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Quand le Benito-Villamarin mettait à la retraite Di Stéfano et Puskás

Amis inséparables et buteurs hors pair, la Saeta Rubia et le Comandante Galopante ont connu une fin similaire. En l’intervalle de sept jours, le milieu de l’Espanyol et le vétéran du Real Madrid ont rangé leurs crampons sur la pelouse sévillane du Benito-Villamarin. Récit d’une folle semaine.

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Pour de nombreux Madridistas, la carrière de joueur d’Alfredo Di Stéfano prend fin un certain 27 mai 1964. Homme des grandes occasions, la Saeta Rubia quitte sa Maison Blanche sur une défaite en finale de la Coupe d’Europe. Un sec revers face à l’Inter, qui presse Santiago Bernabéu, président blanc, à ne pas prolonger son Argentin. La fin d’une idylle entamée en 1953, jonchée de cinq C1 consécutives et marquée par 307 pions, qui n’officialise pourtant pas sa retraite. Pour sûr, deux ans durant, Di Stéfano se ballade sur les prés espagnols avec la liquette de l’Espanyol Barcelone. Ce, jusqu’au 1er mai 1966, lorsque ses Pericos s’inclinent lors de leur huitième de finale retour de Copa de S.E. El Generalisimo sur la pelouse du Benito-Villamarin, enceinte du Betis Séville. Une semaine plus tard, c’est au tour de son « ami et crack » , aka Ferenc Puskás, de ranger les crampons à la suite d'une défaite dans ce même stade en quart de cette même Coupe. Un hasard de l’histoire qui étonne et détonne, puisque, lors de cette même saison, les Beticos descendent en seconde division. Retour sur deux semaines andalouses qui marquent la fin d’une époque blanche.

Un coach sauteur en hauteur et sélectionneur de rink-hockey


Bien avant ces deux épisodes, le Betis pagaye à contre-courant. Relégable à la veille du dernier opus de Liga, il se déplace chez son voisin de Málaga pour un bouillant derby. Ces retrouvailles andalouses du 3 avril 1966, les Beticos les entament pied au plancher. Rapidement aux commandes, ils se savent provisoirement sauvés. Un espoir qui dure le temps de la rencontre, excepté le temps additionnel. Au 93e tour de cadran, Ontiñano décide de pointer le bout de son pied et enterre par là même tout espoir de maintien adverse en égalisant. Cerise sur la descente, l’action est polémique : José Plaza, arbitre sulfureux, ne sanctionne pas deux fautes évidentes, ce qui pousse Eusébio Ríos, en bon capitaine sévillan, à le soulever par le col. Rien n’y fait, le Betis s’apprête à évoluer en Segunda Division. Dans une Espagne du football qui, elle aussi, rame en sens inverse, la fin de la Liga siffle le coup d’envoi de la Coupe. « Une chance » , selon Ernesto Pons, entraîneur atypique du Betis, « pour relever la tête et aller loin. » Recordman espagnol du saut en hauteur et ancien sélectionneur de la Roja du rink-hockey, il est considéré comme un savant de la préparation physique.


Un atout dont le Real Betis profite dès le week-end suivant et une entrée en lice dans la Copa de S.E. El Generalisimo contre un autre Real, d’Oviedo. Les seizièmes de finale s’annoncent, eux, plus corsés. Face aux Andalous, l’Espanyol Barcelone d’un certain Alfredo Di Stéfano s’annonce comme un adversaire des plus coriaces. Le match aller, disputé au stade de Sarria (en 1997, pour faire face à une dette abyssale, la direction barcelonaise décide de le détruire pour en revendre les terrains), en atteste. La Saeta Rubia, désormais milieu tout terrain, inscrit même le second pion des Pericos d’une minasse lointaine. La courte défaite (2-1) n’annihile en rien les espoirs sévillans. Au retour, le 1er mai 1966, le Benito-Villamarin, rempli ras la gueule, se gargarise des déboires des Perruches, sifflées 4-0. Selon la chronique de Borbujo, journaliste de Marca qui le note d’un 1, « Di Stéfano, toujours trop en retrait, a mal joué. Il a été mangé par la rapidité endiablée de la jeunesse sévillane » . Emblème de ce juvénile Betis, Quino, double buteur et au marquage de Di Stéfano, se rappelle d’un vis-à-vis « plus qu’impressionnant » . Et désormais à la retraite.

« C’est une ombre à laquelle il ne reste que les tripes »


Ferenc Puskás, pour sa part, retrouve le Betis Séville le 8 mai. Lors du quart de finale aller, disputé sur la pelouse du Benito-Villamarin, il est aligné d’entrée : un mauvais présage puisque, trois jours plus tard, le Real Madrid joue la finale de la Coupe d’Europe. Pis, Muñoz, alors entraîneur madridista, s’envole pour Bruxelles, siège de la finale européenne, avec tous ses titulaires, laissant les seconds couteaux aux mains de son adjoint, Moleiro. Valeureux mais défaits, les habituels remplaçants merengues repartent de Séville avec un 2-3 dans la musette. Le Hongrois, lui, repart avec une note de 0 de la part du même gratte-papier de Marca : « C’est une ombre à laquelle il ne reste que les tripes. » À tout juste un an de ses 40 bougies, il vient de disputer là sa dernière rencontre puisqu’il assiste depuis les tribunes à la Sexta et à la manche retour de ces quarts. Un retour que les Beticos arrachent au bout du bout de la prolongation - la formule de l'époque ne comprenant pas de tirs au but, les périodes de dix minutes s’enchaînent jusqu’au but d’une des équipes. Pour rien, ou presque, puisqu’ils sont battus en demi-finale par l’Athletic Bilbao.



Par Robin Delorme, à Madrid
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