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Quand le Bernabéu se mue en centre des affaires

Mise sur le devant de la scène à la suite des déclarations incendiaires de Gerard Piqué, la loge d’honneur du Santiago Bernabéu nourrit de nombreux fantasmes. Et à en croire le profil des puissants qui garnissent cette tribune présidentielle, difficile de donner tort au central blaugrana. N’est-ce pas Florentino ?

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Les guerres intestines entre Merengues et Blaugrana font partie du passé. Mieux, la Roja retrouve de sa superbe après un Mondial brésilien et un Euro français ratés. Pourtant, au soir d’un succès convaincant face aux Bleus (0-2), Gerard Piqué ne peut s’empêcher de découper à la machette le Real Madrid. « Je n’ai rien contre les joueurs du Real Madrid, évacue-t-il d’emblée dans les coursives du Stade de France avant de se reprendre. Ce sont d’autres choses qui ne me plaisent pas dans ce club. Je n’aime pas voir dans la loge d’honneur du Bernabéu la personne qui attaque Messi et Neymar. Je n’aime pas voir dans le public de Madrid les personnes qui tirent les ficelles dans ce pays. Je n’aime les valeurs que ce club transmet. » Obsessionnel à l’heure d’évoquer l’ennemi madrilène, le Catalan reçoit en retour quolibets et moqueries de la part des joueurs et dirigeants castillans. Un retour de bâton prévisible qui, néanmoins, n’enlève rien à la véracité des propos du Blaugrana. Car oui, depuis la prise de pouvoir de Florentino Pérez, la loge d’honneur du Santiago Bernabéu se révèle être l’un des centres de décisions les plus influents d’Espagne.

Santiago Bernabéu et l’indépendance du Real


Le sujet, rarement évoqué par les médias d’outre-Pyrénées, n’en demeure pas moins brûlant. Pour ainsi dire, aucun des principaux journaux du pays, du très partisan Marca au généraliste El Pais, ne s’égare à évoquer le pouvoir de la tribune présidentielle du Santiago Bernabéu. Ce qui n’est pas le cas du très sérieux site El Confidencial qui, en enquêtant sur le très juteux business de Florentino Pérez, s’est retrouvé interdit d’entrée au stade et d’accréditation pour les rencontres merengues. « Les journaux ne veulent pas mettre noir su blanc les actes honteux du tout-puissant président du Real Madrid, entame Nacho Cardero, journaliste blacklisté dudit site d’informations. La majorité de la presse est contrainte par Florentino Pérez. Si un journaliste ne veut pas écrire ce que dicte le président du Real, il prend le risque de pointer d’ici peu au Pôle emploi.  » Rien d’étonnant, donc, à ne voir aucun gratte-papier relancer le président blanc lors de sa dernière conférence de presse. Face au tout-puissant PDG d’ACS, société de construction qui compte 110 000 employés et engendre 16 milliards d’euros annuels, l’omerta est de rigueur.


Pourtant, le stade Santiago Bernabéu n’a pas toujours ressemblé à cette zone d’influence. Ce que détaille un ancien employé du club sous couvert d’anonymat au Confidencial : « Dans l’ancienne loge d’honneur, il ne se passait rien d’équivalent à ce qui se passe actuellement. Santiago Bernabéu ne consentait pas que l’on évoque les affaires dans sa tribune. » Pour preuve, le mythique président du Real déclarait au milieu des années 70 que « si le Real ne fait pas appel à des millionnaires et des politiciens, c’est le meilleur exposant de sa force. Les problèmes arriveront le jour où le Real sera mal administré et son économie très détériorée. Alors, il faudra amener un homme d’argent ou de la politique pour qu’avec ses millions ou son influence, il apporte les solutions. Le problème, c’est que cette personne voudra s’approprier le club.  » Ce jour intervient en 1998, lorsque après des années de mauvaise gestion de Lorenzo Sanz, Florentino Pérez prend les commandes du club. Dès lors, le politicien frustré et géant du BTP convertit la loge d’honneur de l’antre madridista en la plus grosse zone d’influence d’Espagne.

Florentino Pérez et son « obsession des invités »


« Florentino Pérez a réussi à transformer la tribune présidentielle en une "super-tribune" dans laquelle son obsession est d’inviter des banquiers, des chefs d’entreprise, des diplomates, des syndicalistes, des politiques, enchaîne cette fois un ancien dirigeant du Real, toujours cité par El Confidencial. Avec toutes ces personnes, il veut s’ouvrir les portes des cinq continents pour réaliser d’importantes infrastructures de construction avec sa société ACS. » Idem, il profite de chaque fin de match pour descendre dans les vestiaires avec les enfants de ses invités de luxe.


Une manière comme une autre d’amadouer ses proies, et qu’importe que cela déplaise aux joueurs et au staff technique. De fait, Florentino Pérez se veut chef d’orchestre de sa tribune. Il y installe ses hôtes, les gave des meilleurs mets madrilènes et y décide les plus gros contrats de sa société de BTP. Le tout aux frais du Real Madrid, bien entendu. Légal, mais contraire à l’éthique et ses propres propos, le système de Florentino Pérez est un mélange des genres qui n’étonne plus personne. Sauf les vierges effarouchées qui crient au scandale lorsque la grande gouaille de Gerard Piqué s’en fait l’écho.

Par Robin Delorme
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