Quand Cagliari roulait en Mustang

C’est l’histoire d’un championnat organisé aux États-Unis, lors de l’été 1967, avec comme protagonistes des équipes européennes, dont celle de Cagliari et les machines à sous de Las Vegas. Voyage dans le temps sans DeLorean.

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Le football des années 60 a vu naître et exister de nombreux mythes et de nombreuses légendes. Pelé, Gerd Müller, Bobby Charlton, Eusebio, Beckenbauer. Pour n’en citer que quelques-uns, parmi les plus illustres. Mais le football des années 60, ce sont également des évènements un peu dingues, à l’instar de celui qui a eu lieu lors de l’été 1967 aux États-Unis...

1967, donc. Quelques mois plus tôt, en Italie, la Juventus remporte le Scudetto. Mais c’est une autre équipe qui commence à faire vibrer les foules de Serie A. L’équipe de Cagliari, promue en première division au terme de la saison 1963-64. Dès sa première année dans l’élite, la formation sarde se classe sixième, puis enchaîne avec une onzième position. Enfin, lors de la saison 1966-67, elle termine à nouveau sixième, et voit exploser quelques joueurs jusque-là inconnus : Gigi Riva, attaquant de 22 ans qui remporte cette année-là le titre de meilleur buteur de Serie A, et Roberto Boninsegna, formidable attaquant de 23 ans qui fera plus tard les beaux jours de l’Inter.

Une fois la saison terminée, Cagliari décide de partir préparer l’exercice suivant aux USA. Mais pas pour une simple tournée estivale de deux ou trois matches. Non. Cagliari part en Amérique pour participer au championnat national organisé par la United Soccer Association, le tout premier championnat de football organisé aux États-Unis. Et pour cela, l’équipe va devoir changer son nom. L'espace de quelques semaines, le Cagliari Calcio devient donc les Chicago Mustangs. Folie des sixties.

Aberdeen, Sunderland, Wolverhampton…

En ce temps-là, aux États-Unis, il n'existe pas encore de championnat officiel de football. La même année, deux associations "rivales" décident de lancer leur propre championnat. D’une part, on trouve ainsi celui organisé par la United Soccer Association (USA), une Ligue professionnelle fondée quelques mois plus tôt et chapeautée par la Fédération américaine de football. De l’autre, la National Professional Soccer League (NPSL), qui détient un contrat exclusif avec la chaîne de télévision CBS. Attirés par l’intérêt médiatique, les joueurs américains choisissent plutôt de participer au tournoi NPSL. Du coup, pour ne pas perdre la face, et surtout pour pouvoir exister, le championnat organisé par la USA décide d’inviter des équipes étrangères. But de l’opération : que chaque ville américaine puisse être représentée sur la pelouse, et peu importe s’il ne s’agit pas de la « vraie » équipe de la ville. Et voilà comment Cagliari, alors entraînée par Manlio Scopigno, se retrouve à représenter la ville de Chicago et à assumer le rôle de franchise des Chicago Mustangs. Mais ils ne sont pas les seuls.

De fait, douze équipes, parmi lesquelles les Européennes Aberdeen, Dundee, Stoke City, Sunderland ou Wolverhampton se retrouvent sur la ligne de départ. Pour participer à un tel événement, le club de Cagliari reçoit une enveloppe de 250 000 dollars, en plus d’un voyage tous frais payés. Fin mai, donc, l’équipe toute entière prend l’avion pour rejoindre l’Illinois. Enfin, presque toute entière. Gigi Riva, blessé lors d’un match de la Nazionale quelques semaines plus tôt, n’est pas de l’aventure américaine. En revanche, Roberto Boninsegna, lui, est bien là. 46 ans plus tard, l’immense attaquant s’en souvient encore. « Oui, je me rappelle de tout et surtout de ces stades qui nous étaient prêtés par les équipes de baseball, explique-t-il au journal Extra Time. Je me souviens aussi qu’ils nous donnaient 30 dollars pour chaque victoire, et 15 pour un match nul. Des sous qui nous permettaient à peine de couvrir les frais des appels pour téléphoner à nos familles en Italie » . Bah ouais, on faisait moins les malins, sans Skype.

Bagarre, tapis vert et casino

Pour ce tournoi, les Chicago Mustangs de Cagliari sont inscrits à la Western Division, aux côtés d’équipes comme Los Angeles, San Francisco ou encore Dallas. Très rapidement, les Sardes se forgent une sacrée réputation de durs à cuire. Lors d’un match face aux Uruguayens de Cerro Porteno, qui représentent la franchise des New York Skyliners, ils se rendent protagonistes d’une énorme rixe. Le match est arrêté à quelques minutes de son terme, et l’arbitre de la rencontre se prend quelques sévères coups de pression. Quelques jours plus tard, lors d’un match contre Toronto, les joueurs de Cagliari quittent la pelouse à neuf minutes de la fin en guise de contestation contre un coup-franc accordé à leurs adversaires (et converti en but décisif). Ce comportement provoque une invasion de terrain de la part des supporters, une défaite 3-0 sur tapis vert, et la suspension de trois joueurs de l’équipe, Adriano Reginato, Miguel Angel Longo et Mario Tiddia. Cagliari termine finalement deuxième derrière Los Angeles, représenté par les Anglais de Wolverhampton, qui remporte ensuite le titre final face aux Washington Whips, représentés par Aberdeen.

Mais étrangement, dans les souvenirs communs, le championnat passe presque au second plan. Boninsegna, par exemple, se souvient plus aisément d’une folle virée à Las Vegas que des matches disputés lors de cet été 1967. « Je me souviens de la fois où nous sommes allés jouer à San Francisco. Nous avions fait un détour par Las Vegas et, au casino, notre entraîneur, Scopigno, avait joué beaucoup, beaucoup trop d’argent  » se remémore-t-il. Sur le plan footballistique, en revanche, les annales affirment que Boninsegna a décroché le titre de meilleur buteur du championnat USA, avec 10 ou 11 buts, selon les sources. La parenthèse américaine des « Chicago Mustangs » se referme au mois d’août 1967. A son retour en Italie, l’entraîneur de Cagliari apprend qu’il a été viré. Sympa. Mais la belle histoire ne s’arrête pas là. Un an après son licenciement, Scopigno est rappelé sur le banc de Cagliari. Commence alors une folle épopée, qui se terminera en mai 1970 par le premier et jusqu’ici seul Scudetto de l’histoire du club. Un Scudetto qui, quelque part, porte aussi un petit morceau de bannière étoilée.

Tous propos recueillis par Extra Time, supplément de la Gazzetta dello Sport.

Par Eric Maggiori
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merci pour l'article, tjs sympa ce genre d'aventure.
Bordel, merci pour l'article !

Forza Cagliari !

Massimobor Niveau : CFA2
Hallucinant.
Autre temp, autres moeurs...
Triste de voir ce qu'est devenu le club, stade en kit non homologué, matches à domicile qui se jouent à Trieste ou Parme, président en prison puis qui refuse d'en sortir et le déballage n'est pas fini. D'autant plus tristes qu'il y a de sacrés tripoteurs de ballon dans ce club.
Aujourd'hui, Cagliari y va a Miami avec le yatch de Cellino ! Enfin, s'il nous laisse la permission vu qu'il est en " liberté provisoire ". :(
Message posté par Trap
Triste de voir ce qu'est devenu le club, stade en kit non homologué, matches à domicile qui se jouent à Trieste ou Parme, président en prison puis qui refuse d'en sortir et le déballage n'est pas fini. D'autant plus tristes qu'il y a de sacrés tripoteurs de ballon dans ce club.


Le président est sortie :)

Le stade n'est pas homologué, on va dire.. Selon la dimension de l'adversaire. Bon maintenant c'est la grosse mer** . Ce qui me chagrine, c'est que cette situation a redonné envie aux tifosi de venir au stade. Quand le huis clos est levé, il y a vraiment du monde !
Stan Key Lubric Niveau : CFA
Ouaip, merci monsieur Maggiori.

Alors comme ça les joueurs aimaient aussi les sorties nocturnes dans les 60's? QUOI?
Message posté par Riva


Le président est sortie :)

Le stade n'est pas homologué, on va dire.. Selon la dimension de l'adversaire. Bon maintenant c'est la grosse mer** . Ce qui me chagrine, c'est que cette situation a redonné envie aux tifosi de venir au stade. Quand le huis clos est levé, il y a vraiment du monde !


@Riva, ce qui est dramatique ce sont les magouilles de Cellino, parce que les écoutes de sa conversation avec Lotito c'est quelque chose quand même. Il raconte n'importe quoi, graisse la patte à quelques fonctionnaires, s'en vante au téléphone et essaye ensuite de jouer au martyr. On notera aussi un silence assourdissant de la fédération et de la ligue. En même temps, si la ligue se met à poser des questions à Lotito, Cellino et Preziozi elle perd son président et deux assesseurs d'un coup, ça ferait tâche...
maxlojuventino Niveau : Ligue 1
une merveille cet article! merci!
SpecialEffect Niveau : DHR
@ Trap : Concernant Cellino, je préfère attendre que tout soit terminé avant d'en tirer des conclusions. Parce qu'honnêtement, pour le moment, ça part dans tous les sens...

Pour le stade par contre c'est carnaval. Si Is Arenas est considéré "insalubre", alors il serait bon que la moitié des clubs italiens jouent à huis clos ou hors de leur stade. J'ai déjà eu un aperçu de ce qui était reproché et il y avait un paquet de #conneries dont la majorité avait déjà été arrangées.

Par exemple, Cagliari a investi dans un système moderne, utilisé dans les stades américains pour faciliter l'évacuation. Mais comme ça se fait pas encore en Italie... on considère que seul le vieux système est valable et on refuse l'homologation. Le club de son côté se retrouve avec du bon matos qu'il ne peut même pas installer.

De leur côté, les médias continentaux ne vont pas chercher plus loin que "encore une fois Cagliari ne peut pas utiliser son stade", pire ils diffusent parfois n'importe quoi ! Mediaset avait expliqué "l'état de délabrement" de notre stade en filmant un circuit de karting désaffecté à 100 km de Quartu !!!

Sinon pour rester sur le sujet de l'article, en tant que supporter de Cagliari ça fait plaisir de voir ce genre d'anecdote sur SoFoot. :)
Dr Peter Venkman Niveau : CFA2
Merci pour l'article.
Message posté par SpecialEffect
@ Trap : Concernant Cellino, je préfère attendre que tout soit terminé avant d'en tirer des conclusions. Parce qu'honnêtement, pour le moment, ça part dans tous les sens...

Pour le stade par contre c'est carnaval. Si Is Arenas est considéré "insalubre", alors il serait bon que la moitié des clubs italiens jouent à huis clos ou hors de leur stade. J'ai déjà eu un aperçu de ce qui était reproché et il y avait un paquet de #conneries dont la majorité avait déjà été arrangées.

Par exemple, Cagliari a investi dans un système moderne, utilisé dans les stades américains pour faciliter l'évacuation. Mais comme ça se fait pas encore en Italie... on considère que seul le vieux système est valable et on refuse l'homologation. Le club de son côté se retrouve avec du bon matos qu'il ne peut même pas installer.

De leur côté, les médias continentaux ne vont pas chercher plus loin que "encore une fois Cagliari ne peut pas utiliser son stade", pire ils diffusent parfois n'importe quoi ! Mediaset avait expliqué "l'état de délabrement" de notre stade en filmant un circuit de karting désaffecté à 100 km de Quartu !!!

Sinon pour rester sur le sujet de l'article, en tant que supporter de Cagliari ça fait plaisir de voir ce genre d'anecdote sur SoFoot. :)


@SpecialEffect, Mediaset je préfère ne rien en dire, ça appartient à Berlusca donc...
Pour le reste j'ai un peu suivi le truc et il y a quand même corruption ou tentative de deux fonctionnaires dont le maire de Quartu et le fait que ce soit de la corruption "amicale" et non en numéraire ne change pas la donne pour la justice. Après, déclarer le stade de Trieste comme stade du Cagliari pour la saison, forcer la main aux autorités, faire comme si les autorisations avaient été accordées alors que le dossier n'est pas complet, c'est du Cellino pur jus. A la limite, si les règlements avaient été respectés l'équipe de Cagliari n'aurait même pas pu démarrer le championnat puisque le stade n'avait pas toutes les autorisations au 1er match. Mais dans ce cas pas de matches au San Paolo qui perd des morceaux, au Tardini et ailleurs... Bref c'est le foutoir habituel.
J'adore! Superbe article

En ce qui concerne Cellino! Tout ce que je peux dire c'est que le Sardes sont tellement jaloux entre eux qu'ils feraient tout pour lui mettre des bâtons dans les roues, surtout si il est Sardes lui aussi.
SpecialEffect Niveau : DHR
Message posté par Trap


@SpecialEffect, Mediaset je préfère ne rien en dire, ça appartient à Berlusca donc...
Pour le reste j'ai un peu suivi le truc et il y a quand même corruption ou tentative de deux fonctionnaires dont le maire de Quartu et le fait que ce soit de la corruption "amicale" et non en numéraire ne change pas la donne pour la justice. Après, déclarer le stade de Trieste comme stade du Cagliari pour la saison, forcer la main aux autorités, faire comme si les autorisations avaient été accordées alors que le dossier n'est pas complet, c'est du Cellino pur jus. A la limite, si les règlements avaient été respectés l'équipe de Cagliari n'aurait même pas pu démarrer le championnat puisque le stade n'avait pas toutes les autorisations au 1er match. Mais dans ce cas pas de matches au San Paolo qui perd des morceaux, au Tardini et ailleurs... Bref c'est le foutoir habituel.


Il est possible que Cellino ait fait jouer des contacts pour faciliter tel projet ou telle transaction. Il pourrait bien être sanctionné pour ça oui... mais je ne le lui reprocherai jamais de s'être mouillé pour donner un toit à notre club. D'autre part si il y avait moins d'hypocrites dans la justice italienne... on trouverait allègrement des entrepreneurs coupables des mêmes faits dans toute la botte.

Quant au stade je ne trouve pas que Cagliari ait fait pression. Le club a suivi les recommandations d'un organe national et obtenu son approbation (l'Osservatorio nazionale sulle manifestazioni sportive), mais ils se prennent des interdictions d'un autre organe (Commissione Provinciale di Vigilanza) via la Préfecture de Cagliari. En cas d'impasse, ils font appel au Tribunal Arbitral Regional qui casse l'interdiction (Cagliari - Milan) ou la laisse comme ça (Cagliari - Torino).

Apparemment le conseil de la Lega vient enfin de nommer un préfet (Achille Serra) qui s'occupera de tout ce qui touche aux infrastructures sportives et à la sécurité. On verra ce que ça donnera mais ça ne devrait pas se limiter à Is Arenas...
Avec des articles de cette trempe, je retrouve et me réconcilie avec so foot. Intelligent, cultivé, insolent d'originalité. Un vrai contre-pied. Bravo à Eric Maggiori qui se permet une panenka dans la face du journalisme et loge sa plume dans la lucarne du foot.
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