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Quand Juventus-Roma était déjà décisif pour le Scudetto

Ce soir, au Juventus Stadium, la Juventus, leader, affronte la Roma, deuxième du classement. Au cours de leur histoire, les deux formations se sont souvent affrontées pour le titre. Mais impossible, pour tout tifoso romanista, d'oublier ce Juve-Roma du 6 mai 2001.

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Antonio Conte va, ce soir, vivre une sorte de retour vers le passé. Mais pas forcément un voyage qui va lui rappeler de bons souvenirs. Car un Juventus-Roma décisif dans la lutte pour le titre, Antonio Conte a déjà connu ça. Mais pas en tant que coach. L'actuel entraîneur de la Juve a vécu cela en tant que joueur, lors de la saison 2000-01. À l'époque, il est l'un des piliers de l'équipe façonnée pendant plusieurs années par Lippi, et désormais entraînée par Carlo Ancelotti. Championne d'Italie en 1997 et 1998, la Juve a connu une saison compliquée en 1998-99, puis a abandonné le Scudetto lors de la dernière journée de championnat en 1999-00, lors du désormais célèbre déluge de Perugia. Deux saisons sans titre : c'est déjà trop pour la Vieille Dame, qui veut récupérer son bien. Mais pour ce nouvel exercice, il faut compter sur la Roma de Fabio Capello, impressionnante armada fondée autour de son attaque Totti-Montella-Batistuta. Lors de la 28e journée, la Roma a été tenue en échec par la Lazio, 2-2 (égalisation de Castroman à la 95e minute) et la Juve n'a pas réussi à faire mieux que 1-1 contre Lecce. Au coup d'envoi du Juventus-Roma, choc de la 29e journée, le classement est donc le suivant : Roma 63, Juventus 57, Lazio 56. Pour la Juve, une seule alternative : s'imposer.

Pan : 2-0 en cinq minutes

Touché à la cheville quelques jours auparavant, Antonio Conte débute cette rencontre sur le banc, pour ne pas prendre de risque. C'est donc de la touche qu'il assiste au début de match tonitruant de son équipe. On joue depuis quatre minutes lorsque Zidane est servi sur le côté gauche. Le Français temporise, se remet sur son pied droit, et, avec le touché de balle qu'on lui connaît, délivre une merveille de centre vers Del Piero, qui devance la sortie (à la pêche) d'Antonioli pour marquer de la tête. 1-0. Premier coup de massue sur la tête des Giallorossi. Et ce n'est pas terminé. La Roma remet le ballon au centre du terrain, l'arbitre siffle, les Turinois leur chipent le cuir, partent à toute vitesse vers la surface adverse, Inzaghi décale Zizou, qui contrôle et fusille Antonioli d'une frappe puissante du droit. Le match n'est débuté que depuis cinq minutes, et la Juventus mène déjà 2-0 dans un stadio delle Alpi complètement ivre de bonheur. Un tel début, même le supporter le plus optimiste n'aurait pu l'imaginer.

Le pire (pour la Roma), c'est que la formation turinoise ne semble pas vouloir s'arrêter en si bon chemin. Zambrotta allume un pétard mais ce coup-ci, Antonioli dévie en corner. « Sincèrement, à ce moment-là du match, j'ai eu l'impression que nous étions en mesure de nous imposer 4 ou 5-0, racontera quelques années plus tard Alession Tacchinardi, milieu de terrain juventino. Nous étions habités par une force incroyable, tout marchait. Et puis… » . Et puis, l'orage passe. La Roma pointe enfin le bout de son nez, et se montre vers la surface de van der Sar avec une frappe de Totti. Fin de la domination, le match s'équilibre, et les deux équipes se rendent coup pour coup. Batistuta rate une grosse occasion pour la Roma, tandis que Tacchinardi et Davids se créent eux aussi de sacrées opportunités d'inscrire le troisième but turinois. La première période se termine sur ce score, 2-0. Avec une Juve qui, à ce instant-là de la partie, semble se diriger vers une victoire sereine.

Nakata, deux pétards dans la nuit

Mais en seconde période, la Roma revient avec de nouvelles intentions. Il faut dire que si le score en restait là, la Juventus reviendrait à 3 points de la Louve, avec encore cinq journées à disputer. Pas franchement une très bonne opération pour les Giallorossi. Du coup, Capello passe une soufflante à ses joueurs. Dans le premier quart d'heure de la seconde période, la Roma joue mieux, se crée une occasion par Batistuta, mais la Juve est toujours patronne. Alors, quand on est un grand coach, il faut faire des choix forts. C'est ce que va faire Capello à l'heure de jeu. Il décide de faire sortir Francesco Totti, visiblement dégouté de quitter ses partenaires, et de faire entrer à sa place le Japonais Hidetoshi Nakata. C'est ce qu'on appelle un coup de poker. Et il va s'avérer gagnant. 18 minutes s'écoulent, on joue alors la 78e. Nakata récupère un ballon au milieu de terrain, il avance et déclenche un missile aux abords de la surface. La sphère vient se loger directement dans la lucarne de van der Sar. 2-1, la fin de match est totalement relancée. Ironie : la semaine précédente, la Roma menait 2-0 face à la Lazio, et c'est justement à la 78e minute que Nedvěd a relancé le suspense avec un but magnifique. Et si, sept jours plus tard, l'histoire avait décidé de se répéter, en changeant de camp ? C'est en tout cas ce en quoi les joueurs de Capello se mettent à croire.

En face, Ancelotti tente de répliquer en faisant lançant Antonio Conte en lieu et place de Del Piero. Le message est clair : blinder le milieu. Mais la Roma, après son but, a trouvé de nouvelles ressources. Elle pousse, elle pousse. Arrive la 90e minute. C'est encore Nakata qui est à l'origine de l'action. Le Nippon expédie une nouvelle frappe du droit. Cette fois-ci, van der Sar est sur la trajectoire, mais le portier néerlandais fait n'importe quoi et repousse le tir directement dans les pieds de Montella qui, en acrobatie, la pousse au fond des filets. 2-2. La folie du football. C'est l'épilogue d'un match incroyable, qui offre un demi-Scudetto à la Roma. La Juve repart la queue entre les jambes, bien consciente qu'elle vient de laisser filet une grosse, une énorme opportunité de recoller. De fait, un mois plus tard, les Romains remporteront leur troisième Scudetto, avec 2 points d'avance sur la Juve. Ces deux points qu'ils sont venus chercher au courage, à la 90e minute, ce 6 mai 2001. Près de 13 ans plus tard, il en faudra au moins autant, du courage, pour venir faire un coup au Juventus Stadium. Qui veut jouer le rôle du nouveau Nakata ?

La vidéo du match :
Youtube


Par Eric Maggiori
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JuanSchiaffino Niveau : National
Note : 1
superbe article :-)

Montella, incroyable le nombre de but qu'il claquait ces années là.
JuanSchiaffino Niveau : National
quoique cette saison en particulier n'a pas forcement été la plus prolifique pour lui, il finit avec 13 buts je crois.
C'était sûrement à la Samp qu'il claquait le plus, en fait.
J'ai maté le résumé, quelle ambiance ! Et je me demandais pourquoi Van der Sar n'était resté qu'une saison à la Juve avant de s'enterrer 4 ans à Fulham, alors qu'il était arrivé avec l'étiquette d'un des meilleurs gardiens d'Europe.
Juste pour illustrer une fois de plus les "arrangements" du calcio.
Nakata n'a pu jouer ce match que parce que le règlement sur les étrangers extra-communautaires avait été modifié la semaine précédente, en mode express, par un "commissaire spécial" de la fédération, un dénommé Petrucci qui adore poser avec la maillot de la Roma sur les épaules.
Sans Nakata le résultat aurait peut-être été le même, mais changer le règlement en cours de saison pour son équipe favorite c'est une performance à saluer.
Quand j'ai lu le titre, j'ai cru à un article sur le but de Turone en 81.
Une histoire assez passionnante et très révélatrice d'autres pratiques, tout aussi folkloriques que celle dont parle Trap.
Nom de Zeus, Marty ! Niveau : District
N'empêche que Zebina, il en a joué des grands matchs !
Mamma mia quels effectifs terribles ils possédaient à l'époque! C'était la belle époque ou 80% des stars jouaient en série A, quel régal c'était devant le 90° Minuti du dimanche fin d'aprem!
Mince, Zambrotta et Davids, étaient à un niveau terrible!!
Clair, imaginer qu'ils arrivaient à réunir sur un même terrain Zizou, Davids, Del Piero, Totti, Batistuta, Conte, Van der Sar... La Serie A était vraiment le toit du monde!
Ripaillons Niveau : DHR
Quel match ! Quelle atmosphère ! Quelle ambiance ! Merci E. Maggiori pour cette rétrospective
Llajic qui se rattrape d'un début de saison foireux et qui plante un doublé.
maxlojuventino Niveau : Ligue 1
Quand on se dit que ce soir là le joueur le plus faible sur le terrain s'appelait Van Der Sar, ça pose le niveau...

Ahlala qu'elle me manque cette série A... :(

p.s: j'avais oublié à quel point Zambrotta était fort à son apogée. Un essuie-glace le type!
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