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Qatar-Russie, petits intérêts entre amis

À vingt mois de la Coupe du monde 2018 organisée en Russie, le Qatar, hôte de la suivante, et son nouvel ami se retrouvent à Doha pour un amical qui ne devrait être qu’anecdotique. Sauf qu’il débarque dans le calendrier au moment parfait où les deux pays n’ont jamais paru aussi proches.

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Son costume est encore frais. Victor Montagliani n’a enfilé sa nouvelle casquette que depuis quelques mois, mais sa voix de vice-président de la FIFA a forcément donné une nouvelle ampleur à son personnage. Voilà maintenant six mois que le Canadien est devenu le boss de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF). C’est donc sous ce masque que Montagliani débarque début octobre à Londres pour se poser sur un siège du Leaders Sport Business Summit. Les questions sur ses nouvelles fonctions fusent, on interroge l’homme, ses ambitions et ses idées, son « appétit de changement » et, naturellement, il doit maintenant se positionner. C’est parti : « La meilleure chose qui soit peut-être arrivée au football, c’est la Russie et le Qatar. Si cela n’avait pas eu lieu, on en serait resté au statu quo. Il semble que cela a réveillé le monde du football sur la gouvernance. Cela a été une tempête bienvenue. Je me demande si les autorités [du foot] se seraient attaquées au problème [de la corruption, ndlr] sans ça. J’espère qu’elles auraient fait quelque chose, mais parfois, je me demande. » Une prise de position qui tranche avec les nombreuses sorties sur l’attribution des Mondiaux 2018 et 2022 et qui arrive quelques mois après le voyage de Gianni Infantino, néo-président de la FIFA, dans les deux pays. L’ancien tireur de boules voulait alors se faire une idée plus précise de deux projets remplis de suspicions, fruits de l’ancien système du « monstre » tentaculaire qu’était devenue la FIFA jusqu’à l’arrestation de quarante-deux individus et entités actuellement poursuivis aux États-Unis. Tout n’est pas encore parfait, mais il est temps de regarder où tout le monde en est, car jeudi après-midi, le Qatar reçoit la Russie en amical à Doha. La tête dans le gaz et le cœur en proie au doute.

Tour de Babel et moustache


Il y a le terrain d’abord, qui reste finalement le plus important de cette histoire qui dépasse depuis plusieurs mois un simple ballon qu’on s’échange sur une pelouse. D’un côté, le Qatar. Débarqué en septembre dernier, le sélectionneur Jorge Fossati, à la tête de l’Uruguay entre 2004 et 2006, se heurte déjà au principal problème du pays : son vivier de joueurs. Pourquoi ? Car le Qatar ne tourne déjà qu’avec un peu moins de 2,5 millions d’habitants et la tradition du foot n’y est pas encore totalement développée. La naturalisation est rapidement devenue la norme, même si les instances internationales sont moins flexibles que celles du handball. Aujourd’hui, la sélection ressemble davantage à une tour de Babel en quête de cohérence qu’à un futur hôte de Coupe du monde. Car les résultats peinent à venir. La Coupe d’Asie 2015 en Australie ? Trois défaites en trois matchs. Longtemps, le Qatar a avancé dans la culture de son impatience chronique, alors il faut maintenant bosser sur le long terme, où les sélections de jeunes commencent à gratter des résultats.


Pour la Coupe du monde en Russie ? C’est déjà compliqué avec une petite victoire en quatre matchs dans une poule d’éliminatoires dominée par l’Iran et l’Ouzbékistan. Le déplacement en Chine, dernière du groupe, mardi prochain, sera déjà décisif. Côté Russie, la gueule est au moins aussi enflée après un Euro 2016 bouclé avec un petit point marqué. Au point que le sélectionneur Leonid Slutsky s’est barré sur cette déclaration : « Je voudrais présenter mes excuses pour ce que nous avons montré. Les gens n’ont pas mérité notre niveau de jeu, et je suis prêt à prendre toute la responsabilité de l’échec sur moi. Si on n’a pas réussi, c’est mon erreur. Ne concentrez pas votre attention sur les joueurs, mais parlez de moi et de mes responsabilités. » Depuis, la moustache de l’ancien international Stanislas Tchertchessov s’est posée sur le banc, et la Russie n’a gagné qu’un seul de ses trois matchs amicaux, contre le Ghana (1-0), et reste sur un revers début octobre face au Costa Rica (3-4) à Krasnodar. Pas génial pour commencer une longue route jusqu’à un Mondial.

Les nouveaux amis


Ce qui reste surtout à regarder entre le Qatar et la Russie, c’est le contexte, car rarement les deux pays auront paru aussi proches dans leurs relations bilatérales. Longtemps, Moscou s’est opposé à Doha, notamment au début des années 2000 autour du cas Iandrabiev, un ancien auteur de livres pour enfants accusé de financer des groupes armés tchétchènes, liés selon la Russie à al-Qaïda, et également organisateur d’une prise d’otages mortelle dans un théâtre de Moscou en octobre 2002. L’homme s’était alors réfugié à Doha, qui avait refusé une demande d’extradition le concernant. Il y trouvera la mort en février 2004 à la suite de l’explosion d’une bombe placée dans sa voiture. De cet assassinat naîtra la première loi anti-terroriste adoptée par le Qatar, mais aussi des relations froides avec la Russie. Puis il y a eu la question syrienne qui a fracturé le dialogue entre deux visions du conflit, jusqu’à un rapprochement économico-politique début septembre avec la signature d’un accord militaire à Moscou. De quoi parler maintenant d’une « dynamique positive » entre les deux États rapprochés par l'intérêt et par les doutes. Il ne faut pas oublier qu’on parle aussi de deux mastodontes du gaz naturel que certains enjeux rapprochent. Cet amical de jeudi soir doit permettre de retrouver la confiance, de sceller cette nouvelle amitié, mais aussi de relever la tête sur la route de la Russie. À l’ombre.



Par Maxime Brigand
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Dans cet article

Champion-mon-frère Niveau : Ligue 2
« La meilleure chose qui soit peut-être arrivée au football, c’est la Russie et le Qatar »

Heureusement que le "peut-être" est présent dans cette phrase...
zinczinc78 Niveau : CFA
Et sinon y'a pas eu un Pays-Bas Belgique hier soir ? Les Diables Rouges parviennent à s'arracher pour préserver leur précieux classement FIFA et pas un article dessus ?
A noter également la jolie coïncidence qui suit l'élection de Trump: demain match de qualif pour le mondial 2018 Etats-Unis - Mexique aux USA...
On me dit dans l'oreillette qu'ils joueront sans protege tibia mais avec des liasses de billets de 100$ dans les chaussettes...
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