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Quand Karim avec légitime

Du tout au tout. En l’espace de six mois, Karim Benzema a troqué son statut bancal d’attaquant par défaut du Real Madrid pour celui d’intouchable. Comment ? En retrouvant son poids de forme et, surtout, en faisant ce qu’il fait de mieux : jouer.

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La zone mixte du Santiago Bernabéu est un lieu très politique. Les journalistes présents, dans l’attente des joueurs, y refont le match, soulignent la performance d’untel, regrettent celle d’un autre. Dans le courant du mois de septembre, Karim Benzema était devenu un sujet redondant. Les journalistes de Marca, d’As, de la Cadena Ser ou encore de la Cope insistaient sur le manque d’engagement, les ratés devant le but et les sifflets à l’encontre du Français. À tel point qu’à leurs yeux, Morata était devenu une alternative crédible. Des analyses pas très sérieuses. Ainsi soit-il en Espagne, pays où la presse sportive – hormis quelques exceptions comme El País – suit souvent le sens du vent. Aujourd’hui, et après une grosse dizaine de buts, l’attaquant français est redevenu indiscutable aux yeux de tous. Et ce, malgré la concurrence un iota plus intense de la nouvelle pépite Jesé. Normal, le Rhodanien, après avoir fait le dos rond, a enchaîné les sorties de bon goût et retrouvé son poids de forme. Qu’elles semblent loin les Unes annonçant Luis Suárez et Falcao.

Chouchou de Florentino et Cristiano

Pour revenir aux sources du problème, il y a eu ce fichu mercato. Sans rien demander à personne, Benzema reçoit une pression énorme. Normal lorsque l’on joue pour le Real Madrid. Pour financer le transfert onéreux – euphémisme – de Gareth Bale, Florentino Pérez doit vendre. Higuaín, Callejón, Raúl Albiol se font la malle à Naples, Özil prend, lui, la direction de Londres. Débarrassé de son principal concurrent, il ne lui reste plus que Morata dans les pattes. Facile, en apparence. Car malgré le potentiel minime du jeune Alvaro, les clés du front de l’attaque lui sont laissées. Une situation logique lorsque l’on sait toute l’affection que porte Florentino Pérez au joueur. Et qui prend encore plus de consistance avec le discours d’Ancelotti, et son « projet de jeu basé sur la possession » . Avec son profil technique et passeur, il devient une évidence. Mais pas pour tout le monde. Dès août, le Santiago Bernabéu ne lui pardonne plus ses ratés. Il est pris à partie par une large majorité des aficionados et doit subir les remontrances publiques de Carlito qui ne cesse de rabâcher que « le travail est applaudi » .

De deux choses l’une. Tout d’abord, dans cette configuration, le Real Madrid n’a pas besoin d’un serial buteur à la pointe de son attaque. Personne ne peut cracher sur un Luis Suárez ou un Radamel Falcao, certes. Mais il serait difficile de les faire cohabiter avec la machine Cristiano Ronaldo. Deuxièmement, le nouveau et ancien Ballon d'or est un grand fan de Benzema. Amis dans la vie, KB9 et CR7 s’entendent tout aussi bien sur le pré. Leur relation technique fait des merveilles. Benzema n’hésite pas à participer au jeu, décroche beaucoup, et laisse le champ libre à Cristiano Ronaldo qui est souvent servi sur un plateau. Au début de saison, le problème était le physique du Français, incapable d’enchaîner plusieurs séquences. Pour y remédier, il a suivi un programme drastique. Voulu par Ancelotti et appliqué par Zidane, cette diète lui a fait perdre cinq kilos depuis le début de saison selon les informations du Confidential. De quoi le faire cavaler sur le pré.


Le Stade de France n’y est, presque, pour rien

À ceux qui imaginent que le déclic est venu lors du barrage retour des Bleus face à l’Ukraine, erreur. Il est arrivé un tantinet plus tôt. C’était lors du Clásico. Placé à la surprise générale sur le banc, il fait son entrée en seconde mi-temps. Sur l’un de ses premiers ballons, il martyrise la barre de Víctor Valdés. Sa frappe, un missile sol-air que n’aurait pas renié Cristiano, lui servira de fameux déclencheur. Car en ne trouvant pas le chemin des filets, KB9 a les nerfs. Une rage salvatrice qui le fera redoubler d’effort tout en prouvant à la nébuleuse madrilène qu’il a le niveau. Même topo chez les Bleus, donc. Remplaçant lors du désastre de Kiev, il retrouve une place de titulaire au retour. Son but n’a rien d’esthétique, mais tout de symbolique. Celui qui n’avait pas marqué depuis plus de 1000 minutes, qui ne daignait pas chanter La Marseillaise, qui expliquait que l'équipe de France était un choix de carrière, se mue en sauveur de la mère-patrie. De retour à Madrid, il ne quittera plus le XI de Carlito. À la passe (8 caviars), à la marque (12 cachous), il défend et fait parler sa grinta. Oui, désormais Karim Benzema est ovationné par un Santiago Bernabéu à la mémoire courte. En zone mixte, on n’entend plus parler du Français. Pas de nouvelles, bonne nouvelle.

Par Robin Delorme, à Madrid
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