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Quand Cruijff s'est planté au Mexique

Tout ce que touche Johan Cruijff ne se transforme pas en or. La preuve ? Sa collaboration conflictuelle et rapidement abrégée, en 2012, avec les Chivas Guadalajara, le club formateur d'El Chicharito.

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Le télé-travail, ou l'avantage donné par les nouvelles technologies de pouvoir travailler tout en restant chez soi. Une réduction du temps et de l'espace dont a profité un moderne sexagénaire hollandais pour tenter de restructurer les Chivas Guadalajara, populaire club mexicain en perte de vitesse. Embauché en février 2012 comme conseiller, alors que les Chivas pointent à la dernière place du championnat, Johan Cruijff viendra se présenter au pays d'Hugo Sánchez en chemise blanche et pantalon en toile, avant de ne revenir se liquéfier sous le soleil mexicain qu'au compte-goutte. La légende hollandaise préfère piloter le projet à distance, depuis son bureau climatisé. Sur place, il installera ses relais. En premier lieu, son gendre Todd Beane, directeur de l'Institut Cruijff, chargé de superviser la bonne avancée du projet, que les dirigeants du club baptiseront pompeusement « futbol total Chivas » . Quatre mois après la signature de son contrat de deux ans, Cruijff installe aussi son « ami » John van't Schip, vainqueur de l'Euro 88 avec les Pays-Bas, et ex-adjoint de Van Basten en sélection. Celui qui officiait comme entraîneur du Melbourne FC débarque au Mexique alors que des noms plus ronflants, comme celui de Frank Rijkaard, avaient circulé. « On le voulait, nous assure Jorge Vergara, le président du club, mais Cruijff nous a présenté Van't Schip comme le nouveau Guardiola, alors que de Pep, il n'a même pas le P. » Quand Cruijff avait été présenté à Guadalajara, Vergara avait pourtant plastronné : « grâce à ce projet, nous voulons atteindre le niveau du Barça, et même être meilleur qu'eux. » Quand l'on sait que les Chivas ont la particularité de n'aligner que des joueurs mexicains, on comprend de suite que le « prési » est un homme qui ne doute de rien. 


« Ils ne respectaient pas notre culture »


Vergara et Cruijff, cette tumultueuse relation à distance a débuté par une rencontre réelle, à Amsterdam. « Cruijff a alors été à deux doigts d'accepter de devenir l'entraîneur des Chivas, mais sa femme n'a pas voulu à cause de ses antécédents cardiaques » assure Vergara. À l'exception de trois rapides aller-retour au Mexique, la légende hollandaise restera finalement au frais, en Europe, pendant que John van't Schip, qui a joué plusieurs années au Genoa, s'adresse à ses joueurs dans un laborieux italo-espagnol. L'entraîneur batave s'entoure toutefois de quelques Mexicains, qui analysent les adversaires des Chivas, et servent, à l'occasion, de traducteurs. Ex-adjoint de Ricardo La Volpe repéré pour donner des cours à l'institut Cruijff de Pachuca, Eduardo Fentanes est l'un d'eux. « On appliquait la méthodologie de Cruijff, nous dit-il, tout se faisait avec le ballon, les joueurs devaient s'habituer à jouer en première intention, ne pas seulement appliquer les exercices mais les comprendre, on jouait en 4-3-3. » Au-delà de l'équipe première, l'ambitieux projet prévoit également une restructuration du centre de formation, l'un des meilleurs du pays mais dont les produits peinent à confirmer en première division. Après Van't Schip, une douzaine d'entraîneurs hollandais débarquent, des spécialistes en « détails » : technique de course, frappe de corner, etc. Entre ces missionnaires du « cruyffisme » et les entraîneurs mexicains du centre de formation, la greffe peine à prendre. Pas à une outrance près, Jorge Vergara va plus loin : « les Hollandais voulaient qu'on mange du pain et du fromage comme eux, qu'on arrête d'écouter de la musique mexicaine, ils n'ont pas respecté notre culture. » Ex-gardien des Chivas, aujourd'hui aux Dorados Sinaloa, Luis Michel se montre moins radical. « On n'a plus eu le droit d'écouter de la musique avant les matchs, c'est vrai, mais ces changements se sont faits de manière respectueuse. »

Un manque de travail humain


Si la structure du club a été chamboulée en quelques mois par les Hollandais, la révolution annoncée ne se produira toutefois jamais. « On était sur le bon chemin, estime Luis Michel, mais on s'attendait à ce que Cruijff soit beaucoup plus présent. » S'il participe à la pré-saison qui se déroule en Espagne, la légende batave
effectue le reste des tâches à distance. Depuis Barcelone, il regarde chaque semaine le match des Chivas, s'occupe de la politique de recrutement, et communique régulièrement avec Van't Schip, mais faute de présence sur place, il ne peut imposer son auguste autorité. « Je crois que l'erreur de Johan est de ne pas avoir travaillé sur l'humain » estime Marcelo Leaño, directeur sportif des Chivas sous Van't Schip. D'autant que Cruijff s'est retrouvé au milieu d'un véritable nid de guêpes. Ses disciples doivent notamment se frotter à Angelica Fuentes, l'épouse de Vergara, qui dirige le secteur administratif sans ne rien comprendre au ballon rond. « Pour Johan, c'est le football en premier, plante Leaño, il ne comprenait pas que vingt-quatre personnes du secteur administratif voyagent pour un match à l'extérieur. » « Dans le même temps, quand on demandait une rallonge pour faire un transfert, on nous disait non » ajoute celui qui avait servi d'intermédiaire entre Cruijff et Vergara. Selon les confessions de Todd Beane, Fuentes, alertée par l'argent dépensé par les Hollandais en entraîneurs et en recrues, a commencé à envoyer l'un de ses inféodés évaluer les rapports de l'équipe hollandaise, et se mêler de la politique de recrutement. Intolérable pour Cruijff. Le début de la fin.

Une huitième place et du racket


Son dernier court séjour au Mexique, l'homme qui a popularisé le numéro 14 l'effectue fin octobre 2012. L'occasion d'assister à l'élimination des Chivas dès la phase de poules de la médiocre Ligue des champions de la CONCACAF, et de voir Vergara s'écharper avec un supporter. « Ce n'est pas l'image qu'on veut donner » commentera-t-il, glacial. Van't Schip sauve toutefois les meubles en terminant la saison à la huitième place, la dernière qualificative pour la Liguilla, les play-offs qui concluent le championnat mexicain. « Ce n'était que le début d'un projet, pour moi on a eu des résultats, défend Fentanes, comme d'avoir fait baisser le taux de graisse, ou d'augmenter notoirement le taux de passe réussi. » « C'était une équipe jeune » ajoute Leaño. Le 4 décembre, la décision tombe : Vergara décide d'abréger le contrat de deux ans, s'estimant plus ou moins victime de racket en bande organisée. Aujourd'hui, le président, qualifié de « problème du club » par Cruijff, est en instance de divorce avec Angelica Fuentes, pendant que John van't Schip est retourné entraîner le Melbourne FC, mais continue d'échanger des tweets avec les fans des Chivas. Le télétravail ce n'était sans doute pas pour Johan Cruijff, et encore moins les telenovelas.

Délectez vous du SoFoot #128 entièrement consacré au numéro 14.

Thomas Goubin, à Guadalajara
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La Groupie de Ronnie Niveau : DHR
Dans les années 60, le Chivas régale !
Vergara et Cruyff, c'est comme une association Zamparini-Klopp. Vouée à l'échec.
Pascal Pierre Niveau : Loisir
Sorte de post colonialisme footballistique qui finit en eau de boudin.

Le cruyffisme comme base tactique et économique ne peut alors donc pas s'exporter n'importe où...

En tout cas, merci sofoot pour votre numéro cruyff qui m'aura bien accompagné sur les plages, au bord de la piscine, à la montagne, pendant mon popo du matin...
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