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Quand Gerald Dahan a titularisé Thuram

Le 7 septembre 2005, au matin d’un match décisif entre la France et l’Irlande à Dublin, l’imitateur Gérald Dahan emprunte la voix du président Chirac et réussit à joindre par téléphone Raymond Domenech. En deux temps trois mouvements, il embrouille le sélectionneur des Bleus, puis Zinédine Zidane, et impose Lilian Thuram, pourtant blessé, dans le onze titulaire.

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« J’ai dit à mes potes : allumez la télé et mettez le match. On ne regardera que le début, il va se passer un truc de fou. » Gérald Dahan aime le foot. Il aime aussi l’équipe de France, qu’il est allé voir jouer face à la Suisse, dimanche dernier (0-0). Il a connu le bonheur de 98, et celui de 2000. Mais l’imitateur n’a jamais autant vibré devant un match que lors de cet Irlande-France de septembre 2005, dernier match des éliminatoires à la Coupe du monde 2006. Au terme des 90 minutes de la rencontre, les Bleus décrochaient leur billet pour l’Allemagne. Et c’est peut-être (un tout petit peu) grâce à lui, et à un canular invraisemblable.

« Gérald, il faut que tu me sortes de la merde »


À cette époque-là, Jacques Chirac est hospitalisé au Val-de-Grâce, et une grande opacité entoure l’état de santé du président. Personne ne sait s’il va bien, sauf Gérald Dahan. Depuis une semaine, chaque jour, l’imitateur appelle le professeur Renard, en charge du chef de l’État, en se faisant passer pour Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé. Tous les matins, à 11 heures, Dahan reçoit ainsi un compte-rendu détaillé de l’évolution de l’état de santé de Jacques Chirac. Il en parle à Denis Rostagnat, son directeur d’antenne à Rire & Chansons, qui souhaite diffuser les conversations et annonce, au micro, un énorme canular pour le lendemain. Problème : Gérald Dahan, finalement un peu gêné de sortir au grand jour les infos qu’il a obtenues sur la santé du président, choisit de ne pas diffuser les enregistrements : « Mon chef était effondré. Il avait déjà annoncé à l’antenne un gros truc pour le lendemain et il se retrouvait à poil. Il m’a dit : "Si tu ne fais pas un énorme canular d’ici demain, je perds ma place, c’est sûr. Il faut que tu me sortes de la merde." »


Le lendemain matin, Gérald ouvre son journal daté du 7 septembre 2005. En Une, un Irlande-France qui a lieu le soir même dans le chaudron de Lansdowne Road, Dublin. Un match capital pour les Bleus, obligés de gagner pour s’assurer une place au Mondial allemand. Dahan cherche alors une connerie à faire, et il trouve : « J’appelle l’attaché de presse de la FFF en me faisant passer pour le directeur de cabinet du président. Je lui dit que je suis au chevet de M. Chirac, et qu’il souhaite s’adresser au sélectionneur Raymond Domenech. » Impossible, lui répond-on : l’équipe est en Irlande et en pleine concentration avant son match.

« Raymond, il faut Thuram »


L’imitateur décide alors de forcer le destin et joue le culot à fond, en prenant la voix du président Chirac. En moins de dix minutes, il a Raymond Domenech au bout du fil. Le sélectionneur s’est isolé dans une chambre de l’hôtel des Bleus, pour être certain de bien capter. Commence alors une conversation surréaliste, au cours de laquelle un faux Jacques Chirac va persuader Domenech d’aligner d’entrée de jeu Lilian Thuram, incertain pour ce match après avoir reçu une grosse béquille à la cuisse droite face aux îles Féroé, quelques jours plus tôt. À l’époque du canular, cet extrait de la conversation a été délibérément coupé au montage par Gérald Dahan, craignant qu’il ne décrédibilise trop le sélectionneur.


« - Alors, dites-moi, qui va jouer ce soir ?
- Hé bien monsieur le président, dans les buts, Grégory Coupet. Devant, dans l’axe, on aura Thierry Henry. Au milieu, Makelele…
(Il le coupe) - Et Thuram ? Il joue Thuram ?
- A priori non, monsieur le président. Il est blessé. On va essayer de le préserver.
- Raymond, il faut Thuram. Le moral et l’économie de tout le pays reposent sur vos épaules.
- Monsieur le président… Ce que je peux essayer de faire… C’est de le mettre, et dès que ça ne va pas, je le sors.
- Raymond, il faut Thuram.
 »

Thuram impliqué sur le but


À midi le jour du match, l’humoriste connaît la composition d’équipe. Avec Lilian Thuram en défense. Mais il ne s’arrête pas là, et demande à parler à Zinédine Zidane, capitaine sur le retour. Le numéro 10 est sorti de sa sieste par le staff pour prendre le téléphone. « Il était très touché d’avoir le soutien du président. Je lui ai demandé de me rendre un service qui me ferait le plus grand des plaisirs : au moment de l’hymne national, je voulais que lui et tous les autres joueurs chantent avec une main sur le cœur. Thuram inclus. À ce moment-là, d’un côté, j’ai envie de rire parce que ça commence à prendre des proportions folles et, de l’autre, je suis impressionné, parce que je suis fan de Zidane. J’avais le cœur à 200. J’ai dit "Vive l’équipe de France" et j’ai raccroché. »



Alors que l’heure du match approche, Gérald Dahan arrive chez des copains, pour suivre le coup d’envoi de la rencontre. « Dès l’échauffement, je vois Thuram qui entre en short sur la pelouse. J’étais plié. C’est moi qui l’avais sélectionné ! Et puis arrive le moment des hymnes, on voit Zizou se pencher vers les autres pour leur faire un signe… Je me dis putain, ils vont le faire. Et ils le font, tous. Les joueurs, le staff, Domenech, même certains dans le public. La main sur le cœur. C’était dingue. » Sur le terrain, Thierry Henry envoie les Bleus à la Coupe du monde d’une galette déposée dans la lucarne de Shay Given, à la 68e minute. Sur une action initiée par Lilian Thuram.

La rancune de Domenech, le sourire de Chirac


Finalement, la France a gagné, Dahan a réussi son coup, et Chirac est sorti de l’hôpital. Alors, tout le monde est content, non ? Non : Raymond Domenech garde la supercherie en travers de la gorge : « J’ai recroisé Domenech lors d’une course hippique au profit d’une association pour la lutte contre la maladie d’Alzheimer, il y a 5 ans environ. Il me serre la main, puis il réalise qui je suis, s’arrête et me dit : "C’est dommage qu’on soit en public. Sinon, je ne vous aurais pas tendu ma main, je vous l’aurais mise dans la gueule." Je crois qu’il m’en veut à vie. »



Quant à Thuram, l’imitateur le rencontre au ski, quelque temps après le match. Le défenseur, « cassé de rire » , le remercie, car il tenait absolument à jouer ce match et, jusqu’à l’appel du grand Condor, le médecin refusait qu’il y participe. Justement, Chirac, dans tout ça ? Il est sorti de l’hôpital peu de temps après cette histoire. Dans les semaines suivantes, on lui a présenté Gérald Dahan lors du Salon du livre, porte de Versailles. Le président a pris l’humoriste à part, et lui a raconté cette histoire : « Quand j’ai découvert le canular, et que j’ai compris que les joueurs avaient fait ça pour moi, ça m’a énormément touché. Alors j’ai voulu les appeler, pour les remercier. On m’a passé Raymond Domenech. Je lui ai dit que j’étais le président de la République. Il a fait : "Ah non ! Dahan, pas deux fois", et il m’a raccroché au nez. »

Par Albert Marie
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