex-colonisé et ex-colon est liée à la conjoncture actuelle, autrement dit, à la situation économique critique de l'Espagne et de la grande majorité de ses clubs. Alors que les institutions ibériques peinent à boucler leur budget, au Mexique, la majorité des équipes sont adossées à de grands groupes (cimentiers, brasseurs, géants de l'audiovisuel..., Ndlr), et la création de la Liga MX, nouveau nom du championnat aztèque, a conduit la quasi-totalité des clubs à gonfler leur enveloppe dédiée au recrutement. Les Monarcos Morelia, qui ont repêché l'Équatorien Jefferson Montero, titulaire au Betis Séville, sont ainsi détenus par TV Azteca, groupe qui se partage les téléspectateurs mexicains avec Televisa.

Selon Heriberto Morales, directeur sportif du club, Montero, 22 ans, était pourtant désiré par des clubs comme Levante, Wolfsburg et le Betis, qui comptait acheter le joueur que lui avait prêté Villarreal. « Le faire venir au Mexique n'a pas été facile, explique Morales, mais on lui a assuré qu'il pourrait repartir en Europe après la Coupe du monde, et, surtout, il a multiplié son salaire par deux en signant chez nous. » Un chiffre qui ne peut que rappeler le cri de détresse lancé en 2011 par José María del Nido, président du FC Séville, pour qui la Liga est devenu « un championnat tiers-mondiste dans lequel deux club dérobent l’argent de la télévision aux autres participants » .

Des salaires de 30 à 150 000 euros

Au Mexique, si la pauvreté est un mal endémique, son football de haut niveau est, lui, loin de se serrer la ceinture. Les joueurs les plus prisés peuvent ainsi toucher jusque 150 000 euros, tandis qu'un élément médiocre peut facilement ramasser 30 000 euros. Une coquette somme que les impôts ne ponctionnent que très modestement. De quoi être tenté par un exode à Monterrey, Mexico ou Cancún, le siège d'Atlante. Un choix effectué par Luis Perea, l'ex-pilier de la défense perméable de l'Atlético Madrid, acheté cet été par Cruz Azul. Luis García Fernández a, lui, préféré partir d'un Saragosse qui peine à payer ses joueurs, pour s'engager chez les prospères Tigres de Monterrey. Enfin, le milieu offensif Valdo, titulaire avec Levante, la grande surprise du dernier exercice, devrait s'engager dans les prochaines heures avec Atlante. Ses sept buts inscrits en 2011-2012 indiquent qu'à 31 ans, l'Espagnol originaire du Cap-Vert est loin d'être un joueur sur le déclin. Ou quand le Mexique pille les richesses de l'Espagne ...

Mais s'il ne s'agissait que d'argent, Tamudo, García et consorts auraient toutefois pu tourner les talons devant les offres mexicaines et leur préférer des devises chinoises ou qataries. La proximité culturelle doit alors être considérée comme une autre clé expliquant cet exode vers la patrie de Zapata : partage d'une même langue et d'un même goût pour le jeu au sol et les passes courtes. De quoi se sentir rapidement dans son élément. Arrivé en 2011 à Puebla, en pionnier, l'ex de Liverpool et de l'Atlético Luis García a ainsi été immédiatement conquis et ne cesse de faire l'éloge du championnat mexicain. Une compétition relevée, mais pas au point, non plus, de remettre en cause la place de titulaire de l'attaquant ibérique, recruté à l'inter-saison par les Pumas. Sacré champion en juin dernier, au terme de sa première saison avec Santos Laguna, Marc Crosas a, lui aussi, été séduit par le football sauce piquante. Comme Luis García, il a ainsi joué un rôle dans la venue de ses compatriotes et des latinos en provenance de la Liga BBVA. Son action : les rassurer sur la qualité de vie au Mexique, devenu un pays synonyme de violence à l'international. Bonnes références données par les exilés, salaires aguicheurs et porte de sortie de crise bien fermée en Espagne : tout semble indiquer que les clubs aztèques devraient continuer à se fournir chez leurs homologues ibériques. Et que la Liga MX, qui débute ce vendredi soir, devrait être de plus en plus suivie à Madrid, Séville ou Saragosse...

Par Thomas Goubin, à Guadalajara
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Fußballgott Niveau : DHR
Un juste retour des choses.
Socissmergez Niveau : Loisir
"le meilleur club mexicain de la première décennie du XXIe siècle" Sérieusement, vous parlez bien de Pachuca?!
Socissmergez Niveau : Loisir
"Thomas Goubin, à Guadalajara" Pour faire suite à mon précédent commentaire, le club le plus titré: Chivas ou Pachuca? Etant sur place, tu trouveras des réponses rapidement.
J'ai noté le même phénomène en ligue 1 avec l'Afrique, le championnat d'Algérie plus particulièrement.
"Adossés à de grands groupes"

A quand le Tijuana Cartel FC ?
Ils auraient assurément les moyens de faire un joli mercato...
En plus, ils n'auraient pas de mal à trouver un coach, vu que Maradona est libre depuis peu...
ReynaldPedros Niveau : DHR
Je n'aurais qu'une question : ce championnat vaut-il la peine, pour un joueur qui s'exile, de chier* du sang à chaque fois qu'il va au restaurant ?
saucissonbière Niveau : CFA2
Est-ce qu'il s'agit d'une mode ou bien au contraire d'une tendance appelée à durer?

Je me pose la question. Parce que niveau médiatisation, quoiqu'on en dise, les "nouveaux [championnats] riches" restent derrière l'Europe. Pour le moment. Donc, l'intérêt est encore limité pour les joueurs.

Tu me diras, Conca, ça l'a pas empêché de se barrer en Chine.
SocissMerguez : j'ai écrit club le plus titré de la première décennie du "XXIe siècle". Pachuca : quatre titres de champion (2001, 2003, Clausura 2006, 2007), 3 Ligues des champions de la CONCACAF, vainqueur de la Copa Sudamericana (2006)
Chivas ? Un titre de champion (Apertura 2006).
Après, depuis les débuts de l'ère pro, les Chivas sont bien le club à cumuler le plus de titre de champion(11), mais dix ont été remportés au XXe siècle.

Calmos : le Tijuana Cartel FC n'est pas loin d'exister, le club se nomme Xolos Tijuana, et a été créé par un homme d'affaires et politique sulfureux, notamment suspecté de blanchiment par la DEA. Les Xolos sont montés en première division l'an dernier, et ils pourraient devenir une valeur sûre du football aztèque dans les prochaines années.
Joli billet de TG. Même si la situation sociale du pays, c'est motus. Peut-être que nos médias exagèrent la situation, ou que le petit monde du foot mexicain est épargné ?

En tous cas, les histoires de "club de coeur" ou de "grand club", à l'heure de la mondialisation et du foot-buisness, voilà.
Guardiola aussi a fait un petit tour au mexique pour finir sa carrière, ça avait d'ailleurs été pas mal critiqué à l'époque.
C'est un peu ridicule cet adjectif "aztèque". C'est comme si on parlait du championnat "gaulois". Enfin, c un détail et une question de point de vue, bien sûr.
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