Quand le Bayern dépense, dépense, dépense...

Pour la modique somme de 15 millions d'euros par an, Thomas Müller devrait continuer à porter les couleurs du Bayern Munich. Mais alors que la prolongation de contrat de son joueur phare est sur le point d'être entérinée, le Bayern se retrouve pris au piège de ses idéaux. Toujours premier pour faire la morale aux autres clubs qui proposent des salaires mirobolants à certains joueurs, l’ogre munichois se retrouve à faire ce qu'il a longtemps dénoncé.

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Personne n'a jamais vraiment cru à un départ de Thomas Müller vers Manchester United l'été dernier. Malgré l'offre de près de 120 millions d'euros formulée par Louis van Gaal et ses copains, la probabilité que l'homme fort du Bayern parte faire un tour dans le Nord de l'Angleterre semblait plus que réduite. Attaché à son club et à sa région, choyé comme une idole, l'attaquant de 26 ans n'avait pas grand intérêt à bouger de sa Bavière natale et le Bayern n'avait lui aucun, mais alors aucun intérêt de le laisser s'en aller vers d'autres contrées. Les 120 millions d'euros, n'importe quel club les aurait pris. Mais le FCB n'est pas n'importe quel club. « Je ne suis pas banquier, mais dirigeant d'un club de foot » , avait rappelé Karl-Heinz Rummenigge au micro de Sport1. « Nous n'avons jamais pensé à vendre Thomas. Certains joueurs n'ont tout simplement pas d'étiquettes sur eux. »

Traduction : Müller est irremplaçable. Alors même s'il n'a jamais vraiment été sur le départ, et même si le Bayern n'a jamais vraiment eu peur qu'il parte, ayant confiance à 100% en la loyauté de son joueur, le club a tout de même décidé de prendre les devants. Il y a quelques jours, une offre de prolongation de contrat a été présentée à Thomas Müller. Selon divers quotidiens allemands, l'attaquant prolongerait jusqu'en 2022 en échange d'une augmentation de salaire conséquente. S'il venait à parapher ce nouveau contrat, Thomas Müller gagnerait 15 millions d'euros par an, contre 8 actuellement. Une somme qui le placerait parmi les joueurs les mieux payés au monde à seulement quelques encablures de Cristiano Ronaldo ou de Lionel Messi. Alors qu'il y a encore quelques années, Rummenigge disait ne pas comprendre les salaires des grands joueurs en Europe et promettait de « revoir » les salaires à la baisse au sein du Bayern Munich, le constat est sans appel : le Bayern fait dorénavant comme tout le monde et Thomas Müller est loin d'être une exception en terres bavaroises.

Les nouveaux riches


Évidemment, Thomas Müller vaut allègrement 15 millions d'euros par an. Déjà parce qu'il est, sans doute avec Neuer et Boateng, un des rares joueurs vraiment indispensables de l'effectif bavarois ; mais aussi (et surtout) parce qu'il est le joueur le plus populaire du Bayern, voire de l'Allemagne toute entière. Son nouveau salaire, il le mériterait autant que Ronaldo ou Messi mérite le leur. « Le football est mon métier, ce n'est pas qu'une passion. Les gens aimeraient qu'on ne fasse ça que pour la passion, mais ce n'est pas vrai, j'ai envie de gagner l'argent que je mérite de gagner » , avait d'ailleurs déclaré assez franchement Thomas Müller au journal Die Welt en octobre dernier. Le problème n'est donc pas tellement que le meilleur joueur allemand touche une telle somme. Non, ce qui fâche dans cette prolongation de contrat mirobolante, c'est ce qu'elle dit du Bayern d'aujourd'hui. S'il n'y a pas si longtemps, le Rekordmeister jurait encore sur tous les toits qu'il ne céderait jamais à la pression financière imposée par les clubs de Premier League, il a depuis légèrement changé d'avis. Certes, le Bayern résiste pour le moment à la tentation de dépenser de façon anarchique sur le marché des transferts. Le transfert le plus élevé de l'histoire du club pour un joueur étranger reste celui de Javi Martínez pour 40 millions d'euros à l'été 2012, tandis que celui pour un joueur allemand reste celui de Mario Götze pour 37 millions d'euros en 2013. L'été dernier, le FCB a dépensé environ 80 millions d'euros sur le marché, mais pas pour un seul joueur, loin de là. Mais là où la propagande bavaroise se casse la gueule, c'est lorsqu'on regarde d'un peu plus près les salaires des joueurs sous contrat avec le géant bavarois.


Le Bayern Munich refuse de communiquer ouvertement sur les salaires que touchent les joueurs. Le peu d'informations circulant sur le sujet proviennent du quotidien Bild qui, malgré sa mauvaise réputation, possède l'avantage d'être très solide concernant le Bayern - ce dernier ayant même été plusieurs fois accusé de filer directement des informations au tabloïd pour faire sa pub. Selon les différents articles parus sur le sujet et non démentis par le FCB, un paquet de joueurs émargent aujourd'hui à 8 millions d'euros (ou plus) par an : Philipp Lahm, Franck Ribéry, Arjen Robben, Manuel Neuer, Robert Lewandowski, Mario Götze, Arturo Vidal, Xabi Alonso et donc Thomas Müller. Si certains d'entre eux voient jouer en leur faveur leur ancienneté ou tout simplement leur niveau de jeu incroyable, d'autres ont plus de mal à justifier un salaire à près de 12 millions d'euros par an (Mario Götze notamment). Depuis deux ans, le Bayern n'a acheté aucun joueur à prix d'or, mais paye ses nouvelles recrues de plus en plus cher. Mehdi Benatia en est le parfait exemple. Au club depuis seulement un an, l'international marocain touche le même salaire que Jérôme Boateng, pourtant titulaire indiscutable depuis 2011. Cette nouvelle politique, pas vraiment en adéquation avec son style économe, le Bayern se garde bien de l'assumer.

Toni Kroos, le dernier sacrifié


Il y a un an et demi, le son de cloche du côté de la Säbener Strasse était le suivant : « Au Bayern, on ne dépasse pas nos limites financières. » Le nouveau DG avait répété ces mots si chers à Uli Hoeness à maintes reprises lorsque le sujet épineux de la prolongation de contrat de Toni Kroos occupait les titres des journaux allemands. À cette époque, le milieu de terrain, titulaire indiscutable au Bayern, que ce soit sous Heynckes ou Guardiola, souhaitait toucher le même salaire que certains de ses coéquipiers. Mais le board, soucieux de ne pas augmenter une masse salariale déjà faramineuse, avait refusé toutes ses propositions. Lui qui envisageait d'obtenir une rémunération autour des 8/10 millions d'euros (soit toujours moins que Mario Götze), s'était vu traiter de « diva » dans la presse par les anciennes gloires du Bayern, mais aussi par les dirigeants actuels.

Pourtant, Toni Kroos ne demandait pas à son club de s'aligner sur les 12 millions d'euros que lui proposait le Real Madrid au même moment, il demandait juste à être payé autant que des mecs qui n'étaient même pas là lorsque le Bayern est allé chercher son triplé. Mais en 2014, le Bayern ne bougeait pas de sa ligne de conduite. Mario Götze était un contre-exemple, une erreur de parcours. Plus jamais le club le mieux géré du monde ne payerait un joueur nouvellement arrivé aussi cher. Les augmentations se feront petit à petit et l'ancienneté au sein du club sera privilégiée. Depuis, Vidal et Alonso sont venus les faire mentir. Au final, Toni Kroos fait figure de dernier sacrifié. S'il était aujourd'hui en train de négocier un nouveau contrat, nul doute que le Bayern lui aurait fait une proposition bien supérieure à celle qu'il avait exigée il y a 18 mois.

Guardiola pour imiter Müller


Thomas Müller ne sera peut-être pas le seul à prolonger cet hiver. Pep Guardiola, dont le contrat se termine à la fin de la saison, doit lui aussi faire un choix, si possible avant fin décembre. Et là encore, le Bayern a frappé fort. Selon Bild et le très sérieux bi-hebdomadaire Kicker, le board aurait préparé une nouvelle offre pour le Catalan. Son prochain salaire pourrait être le même que celui de Thomas Müller. « Pep va évidemment gagner beaucoup d'argent, mais je ne pense pas que ce soit ça qui l'ait vraiment attiré » , avait déclaré Uli Hoeness à la signature de Guardiola en 2013. « Il aurait pu gagner beaucoup d'argent ailleurs » , avait-il ajouté. Si cette affirmation ne peut pas être contredite – il est évident qu'en signant à City, Pep gagnerait encore mieux sa vie – elle peut toutefois être nuancée à la vue de ce qu'il se passe aujourd'hui.

Le Bayern n'augmente pas Pep Guardiola juste pour le féliciter de tout le travail qu'il a accompli ces deux dernières années. Non, le Bayern cherche à augmenter le salaire de son entraîneur pour qu'il reste. Pour la première fois depuis le début de son règne sans partage sur l'Allemagne, le Bayern a peur. Peur de ne pas suivre le rythme dicté par la Premier League, le Barça, le Real ou encore le PSG. Peur de ne pas être assez important et que son excellence sportive ne suffise pas à retenir le meilleur entraîneur du monde ou son joueur emblématique. Le Bayern cède, mais ne l'assume pas encore. Dans un pays où les championnats étrangers ne sont pas très bien vus, le taulier n'arrive pas avouer qu'en un an et demi et trois mercatos, la donne a changé. Même à Munich.

Par Sophie Serbini
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Tu aurais pr
L'auteure tombe dans le piège du story-telling bavarois.. Rassurez-vous, vous n'êtes ni la première ni la dernière.

Orthodoxie budgétaire, tempérance.. D'autres auraient évoqué la grande famille du Bayern, la gestion confiée à d'anciens sportifs.. Sauf qu'il n'y eut jamais là qu'un florilège d'hypocrisies, un miroir aux alouettes..

Fin des années 1970 par exemple, le Bayern était tout bonnement au bord du gouffre financier, politique de transferts et salaires aussi immodérée et absurde que prêtant à bien de légitimes suspicions.

Depuis les années 1960, la plupart des salaires transitent par des comptes suisses, la fraude fiscale est une réalité profonde du Bayern (voire du Land), les chiffres officiels n'ont en fait jamais rien reflété vraiment des coûts de fonctionnement ni de l'attractivité du club.

Quant aux déboires fiscaux de Hoeness, modèle de père-la-vertu et sur ce point très illustratif des postures bavaroises, qui peut sérieusement croire qu'il ne s'agissait là que d'une vulgaire affaire privative et de saucisses? Ce n'est pas faute pourtant qu'aient à l'époque filtré de tout autres chiffres, mais bon, c'est le Bayern..
C'est vrai que ce "miracle bavarois" qu'on prête d'ailleurs à l'ensemble de l'Allemagne où la vertu s'allie à l'efficacité économique est comique.

Ils sont clairement bien meilleurs que nous dans leur gestion économique (notamment parce qu'ils ont eu 10 ans d'avance sur leur gestion) mais c'est surtout grâce au titan Adidas qui a fait couler l'argent à flot ce qui a attiré une tripoté de sponsors dont certains ont été jusqu'à prendre des parts (depuis 2009).
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