Putsch à la brésilienne

Double champion en titre, le Brésil débarque en Argentine avec pour objectif de glaner un troisième sacre consécutif, exploit jamais réalisé dans l'histoire de la compétition dans sa forme actuelle. Et quoi de plus jouissif que de réaliser un tel coup sur le sol de son adversaire légendaire?

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La dernière fois, c'était en 2007. Au Venezuela, le Brésil de Robinho, meilleur buteur de la compétition, annihilait l'Argentine en finale. 3-0. Net et sans bavure. Pas de revanche, donc, pour des Argentins déjà vaincus lors de l'édition 2004, ce coup-ci aux tirs aux buts. Deux succès qui confirment clairement la domination brésilienne sur le sol sud-américain. C'est simple, hormis la révolte de la Colombie en 2001, le Brésil a remporté toutes les Copa America depuis 1997. Une dictature quasiment sans partage, et qui a le don de passablement énerver le rival argentin qui, cette fois, n'a pas l'intention de se laisser faire. Or, psychologiquement, l'Albiceleste peut légitimement avoir l'ascendant. D'une, les stades seront acquis à sa cause. De deux, la dernière confrontation entre les deux équipes (amicale, certes), a tourné à son avantage, grâce à un exploit de Messi en fin de rencontre.

Du coup, le nouveau sélectionneur brésilien, Mano Menezes, joue la psychologie inversée. « Tout comme le Brésil sera favori pour le Mondial 2014, l'Argentine est favorite. Si on prend en compte le facteur local ainsi que le manque de titres récemment remportés par l'Argentine, on voit qu'ils ont tout fait et feront tout pour gagner cette fois-ci » , a-t-il affirmé il y a quelques jours en conférence de presse. Une manière comme une autre de rejeter la pression sur les autres. Astucieux. Mais ce que le malin Mano sait également, c'est que la Seleçao reste la Seleçao, surtout lorsqu'il s'agit de jouer sa compétition préférée. D'autant que ce tournoi a une fonction souterraine. En effet, il s'agira là d'un véritable galop d'essai avant les deux évènements que le Brésil va organiser. La Coupe des Confédérations en 2013 et la Coupe du Monde en 2014.

Ligne verte et crête jaune

Menezes, qui a donc pris les rênes de l'équipe après l'échec du Mondial 2010, a été clair. Le Brésil ajoutera une sixième étoile à son maillot en 2014. Etant qualifiée d'office pour sa Coupe du Monde, la sélection auriverde a quartier libre pour dessiner l'équipe de demain. Et pour ce, le technicien va, pendant près de quatre ans, tout mettre en œuvre pour construire une équipe ultra-compétitive. Un mot d'ordre : place aux jeunes, ceux qui, dans trois ans, auront atteint la pleine possession de leurs moyens. Et la nouvelle ligne verte du Brésil a déjà un visage. Un visage qu'il va être possible d'observer dès cette Copa America. En tête de lice, évidemment, l'inévitable crêté Neymar. A 19 ans, le petit attaquant de Santos vient de remporter la Copa Libertadores en marquant lors de la finale, et affole la plupart des grands clubs européens. Avec le maillot de la Selecao, il vante même le coquet total de trois buts en cinq apparitions. "Prometteur" est un moindre mot.

Derrière lui, son coéquipier Ganso, 21 ans, s'octroie déjà les comparaisons avec le Kakà de la grande époque, tandis que Lucas, 18 ans, a dignement remplacé Hernanes à Sao Paulo (et en sélection?), s'imposant comme un titulaire indiscutable. A côté de ces trois larrons qui régalent au pays, d'autres jeunots, déjà intronisés en Europe, font partie de la liste des 23 retenus par Menezes. Parmi eux, le touffu défenseur de Chelsea, David Luiz, 24 ans, le milieu de Tottenham Sandro, 22 ans, celui des Blues, Ramires, 24 ans et bien sûr, l'inévitable Alexandre "Barbara" Pato, 21 ans. Une équipe radicalement axée vers la jeunesse, où les divers Thiago Silva, Dani Alves et autres Elano font déjà figure de vétérans. Mais cette stratégie séduisante peut se révéler être à double tranchant.

Des sifflets et des doutes

Il est vrai que le pari de Menezes est osé. Un Brésil aussi jeune et frais, on n'avait pas vu cela depuis longtemps, d'autant que d'autres, comme Piazon (17 ans) et Adryan (16), se tiennent déjà prêts derrière. Seuls quelques joueurs garantissent l'expérience nécessaire à ce genre de grand rendez-vous (la smala interiste Julio Cesar, Maicon et Lucio en tête de gondole), ce qui laisse planer une certaine incertitude quant à la solidité de cette formation. Et les résultats post-Mondiaux semblent le confirmer. Si le Brésil a facilement vaincu des adversaires à sa portée (3-0 contre l'Iran, 2-0 face à l'Ukraine et à l'Ecosse), la tâche se corse lorsqu'il faut se confronter à de plus gros poissons. Ainsi, la Seleçao a chuté deux fois de suite, face à l'Argentine (0-1) et à la France (0-1), avant de faire match nul (0-0) contre les Pays-Bas, pour une revanche du quart de finale de Port Elizabeth.

Enfin, lors du dernier match amical en date, une toute petite victoire contre la Roumanie (1-0), l'équipe brésilienne, peu attrayante, a été copieusement sifflée. « On le sait, les supporters de São Paulo ont la réputation d'être très exigeants. Mais ce soir, certains se sont montrés trop virulents. En Argentine, nous n'aurons pas autant de pression. Je pense que notre façon de jouer va s'en ressentir. Ici, au Brésil, les fans attendent beaucoup de nous. Trop, peut-être » s'est ouvertement plaint Robinho, meilleur buteur en activité de cette équipe. Alors certes, difficile de se baser sur quelques rencontres amicales pour juger la véritable valeur de cette équipe, qui plus est en plein chantier. « Les vrais tests ont lieu lors de rencontres officielles, en compétition. Nous allons profiter de chaque instant pour nous préparer au mieux pour les échéances futures » a justifié Menezes. Et l'échéance la plus proche, c'est cette Copa America, qui débutera dimanche, à La Plata, face au Venezuela. L'opération putsch est en marche.

Eric Maggiori

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