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Quand Allegri coachait Sassuolo

L'actuel entraîneur de la Juventus n'a passé qu'une seule saison à Sassuolo, suffisant cependant pour marquer l'histoire du club. Retour sept années en arrière pour assister à une année triomphale.

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« Dès qu'il peut, il vient nous saluer. Il a beaucoup donné à Sassuolo, mais il a également énormément reçu en retour. Quand il a quitté le club, on a perdu un excellent entraîneur, mais on a gagné un supporter en plus. » Nereo Bonato, directeur sportif des Neroverdi, garde un très bon souvenir de Max Allegri, que ce soit d'un point de vue des résultats sportifs (promotion en Serie B), mais aussi humain. « C'est quelqu'un qui sait vraiment se faire apprécier, il a le chic pour conquérir l'entourage de l'équipe où il officie » , surenchérit Filippo Pensalfini, ancien milieu de terrain et aujourd'hui entraîneur des U16 de Sassuolo. Le petit club d'Émilie fut une étape fondamentale dans la carrière d'Allegri, peut-être même celle où il s'est senti le plus chez lui.

Entraînement pieds nus


« Dès le premier jour, on a compris à qui on avait affaire. À la fin de l'entraînement, il s'est mis à tirer pieds nus hors de la surface pour exercer le gardien Pomini et il n'enfilait que des lucarnes. » Les propos de Pensalfini sont confirmés par ceux d'Andy Selva, mythique capitaine de la sélection de Saint-Marin et à l'époque avant-centre : « Pour entraîner les attaquants, il enchaînait les centres millimétrés et toujours à la même hauteur, impressionnant ! » Après tout, en 2007, Allegri n'a que 40 ans et est encore joueur de foot dans sa tête. « Je me rappelle que c'était un très bon milieu de terrain, très technique, il aurait pu tranquillement évoluer dans un grand club italien » , raconte Pensalfini qui l'a également croisé sur les terrains de foot.

À l'époque, Sassuolo sort de la première saison de son histoire en Serie C1, soit la troisième division nationale, mais voit déjà les choses en grand. L'équipe des dirigeants n'a d'ailleurs pas changé depuis : « On a misé sur Allegri parce qu'on cherchait un entraîneur émergent qui connaissait déjà cette division. Mon collègue Giovanni Rossi me l'a conseillé, car ils ont fini leur carrière ensemble à l'Aglianese » , explique Bonato. Ce fut d'ailleurs le premier club dirigé par Max lors de la saison 2003-04. S'ensuivent une année à la SPAL et deux à Grosseto, où il est viré deux fois. Lorsque le Toscan débarque à Sassuolo, il fait de suite bonne impression. « Une personne exceptionnelle qui a plu directement au groupe, charismatique, autoritaire juste ce qu'il faut. Et puis il savait expliquer très simplement ses idées de jeu » , se souvient Selva.

En route vers le doublé


Le club avait ainsi pour objectif la montée en Serie B, comme le confie Pensalfini : « On était conscient de notre force, l'année précédente on avait fini second à un petit point de Grosseto, puis perdu les play-offs contre Monza, une grosse désillusion. On pensait faire un bon championnat, mais il y avait des équipes mieux armées comme la Cremonese et Foggia qui avaient mis les gros moyens. » Et pourtant, Sassuolo fait la course en tête quasiment de bout en bout. « Au début, on a enchaîné les victoires, ensuite on a connu quelques petits coups de mou, en perdant notamment trois confrontations directes à domicile. Toutefois, Allegri gardait une sérénité incroyable, notamment devant la presse. Au final, on finit champion avec une journée d'avance en battant Manfredonia. » Le récit de Selva révèle une des qualités qui a fait la force du coach de la Juventus : son calme inébranlable.


C'est donc une première place avec trois points d'avance sur la Cremonese et, par conséquent, une promotion historique en Serie B, que Sassuolo fête. Historique, surtout pour les joueurs, car les Sassuolesi, eux, n'avaient pas l'air bien au courant selon Pensalfini : « Ce sont nous, les joueurs, qui avons tout organisé, en improvisant un cortège en ville avec quelques voitures et les 1000 supporters qui nous suivaient. Les habitants, eux, se demandaient ce qu'il se passait ! » Le football italien commence aussi à découvrir ce club aussi mesuré qu'ambitieux et qui a également régalé sur le terrain. « On évoluait en 4-3-3 et on prenait le temps de développer un beau football. Allegri nous laissait la liberté de jouer, avec beaucoup de patience, balle à terre » , poursuit l'ancien milieu de terrain. Selva en était le terminal offensif : « Il y avait un très bon groupe, de qualité, un gros collectif qui, grâce au coach, ne dépendait d'aucune individualité. » Quelques semaines plus tard, c'est même un doublé en remportant la Supercoupe de C1 contre la Salernitana.

Un départ inévitable


Le talent d'Allegri, lui, n'est pas passé inaperçu et tape même dans l'œil deux étages plus haut. Massimo Cellino, président de Cagliari, lui propose alors de prendre en main son équipe et Nereo Bonato ne le retient pas : « Difficile de résister quand une telle proposition arrive. De toute façon, c'est la politique du club, on ne met pas de bâtons dans les roues et on participe volontiers à la progression d'un joueur ou d'un entraîneur. » C'est donc l'envol pour la carrière que l'on connaît, un départ que les joueurs auront du mal à encaisser. « Ce fut un peu traumatisant, parce qu'il faisait partie intégrante du groupe. Quand on se faisait des bouffes entre joueurs, il passait souvent nous voir. Mais bon, on était évidemment très contents pour lui » , raconte Pensalfini. Selva n'était pas très étonné : « On savait que c'était un prédestiné, un entraîneur aussi bon, la Serie A vous le pique tout de suite » . Puis de conclure : « En tout cas, il a cimenté un groupe exceptionnel, on est encore tous en contact aujourd'hui » . Peut-être la plus belle réussite d'Allegri à Sassuolo.

Par Valentin Pauluzzi
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