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Quand Barça, Piqué et Diada divisent

Le 11 septembre dernier, jour de fête nationale de la Catalogne, Piqué et Xavi se trouvaient dans le cortège indépendantiste qui a sillonné les rues barcelonaises. Un mélange des genres pour les uns, un acte citoyen pour d'autres, qui a soulevé une énième polémique au pays des communautés autonomes en quête de liberté : Piqué mérite-t-il la Roja ?

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La demande acceptée par la Ligue espagnole, le Barça s'est affairé à communiquer sur le sujet : pour la première fois en 115 ans d'existence, il jouera un match à domicile sous les couleurs de la senyera, le drapeau catalan. Hasard du calendrier, c'est face à l'Athletic Bilbao, autre équipe connue pour son goût du régionalisme, qu'il étrenne au Camp Nou ce maillot, réussite tout autant commerciale que populaire. À 16 heures, ce samedi 13 septembre, les onze titulaires blaugrana ont fait se lever leur assistance, deux jours après la Diada. Fête nationale catalane depuis 1886 en commémoration de la prise de Barcelone par l'armée bourbonnaise de Jacques Fitz-James en 1714, elle est fêtée chaque 11 septembre. Les Catalans sillonnent les rues de leur capitale et clament leur amour d'un État qui n'en est plus un. Dans le cortège au million d'âmes, la présence de Gerard Piqué et Xavi est loin d'être passée inaperçue. Surtout, dans un pays qui se déchire entre unité espagnole et revendications indépendantistes, la scène a fait polémique. Ou quand le citoyen Piqué est pris en tenaille par ses « obligations » sportives.

Piqué, ambassadeur malgré lui


Peu en verve sur les prés, Gerard Piqué a envoyé un retour gagnant face aux critiques acerbes concernant sa présence : « Je suis allé à la Diada parce que je suis catalan. J'étais présent pour profiter d'un jour important pour l'ambiance festive. On ne peut pas douter de moi. Cela fait 11 ans que je joue pour la sélection. On ne peut pas douter de mon engagement, j'ai toujours tout donné. Me sentir catalan, être en faveur de la consultation parce que c'est démocratique est une autre chose. Les gens doivent avoir le droit de pouvoir voter. » En quelques palabres, le natif de Barcelone a pointé du doigt tout le paradoxe d'un pays qui aime à penser que son football ne dépasse pas le cadre du terrain et qui le met pourtant au-dessus de ses lois. Dans les médias espagnols, les avis ont été, comme la coutume le veut, divers et variés. Car le débat est redondant, inextinguible. Depuis sa création en 1899, le FC Barcelone a servi, bon gré mal gré, la cause catalaniste dont il est la caisse de résonance à l'internationale.

Alors, qu'est-ce qui a changé en 2014 ? Le climat, tout d'abord. Indépendamment du Barça, la Catalogne est à un tournant de son histoire récente. Alors que 57 % de sa population souhaiterait se séparer de l'Espagne, le gouvernement central de Madrid refuse toujours tout appel au peuple. Un référendum d'auto-détermination est bien promis le 9 novembre par Artur Mas, président de la Généralité de Catalogne, le pouvoir madrilène peut toujours l'interdire en brandissant le totem de la constitution. Face à ce climat, le Barça a donc sorti l'attirail face à Bilbao pour se joindre aux envies d'émancipation d'une bonne partie de ses socios. Un parti pris propret en comparaison de l'ancienne direction blaugrana. Sous Joan Laporta, le catalan était redevenu la langue officielle du club et seuls les drapeaux de la senyera flottaient au-dessus de la Masia. En ambassadeur de ce Barça des plus catalanistes : Gerard Piqué. D'une famille politisée et de la haute sphère catalane, il est souvent sorti du cadre purement footballistique que lui imposerait son statut de champion du monde avec la Roja.

Piqué : « Ou l'on ne m'écoute pas, ou l'on ne me comprend pas »


Le hic est lié à son niveau actuel sur les prés. Depuis une bonne saison, Piquenbauer a perdu de sa comparaison avec le Kaiser de Bavière. Plus indéboulonnable aux yeux de Luis Enrique – en atteste la chasuble de remplaçant au Parc des Princes –, il a même raté le premier rendez-vous de la saison de la Roja. Dans l'imaginaire commun, ce piètre niveau est dû en grande partie à son engagement en faveur « d'un vote démocratique » . Les médias au siège castillan n'ont cessé de faire croître un débat sur l'engagement de Piqué au service de la Roja. Des palabres hors-sujet tant la parole de Piqué a été déformée. Samedi, en conférence de presse avant un match plus capital qu'il n'y paraît au Luxembourg, le central blaugrana a tenté une énième mise au point : « Je ne serais pas là si je ne le voulais pas. Ou l'on ne m'écoute pas, ou l'on ne me comprend pas (…). Quand je sens que je dois m'impliquer dans quelque chose, je le fais. J'ai mes idées claires et elles ne m'affectent pas dans ma profession. » Une sortie qui ne devrait faire taire personne en Espagne, pays où le football tient une place bien plus importante que tout un chacun ne veut bien l'entendre.

Par Robin Delorme, en Espagne
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