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Quand le Chili et le Pérou ne formaient qu'une sélection

Entre octobre 1933 et janvier 1934, une sélection nommée « All Pacific » composée de Chiliens et de Péruviens parcourt l'Europe pour une tournée dans dix pays. L'intention diplomatique se transforme vite en calvaire pour les joueurs. Entre l'Allemagne d'Hitler et des humiliations face au Real et au Barça.

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Tous les moyens sont bons pour enterrer la hache de guerre. La guerre du Pacifique, qui opposait le Chili au Pérou (et son allié bolivien), est terminée depuis presque cinquante ans quand les premiers efforts diplomatiques sont entrepris. C'est seulement en 1925 et 1929 que des traités sont signés pour cicatriser les blessures laissées par le conflit. Le football servira à réunir le Chili et le Pérou. En 1928, le Santiago Football Club est la première équipe à se présenter pour un match à Lima : les joueurs chiliens entrent sur le terrain avec des drapeaux péruviens et des rameaux de fleurs. Un mois plus tard, l'Atlético Chalaco rend la pareille, en affrontant Colo-Colo à Santiago. Il n'en faut pas plus pour Walter Sanhueza, président du club « albo » , pour se réveiller avec une brillante idée, lors d'une tournée au Pérou en 1933 : former une sélection binationale et parcourir l'Europe. L'organisation sera confiée à Jack Gubbins, entrepreneur péruvio-irlandais, et à son frère Reynaldo. Dix-sept Péruviens et quatre joueurs chiliens embarquent sur le navire l'Alkmaar. La sélection All Pacific (ou Combiné du Pacifique) est née.

Voyage épique et défaite écrasante


L'équipe s'amuse et écrase tous les clubs péruviens pour la première étape de la tournée. La sélection qui porte un maillot blanc avec les deux drapeaux se joue aussi des équipes de Panama et de Curaçao, lors du passage du bateau dans les eaux de la mer des Caraïbes. Puis seize jours de calvaire attendent le Combiné du Pacifique, qui doit rejoindre Liverpool. De l'autre coté de l'océan Atlantique, un calendrier très chargé a été concocté par un entrepreneur plutôt vénal. Lors de la traversée de l'Océan, le Péruvien Luis de Souza Ferreyra souffre d'une appendicite. Évidemment, aucun médecin n'est présent à bord. Le journal quotidien tenu par le Chilien Roberto Luco raconte : « 19 septembre : Souza est toujours malade. Personne ne sait ce qu'il a. 22 septembre : Nous avons froid et faim. On a essayé tous les remèdes pour Souza, mais rien ne fonctionne. 24 septembre : On ne sait pas quoi faire de Souza. Il est en grand danger. On aimerait que le bateau vole, mais il manque encore trois jours pour arriver en Angleterre. » , cite The Clinic, journal satirique chilien.

Souza sera opéré lors de l'arrivée au port de Liverpool, mais devra abandonner la tournée. La fête peut alors commencer. Sur les bords de la Mersey, puis en Irlande, les All Pacific seront reçus en grande pompe par les gouvernements respectifs. Le premier match a lieu à Dublin. Devant 35 000 personnes, le combiné des deux anciens belligérants fait match nul (1-1) contre les Bohemians. L'enthousiasme du public donne des idées à Jack Gubbins. L'entrepreneur organise de plus en plus de rencontres. Le quatrième jour, la sélection joue son troisième match contre le Celtic Galsgow, perdu sur le score de 2-1. Au Royaume-Uni, le Combinado del Pacífico n'obtiendra aucune victoire. Mais la presse anglo-saxonne notera chez les footballeurs sud-américains « une technique exquise, un abus de passes courtes et surtout un étrange refus de frapper de l'extérieur de la surface. » Après que son club a giflé la sélection (6-1), le président de Newcastle reçoit les joueurs dans un hôtel luxueux : « J'ai apprécié le football sud-américain, plein d'élégance et de malice. Si vous le complétez avec des frappes, les buts et les victoires arriveront » déclare-t-il dans son discours, repris par The Clinic.

Hitler, le Real et le Barça


La prochaine étape a lieu en Allemagne après un long voyage en train depuis la Tchécoslovaquie. Les blessures et le manque de repos frappent le groupe. Surtout, les Péruviens et Chiliens se plaignent du mauvais état des terrains en Europe, et de la « tenue des matchs même en temps de fortes pluies ou de tempêtes  » . Les All Pacific croient bénéficier d'un jour de repos quand la neige vient empêcher le déroulement de la rencontre face au Bayern Munich. Mais après le déjeuner, l'équipe est convoquée d'urgence : six mille personnes sont déjà présentes dans les travées du stade pour assister à la rencontre entre le club plus tard démantelé pour être « l'équipe des juifs » et le combiné latino. Les joueurs seront reçus par Adolf Hitler après la défaite (2-1) face au Bayern. Eduardo Schneeberger, Chilien d'ascendance allemande, surnommé « le tas de lettres » , sera même ciblé par le Führer pour rejoindre les rangs de l'armée allemande et du Hertha Berlin.


Conscients de la fatigue des joueurs, l'organisateur de la tournée et son frère prévoient quelques jours de repos à Nice. Une belle surprise qui cache la future humiliation en Espagne. Reynaldo Gubbins, qui a profité de cette tournée pour annoncer sa candidature à la présidence du Pérou, programme deux matchs le même jour : l'un face au Real Madrid, l'autre contre le FC Barcelone. Contraint de se séparer en deux (et de recruter au dernier moment deux Français et un Autrichien), le Combinado perd 4-1 face au Barça, et 10-1 contre l'équipe de la capitale espagnole. Scandale en Amérique du Sud : la Fédération péruvienne charge l'organisation de la tournée et « son ambition commerciale qui a causé un désastre » . La fédé consulte même la FIFA et demande le retour de ses représentants, puis fait marche arrière. Les All Pacific célèbrent le nouvel an à Cadix et jouent seize matchs de plus en Espagne face à des équipes plus faibles, pour améliorer le rendement de l'équipe. Des conflits internes explosent entre Chiliens et Péruviens qui demandent la fin de la tournée. Finalement, le 18 février 1924, après 39 matchs dans dix pays (pour un bilan parfait de 13 victoires, 13 matchs nuls et 13 défaites), la sélection embarque sur le bateau « Virgilio » . Le 7 mars, le Combinado del Pacífico arrive au port de Callao, au Pérou. Avant de rejoindre leur capitale, les Chiliens Luco, Montero et Schneeberger déclarent : « Les Péruviens se sont bien comportés avec nous. » L'ambiance risque d'être moins cordiale ce soir, à Santiago.

Par Ruben Curiel, à Santiago de Chile
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