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Quand la guerre politique ravageait le kop d'Aix-la-Chapelle

Au kilomètre 142, le peloton traversera Aix-la-Chapelle, terre de l'empereur Charlemagne et berceau d'une vieille équipe qui n'a rien de légendaire. À l'ombre des cadors de la Ruhr, l'Alemannia brille surtout par son record de saisons passées en D2, ses faillites à répétition et l'un des conflits internes les plus violents de ces dernières années. Ou comment une bande de supporters néo-nazis a fini par se payer le scalp de leurs homologues anti-racistes dans l'indifférence générale.

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Nous sommes le 12 janvier 2013. Dans la Ruhr, un froid piquant enveloppe le Flughafenstadion de Cologne. Dans cette modeste enceinte de la métropole rhénane, trois mille courageux ont bravé la rudesse hivernale pour assister à un obscur match de coupe régionale entre le Viktoria Cologne et l'Alemannia Aix-la-Chapelle. La partie s'achève sur un piteux score nul et alors que l'on se dirige vers la séance de tirs au but, l'émotion gagne un petit groupe resté en retrait du reste du parcage. Ce sont les Aachen Ultras, un collectif de supporters créé une quinzaine d'années plus tôt, en 1999. L'émotion les gagne, car ils savent qu'ils vivent leurs derniers instants. Ensuite, le groupe prononcera sa dissolution. La raison ? Impossible de supporter davantage la pression exercée par la faction rivale, la Karlsbande, qui leur rendait la vie impossible depuis plusieurs années.

Apolitisme de façade contre engagement antiraciste

Il ne suffit pas de soutenir le même club pour forcément s'entendre. Beaucoup de supporters hexagonaux peuvent en témoigner, mais rares sont les exemples où un tel degré de violence a été atteint. Pour comprendre, il faut remonter à l'aube de l'an 2000. À l'ombre des mastodontes de la région que sont Dortmund, Schalke ou Mönchengladbach, l'Alemannia ronronne en deuxième division en accumulant les échecs sportifs et les faillites à répétition. La situation est tellement critique que les joueurs en viennent à faire la quête dans la rue pour tenter de récolter des fonds pour le club, tandis que Jörg Schmadtke (aujourd'hui à Cologne) propose ses services de directeur sportif par voie de presse. Autant dire que dans une telle galère, la création d'un groupe ultra est loin d'être une priorité.

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Pourtant, les Aachen Ultras naissent la même année, sous la forme d'un groupe semi-hooligan, adepte de fights organisées dans les bois alentours ou en tribune. L'usage répété de violences physiques et verbales leur attire les foudres des supporters plus classiques qui voient d'un mauvais œil ces jeunes fauteurs de troubles. En 2006, la question politique conduit le groupe à vivre son grand schisme. On découvre en effet des images de membres des Aachen Ultras portant les couleurs du groupe lors de rassemblements pas ouvertement néo-nazis, mais clairement connotés à l'extrême droite. Un choc pour ceux qui vivaient leur vie de hooligan de manière réellement apolitique. Les responsables du groupe choisissent de lui faire adopter une ligne antirasciste. La situation durera quatre courtes années au cours desquelles le collectif va progressivement se scinder après que les sympathisants de la droite radicale se regroupent sous une nouvelle appellation : la Karlsbande (en français, la bande à Charles, une référence à Charlemagne, qui fait figure de symbole de la ville). De longues années de galère et de solitude s'annoncent alors pour la structure originelle.



De 2010 à 2013, la Karlsbande va progressivement imposer sa loi : celle de la terreur. La proximité avec les milieux néo-nazis est revendiquée et assumée et si les deux groupes continuent de se tenir côte à côte dans le kop, les Aachen Ultras vont progressivement être contraints de s'exiler dans un autre bloc au vu des agressions à répétition dont ils sont victimes. Le temps n'arrange rien à l'affaire. Au contraire, la situation se dégrade progressivement, et l'engagement contre les discriminations des Aachen Ultras leur vaut nombre de critiques négatives venant d'un public qui révèle un visage plutôt conservateur. Aux menaces verbales à l'intérieur du stade du Tivoli se joignent bientôt les agressions physiques en dehors de celui-ci. La Karlsbande n'hésite même pas à tabasser certains rivaux à leur domicile, de telle sorte que marcher seul dans les rues de la ville devient une véritable épreuve en soi.

Le silence tue

Le point de non-retour est atteint lorsque les Aachen Ultras sont attaqués en plein match par une horde fulminante de membres de la Karlsbande. Le bloc est pris d'assaut, les coups pleuvent, on entend hurler « Cassez-vous les juifs ! Vous n'avez rien à foutre à l'Alemannia ! » Un membre du NPD, un parti politique néo-nazi, écrit même à la direction pour lui demander d'interdire le groupe, jugé comme un « parasite » , pratiquant un « extrémisme de gauche » , une expression qui vise à désigner l'engagement mené par les Aachen Ultras contre le racisme, le sexisme ou l'homophobie.

Tout au long de ces années de conflit, la direction du club se sera distinguée par son silence assourdissant et son manque de courage pour intervenir et siffler la fin de la partie. En dehors de quelques phrases plates rappelant que le racisme est un délit et que l'Alemannia ne tolère aucune forme d'intolérance, aucune mesure stricte n'est prise à l'encontre de la Karlsbande. Une passivité qui ressemble à de la complicité, d'autant que la plupart des demandes des Aachen Ultras pour associer leur équipe à des campagnes contre les discriminations sont restées lettres mortes. Du côté des dirigeants, on tente alors de se défendre en rappelant que des interdictions de stade ont été prononcées à l'encontre de fauteurs de troubles après des bagarres survenues en déplacement. Sauf que ces interdictions ne font pas de différence entre victimes et bourreaux. Difficile de se sentir soutenu dans ces cas-là. Le combat des Aachen Ultras contre les discriminations s'est lentement transformé en une lutte pour assurer leur propre survie. Isolés, esseulés, méprisés, la goutte d'eau qui fait déborder le vase tombe un jour de janvier 2013.

Trop tard pour réagir

Retour au Flughafenstadion. Tout au long de la partie, les Aachen Ultras ont tenté un dernier coup d'éclat à travers plusieurs banderoles. « Des chants discriminants ? Jamais entendu. Des nazis au Tivoli ? Jamais vu. Des attaques ? Une invention de la presse. » La Karlsbande elle aussi veut marquer le coup de la disparition du groupe ennemi. Mais pas question de le faire dans la dignité. Quelques membres attaquent une dernière fois le bloc des contestataires à coups de pétards et de barres en PVC et tentent d'arracher les banderoles qui leur sont ouvertement destinées. Sur le pré, l'Alemannia s'est imposée lors de la séance de tirs au but. L'arbitre siffle la fin de la partie, les Aachen Ultras ne sont plus. Dans les gradins, on se prend dans les bras, on remercie les quelque 250 ultras solidaires du défunt collectif, venus spécialement pour l'occasion de toute l'Allemagne. Le gros du parcage, lui, répond aux saluts des joueurs et de l'entraîneur, venus les remercier pour leur soutien. Les sportifs feignent d'ignorer ce qui va advenir d'une partie de leur public. Le sentiment de malaise est total.


« Ils abandonnent et je peux les comprendre » , écrivait Martin Endemann après la rencontre. Pour ce responsable du Bündnis Aktiver Fußball-Fans (BAFF), un collectif national de supporters qui lutte contre les discriminations dans le football, la dissolution des Aachen Ultras s'apparente à « un signal qui fait froid dans le dos : on peut parvenir à ses fins en menaçant, pourchassant et harcelant certains fans. » On ne les reverra plus au stade, dégoûtés de ce trop-plein de maltraitance, dépités de l'absence de soutiens locaux, malgré des messages de solidarité provenant de plusieurs groupes ultras classés à gauche. Quant à la Karlsbande, elle hante toujours le Tivoli et règne plus que jamais sans partage dans le kop.

À la fin de la saison 2012-2013, le club est rétrogradé administrativement par la DNCG allemande et repart une division plus bas, à l'échelon régional – où il évolue toujours. Entre-temps, les campagnes contre le racisme et les autres formes de discriminations ont fleuri peu ou prou et aujourd'hui, l'Alemannia n'est plus qu'une petite équipe de province que l'anonymat menace chaque jour d'engloutir un peu plus. Son stade est une cathédrale dans le désert qui sonne désespérément vide au rythme des rencontres face à des réserves de clubs pros ou des petites villes alentours. Quelque chose de grave s'est produit le 12 janvier 2013. Quelque chose qui aurait pu être évité, si les responsables avaient fait montre de courage. Mais il est trop tard. Et la guerre politique remportée par l'extrême droite n'est pas un point de détail de l'histoire des Jaune et Noir.



Par Julien Duez
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